« Le risque de vivre porte la lumière »

Marc ROMBAUT, Œuvres poé­tiques com­plètes, Le nou­v­el Athanor, 2017, 408 p., 24 €, ISBN : 978–2356230683

rombautRegardez : / La nuit s’allonge sur le sable plat / Les oiseaux tri­co­tent des chants légers / La mer se retire à la pointe des vagues / La lune pro­jette sur terre son large sourire cen­dré / Et le silence vint.

Ce tableau mélodieux d’une nuit sur la mer se glisse dans le pre­mier recueil de Marc Rom­baut, Ambiguïtés, paru en 1966, lorsqu’il avait vingt-sept ans. Recueil qui ouvre le vol­ume réu­nis­sant aujourd’hui, chez Le nou­v­el Athanor, les Œuvres poé­tiques com­plètes de l’auteur.

Ain­si pou­vons-nous par­courir les saisons, les étapes, les couleurs d’un long chemin orig­i­nal en poésie, « habité de con­fi­ance d’être et han­té d’inquiétude méta­physique », comme le des­sine Jean-Luc Max­ence dans sa pré­face. Après Ambiguïtés se décou­vrent Failles (1967) ; Le fes­tin (1968), dédié à Arthur Adamov :

Par­tir, par­tir. Encore un songe insi­dieux. Comme si on pou­vait aller quelque part ailleurs qu’en nous-mêmes. Et puis, pourquoi pré­ten­dre que des pas­sions nou­velles ne sur­gis­sent pas au détour d’un rêve ?

Le regard sauvage (1972) :

S’affranchir de la dis­tance qui nous sépare de la réal­ité / incon­nue de nous. / Saisir le vide qui sur­prend le regard quand il se pose / sur notre nuit.

Nuit et paroles (1975) :

Reste la ten­dresse du ciel. Essen­tielle­ment / l’émotion née de la ren­con­tre d’un vis­age / et de la parole. Et le regard posé par / cette infinité de ren­con­tres précède / la marche du temps, le jour et / la nuit qui désig­nent le ciel / en son insond­able éter­nité.

Matière d’oubli (1983), alliant le réc­it poé­tique à sa représen­ta­tion musi­cale, Anamor­phoses d’André Riotte.

À La let­tre du nom, suiv­ie de Six poèmes pour une dédi­cace à Pier Pao­lo Pasoli­ni (1990) suc­cé­dait l’émouvant Miroirs de l’autre (1995) :

Tou­jours la déchirure / dans les mots / tou­jours l’intenable demain / cette durée de nous / au fond de ton vis­age par­lé.

Jusqu’à La vie pénétrée (inédit), « écrit pour Celle qui fut là » :

Il se per­dait en elle pour s’y retrou­ver. Ils fusion­nèrent sous les nuages du bon­heur. Il la recon­nut sienne à sa voix brûlante. Il l’attendait depuis le com­mence­ment. Une injonc­tion du des­tin. » « Le risque de vivre porte la lumière.

La tra­ver­sée de cette vie en poésie ne doit pas faire oubli­er d’autres ver­sants. Le romanci­er (Le chat noir laqué, Ville san­guine, La chose noire, Chelsea romance…). L’essayiste (La poésie négro-africaine d’expression française, La parole noire, Paul Del­vaux, Pier Pao­lo Pasoli­ni…).

La lit­téra­ture n’a pas de fron­tières…

Francine Ghy­sen