Toc, toc, toc …

Patricia HESPEL, La fille derrière la porte, Les Nouveaux Auteurs, 2017, 327 p., 19,95 €/ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2819504399

hespel la fille derriere la porteCréer des zones d’incertitude, d’opacité, mélanger l’angoisse des esprits brisés et l’horreur des corps torturés ; la plume de Patricia Hespel atteste d’une grande dextérité dans le maniement des codes du thriller. Dans La fille derrière la porte, l’on trouve des actions fomentées par des âmes tourmentées, des lettres anonymes, une torture psychologique génératrice d’angoisse chez les personnages et qui n’a de cesse d’entretenir le mystère et d’accroître l’avidité du lecteur à l’élucidation de cette intrigue vénéneuse.

Plongée dans un profond désarroi, fragile et tétanisée, Emmy ouvre sa porte à sa nouvelle voisine, Léna. La jeune femme est charismatique, intelligente, intuitive et envoutante. Se tisse alors une relation amicale, se scelle un pacte entre ces deux profils où se côtoient étrangement tant d’oppositions et de correspondances. Le lien deviendra ensuite exclusif ; toutefois, pour Emmy, « [l]eur relation a un goût de complétude qu’elle n’a connu avec personne […]. Leur symbiose a quelque chose de si miraculeux qu’elle ne cesse de se demander pour quelle raison Léna l’a élue, elle parmi tous les autres, combien de temps cela va durer, comment se protéger du reste du monde et de la trivialité ambiante. ». Mais ce nouveau duo laisse poindre la figure de dualité, l’asymétrie et l’adversité. Léna s’immisce de plus en plus dans la vie de son autre, allant jusqu’à la manipuler, la vampiriser. Les interrogations s’accumulent tandis que passé et présent s’entrecroisent, la tension s’exerce, le casse-tête révèle ses facettes disparates.

Construite au rythme d’une progression minutée, l’intrigue se scande en quatre étapes – Chenille, Chrysalide, Éclosion et Papillon – qui portent le dénouement à une promesse d’envol. Hespel nous convie à une transformation, une métamorphose. Emmy s’extirpera de son état larvaire en revêtant des apparats soyeux, costume séduisant de nymphe ; par la suite, elle brisera toute attache lors de l’éclosion, se débarrassant des entraves pour émerger et déployer son être propre.

Dans une écriture fluide et un rythme soutenu, Patricia Hespel livre un ouvrage tentaculaire, qui prend à la gorge. Cependant, dans le dénouement, l’on regrettera tout de même l’afflux de rebondissements qui asphyxie quelque peu.

Un huis clos familial, une porte derrière laquelle se tapissent secrets, cicatrices et épouvante, un seuil qui ne se franchit pas sans risques.