Quand le destin prend la plume

Nancy VILBAJO, Le bureau des destins perdus, Chat Ailé, 2017, 238 p., 18 €, ISBN : 2930834080

vilbajoCe n’est nul autre que le destin qui a choisi de nous livrer, glanées au hasard parmi d’innombrables dossiers, l’histoire de Josiane, de René, de Maddox, d’Ève… Ou encore celle d’une collégienne qui a voulu un jour revoir sa vieille école, y pénètre quand une main invisible déverrouille la porte, reconnaît tout : les couloirs, les classes, la verrière qui menaçait de s’effondrer à chaque orage. Sans se douter que ce pèlerinage sera semé d’invraisemblances, le passé surgissant, tragique ou joyeux, dans le présent, qui vacille… (Sur un toit de verre)

Sept histoires singulières, ourlées de mystère, penchant vers le fantastique, que Nancy Vilbajo a réunies sous le titre intrigant Le bureau des destins perdus.

Si le ton est enlevé, souvent familier, la couleur de ces destinées saisies à un tournant, dans leur intime vérité, est plutôt sombre, parfois inquiétante, et même noire pour la dernière, à la stratégie implacable, d’une ironie glaçante. (Les falaises de Calador)

La première suit une journée apparemment banale de la vie monotone et morose de Josiane, la soixantaine, en tête à tête avec son mari, ce Marcel si peu attentif et aimant. Josiane patiente, bienveillante, qui soudain explose de colère et d’amertume, la révolte balayant la résignation jusqu’à l’irréparable. (Que sera sera)

La plus troublante esquisse la rencontre, dans un train, de deux voyageurs, qui n’en forment peut-être qu’un. (Memoriam)

La plus accomplie s’attache aux pas d’une jeune artiste en convalescence dans un sanatorium au bord de la mer. « Égérie des galeries hier. / Inconnue au pays des mouettes, aujourd’hui. / Et c’est très bien comme ça !/ J’en remercie le destin ! » Sous le coup d’une brusque inspiration, elle court vers la plage, s’enivre pendant des heures de grand air et de vent. Mais le ciel s’assombrit, une tempête s’annonce, l’angoisse rôde. Il est temps de regagner la digue. Dans le silence, une voix soudain l’appelle ; un inconnu, depuis les dunes, lui fait signe. Elle n’hésite guère à le rejoindre. À partir de là, l’impossible, l’inexplicable l’enserrent de toutes parts… (De mémoire de méduse)

La plus savoureuse nous montre le jeune et beau Tom Maddox se présentant chez un notaire pour lui dicter son testament, en précisant le plus naturellement du monde qu’il est mort ! Un accident de moto après lequel, couché sur l’herbe tendre du Jardin d’Éden, il écoute Janis Joplin lui révéler le secret de la vie : la liberté d’oser être soi, sans jamais renoncer à ses rêves. (Maddox, Janis et une Harley)

Est-il plus beau message ?

Francine Ghysen