Greta / Annemie

Patricia EMSENS, Deux mères pour une fille, Éditions des Busclats, 2017, 208 p., 15€   ISBN : 978-2-36166-109-0

emsens« Greta Devries naît à Nimègue, aux Pays-Bas, le 25 avril 1950, un mardi, par une journée ensoleillée et venteuse. Cinquante centimètres, deux kilos six, une fossette sur la joue gauche, la petite se porte bien. Sa poitrine remplie d’air se soulève puis se rabat comme une voile, son cœur bat comme celui de tout nouveau-né. Sa mère la regarde, émerveillée. La petite a tout ce qu’il faut ; dix doigts, deux oreilles, une bouche, un sexe de petite fille, des dents qui pousseront un jour, l’une après l’autre et que je ne verrai pas paraître, se dit-elle. Il nous reste huit semaines à vivre ensemble, pourvu que ne flanche pas. »

Au Welcome Inn, Anke Devries a rencontré un soldat du Colorado. Jim Hudson, plus doux et timide que ses compagnons de caserne, l’a fait danser, l’a initiée aux joies de la chair et s’est aussitôt détourné d’elle une fois le couperet de la grossesse tombé. Elle l’a attendu, il n’est jamais revenu ; Greta est née. Deux mois plus tard, la petite tête blonde et sa poupée de chiffon sont confiées aux bons soins des nonnes de Stijl. « Un rêve, un naufrage dont Anke émerge, rescapée. »

Greta, elle, est désormais orpheline. Elle passe ses premières années dans ce couvent dirigé avec mansuétude par la Mère Kruishout. Et, le 10 juillet 1953, une nouvelle naissance, une nouvelle déchirure : Lucie et Jan Van Daele l’emportent chez eux, au sein de leur foyer, à la campagne, près d’un canal qu’empruntent des péniches. Elle devient alors, du jour au lendemain, Annemie. C’est dans cette configuration mentale et affective mouvante qu’elle va tenter de trouver sa place, un pied dans le réel, l’autre dans l’imaginaire. Enfant puis adolescente, elle va construire sa propre identité à travers des questions, des silences, des révoltes, des creux, soutenue par l’amour inconditionnel, et désemparé, de ses parents de cœur.

Ce roman effleure plus qu’il n’explore. Par ellipses et changements de focalisation, Patricia Emsens touche de la plume les infinies complexités générées par la problématique de la filiation et de la parentalité. Les ascendances contrariantes et les descendances contrariées s’inscrivent dans des arbres généalogiques aux branches parfois sectionnées et aux racines toujours nouées, mais dont la sève colmate les entailles et gorge les destinées personnelles. Du moins, c’est ce qu’il ressort de ces pages écrites dans un style sobre et fluide, teinté de poésie et d’optimisme : « Et puis soudain le chagrin s’en va. / Il s’en est allé / loin de nous, le pied léger. / Nous le voyons qui franchit les hautes herbes, / ses chevilles nues, / mouillées par la rosée. »

Samia Hammami

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