Non-assistance à personne en danger

Elsa POISOT, Kinky Birds, Lansman, 2016, 62 p., 10€   ISBN : 978-2-8071-0124-1

poisotAujourd’hui : plusieurs personnes sont entendues par la police suite à une sombre histoire de viol dans le métro au cours duquel personne n’est intervenu. Tous essaient de se justifier comme ils peuvent, mais la culpabilité les ronge.

Quelques jours avant aujourd’hui : à la nuit tombée, Ludmilla marche dans la rue, sa valise à la main. Elle appelle tout son répertoire et semble perdue. Plus d’une fois, elle a l’impression qu’on la suit.

Une quinzaine d’années plus tôt : sur un air de Radiohead, Ludmilla rencontre Hans dans le métro.

Une dizaine d’années plus tard : deux flics retrouvent le cadavre d’un homme dans la rue, entouré par ses chats.

Vingt ans après aujourd’hui : dans un Samu social, Chaton forme Coron, un ancien flic, à coups de petites pilules. Ne jamais s’attacher aux gens et en savoir le moins possible sur eux : telles sont leurs devises.

Pourquoi ces personnes ne sont-elles pas intervenues et n’ont-elles pas aidé cette femme en détresse ? Où se rend Ludmilla ? Que fuit-elle ? Qu’est devenu Hans ? Quel est le sens de cette macabre découverte ? Quel est réellement le rôle de Chaton et Coron ? Les questions s’enchaînent. Le récit composé de différentes temporalités a de quoi surprendre dans un premier temps. Le lecteur peut se sentir perdu. Mais peu à peu, chaque pièce du puzzle se rassemble et fait sens.

Par petits bons et retours en arrière, Elsa Poisot joue avec le temps et le maîtrise parfaitement. Elle offre une pièce en apparence totalement éclatée, mais en réalité rudement bien construite, à la manière d’une intrigue policière avec une touche de récit d’anticipation. Dans une atmosphère post attentats, l’auteure nous donne à voir une société déchirée, où les hommes et les femmes jonchent les rues. Où plus personne ne tend la main vers l’autre. Où chacun préfère se droguer pour oublier les chocs traumatiques. Une pièce noire qui, même s’il ne s’agit que d’une fiction, pourrait bien être le miroir de notre propre monde.

Emilie Gäbele

Une réflexion au sujet de « Non-assistance à personne en danger »

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