Elvis est re-revenu

Coup de coeur du Carnet

Nadine MONFILS, Ice cream & châ­ti­ments, Fleuve édi­tions, 2017, 221 p., 17,90€/ePub : 12.99 €, ISBN : 9782265116375

monfils ice cream

Elvis Cadil­lac, tu con­nais ? Hé ben tu devrais ! On t’en a par­lé il y a à peine plus d’un an, quand Nadine Mon­fils a pub­lié Elvis Cadil­lac, King from Charleroi (Fleuve édi­tions, 2016). La bonne nou­velle si tu as raté le train, c’est que ça vient de sor­tir au for­mat poche (Pock­et). L’autre super nou­velle, c’est que le meilleur sosie du King est de retour dans un nou­veau roman et que ça décoiffe !

À lire : notre critique d'Elvis Cadillac, King from Charleroi

Elvis a établi ses quartiers à Chi­may. C’est qu’il a un impor­tant con­cert dans un home de la région, alors il est venu un peu plus tôt, his­toire de s’imprégner de l’ambiance et tester les pro­duits locaux (le fro­mage, mais pas que). Ce con­cert, il va le faire comme s’il était devant un stade en délire, par respect pour la mémoire du King et pour ces gens qui n’ont jamais eu la chance de le voir sur scène. Sa chemise le bou­dine mais ça fera presque pareil.

Au volant de sa Cadil­lac rose, il roule joyeuse­ment sur une petite route reculée de cette belle cam­pagne après avoir sif­flé quelques bières (tra­di­tion locale oblige) tout en dis­cu­tant avec sa chi­enne Priscil­la quand tout à coup… Bam ! Il écrase un petit vieux. Mais qu’est-ce qu’il foutait là tout nu au beau milieu de la nuit ? Pas ques­tion de le laiss­er au bord du chemin comme un ani­mal, un peu de respect pour les morts. Elvis décide de con­duire le cadavre jusqu’à sa tanière. Pas de bol ! La majorette qu’il a ramenée la veille est tou­jours là. Et elle con­nait le vieux : c’est une anci­enne vedette de la télé ! Ce qui devait être une petite tournée tran­quille se trans­forme tout douce­ment en thriller. Car Elvis décide de se lancer dans une enquête pour décou­vrir ce qui se trame dans le coin.

Au cours de ses aven­tures, le sosie du King fera des ren­con­tres pour le moins déto­nantes. Il crois­era la route de Mick­ey et Spécu­loos, les deux cra­pules les plus ratées que la Terre ait con­nues, des fêlés du bocal, des vieux qui ont coupé le lien avec la vie réelle, et (surtout) Mémé Corne­muse, cette vieille bique aux mœurs tout sauf catholiques. Elle est dingue mais au moins ça swingue avec elle, pas le temps de s’emmerder !

Dans Ice cream (pronon­cer à la brux­el­loise sinon ça marche pas) & châ­ti­ments, Nadine Mon­fils nous entraine à nou­veau dans des aven­tures rocam­bo­lesques en com­pag­nie d’Elvis Cadil­lac. Ça décape, ça flingue et ça zigouille à tour de bras. Pas le temps de dire ouf qu’on a un nou­veau cadavre dans le cof­fre ! Mais on com­prend vite que l’intrigue n’est qu’un pré­texte aux péripéties. Parce qu’avec une bib­li­ogra­phie longue comme le bras, l’auteure a appris à torcher une his­toire. « N’est-ce pas la préoc­cu­pa­tion de tout vrai artiste, que de ne pas se plagi­er ou entr­er dans un moule parce que ça marche ? Y a‑t-il pire prison que celle où on s’enferme pour plaire au pub­lic ou gag­n­er de l’argent ? La plu­part du temps, les artistes se flinguent eux-mêmes, parce qu’ils font trop de com­pro­mis. » Aux fron­tières du vul­gaire et de plain-pied dans l’insolence, Nadine Corne­muse… euh je veux dire Nadine Mon­fils nous entraine dans un univers déjan­té. À croire qu’elle a trem­pé sa plume dans la Chi­may !

À lire : l'interview de Nadine Monfils dans Le Carnet et les Instants n° 187

Tu vas voir, lecteur, tu vas rire telle­ment c’est grossier et dingue ! Parce que t’as pas l’habitude qu’on te bous­cule comme ça, et qu’on ne suive pas les codes, hein ? Et plus c’est fou, plus t’aimes ça. Les per­son­nages sont telle­ment des ratés loufo­ques que tu vas finir par les trou­ver attachants (bon, tu vas peut-être pas pleur­er quand ils clam­sent parce qu’il faut pas pouss­er mémé dans les orties). Et ça, c’est le tal­ent de l’auteure.

Née à Etter­beek mais établie depuis de nom­breuses années à Mont­martre, Nadine Mon­fils pub­lie des livres depuis 1984.  Polar, nou­velle, jeunesse, roman, théâtre : elle s’est essayée à tous les gen­res. Elvis Cadil­lac est à présent offi­cielle­ment un per­son­nage récur­rent de son œuvre, au côté du com­mis­saire Léon ou de Mémé Corne­muse (qui fait bien plus qu’une appari­tion dans ce roman). D’ailleurs, on peut déjà te dire que Mon­fils n’en a pas ter­miné avec lui. Il paraitrait qu’il sera de retour l’année prochaine et que ça va démé­nag­er (au pro­pre comme au fig­uré).

Nadine Mon­fils sort ce nou­v­el opus des aven­tures de notre sosie préféré à peine plus d’un an après le pre­mier. Juste à temps pour faire le lien avec le Boule­vard du polar, le fes­ti­val dont elle est la mar­raine et qui ouvri­ra ses portes dans quelques jours. Ça c’est top.

Audrey Chèvrefeuille