La solitude de la séduction et du sentiment amoureux

Nicole MARLIÈRE, La femme sans cœur, Tra­verse, 2018, 199 p., 18€, ISBN : 978–2‑93078–322‑2

marliere la femme sans coeurSor­tie d’un mariage qui a duré neuf ans, Car­ol savoure sa soli­tude dans sa mai­son brux­el­loise avec son chat Diego et sa chi­enne Gala. Bien dans son corps, dans sa vie et assumant sa sen­su­al­ité, elle mul­ti­plie les aven­tures sans lende­main et nous entraîne dans ses his­toires avortées. Sans tran­si­tion, nous pas­sons d’un Antony mar­ié et mus­clé, à un sosie de Lam­bert Wil­son vorace et presque can­ni­bale, à un Mar­i­an tac­i­turne, à un patron entre­prenant…

Car­ol col­lec­tionne les « chiens per­dus », nous mon­tre la puis­sance de la séduc­tion, mais aus­si ses rapi­des désil­lu­sions. Elle nous charme avec ses plaisirs sen­suels, mais nous atten­drit avec son désir qui suf­foque vite.

Il m’offrit un livre de recettes tunisi­ennes puis m’invita à un cous­cous, place Jour­dan. J’acceptai. Le soir dit, j’étais con­sternée. Il était trop petit, trop par­fumé, il attendait trop de moi. Je n’avais pen­sé à rien d’autre qu’au plaisir d’être draguée et il ne me restait que le désir de fuir. Après dîn­er, il m’embrassa sur la place, entre deux voitures, comme un jeune chien qui tente de jap­per, de mor­dre et de respir­er en même temps. 

L’auteure nous dévoile avec naturel et légèreté toute la com­plex­ité de la séduc­tion et du sen­ti­ment amoureux : les tâton­nements pour approcher la per­son­ne con­voitée, les attentes frus­trées vis-à-vis de l’autre, le refus de voir que son pro­pre désir n’est pas réciproque… Elle nous mon­tre à quel point les attentes sont mul­ti­ples et la séduc­tion fluc­tu­ante.

La nuit, mon GSM son­nait, je décrochais, j’entendais : “Tu me man­ques ter­ri­ble­ment, je suis fffou de toi…”. Fou de moi : c’était ce que j’attendais d’un homme. Je l’invitai donc à dîn­er, il ne vint pas. Je lui fix­ai ren­dez-vous pour pren­dre un café, il ne vint pas. Il m’invita à déje­uner et décom­man­da. Chaque ren­dez-vous man­qué don­nait lieu à des dizaines de coups de fil désolés, con­sternés, acca­blés. Il évo­quait le des­tin, le tra­vail. Était-ce une atti­tude, une tac­tique, une infir­mité ?

Le réc­it esquisse les méan­dres amoureux, les mari­vaudages, la dif­fi­culté d’être en cou­ple, nous sug­gère qu’il n’y a pas de règle pour tomber amoureux et que l’on ne sait jamais vrai­ment com­ment cela va se pass­er, même si on prend le temps de tiss­er une rela­tion authen­tique avec l’autre. L’alchimie qui peut se pro­duire entre deux per­son­nes n’est pas sim­ple et sa (non) réus­site peut par­fois éton­ner…


Lire aus­si : un extrait de La femme sans cœur


La femme sans cœur est un roman agréable à lire pour se sen­tir moins seul(e) dans notre soli­tude, nos tâton­nements amoureux, notre incom­préhen­sion du mys­tère de l’autre et du mys­tère que nous sommes par­fois pour nous-mêmes. Un petit bémol : de nom­breuses fautes d’orthographe et de ponc­tu­a­tion ternissent le plaisir de la lec­ture.

Séver­ine Radoux