« Les poèmes s’imposent »

Philippe LEUCKX, Ce long sil­lage du cœur, gravure de Renaud Alli­rand, La Tête à l’envers, 2018, 90 p., 15 €, ISBN : 979–10-92858–2‑42

Philippe Leuckx se con­traint à compter les pieds pour ne pas vers­er dans un pur lyrisme. Cela lui per­met de garder rai­son et de ponctuer les vers qui énumèrent ses émo­tions. Lui-même se définit comme poète sen­sa­tion­iste, en référence à la philoso­phie selon laque­lle toutes les con­nais­sances vien­nent des sen­sa­tions ;

La nuit même éclairée

La tech­nique et les fig­ures de style ne s’exposent pas ou ne se voient plus car l’auteur a assez écrit pour les avoir pleine­ment inté­grées, visant la sim­plic­ité. De sorte qu’il est en mesure de not­er les instants dans son car­net, sur le vif, en prom­e­nade, évi­tant soigneuse­ment à son retour de retra­vailler la ryth­mique du paysage qui s’est naturelle­ment méta­mor­phosée en mots.

J’avais pour com­pag­nie
Un ruis­seau

Ce long sil­lage du cœur recueille soix­ante-deux poèmes qui coulent comme une riv­ière, mon­tent comme la sève de l’arbre, tombent comme un rai de lumière entre ses branch­es, sen­tent l’humus des petites villes et l’asphalte des cam­pagnes. Lors d’un entre­tien par télé­phone, Philippe Leuckx s’étonne de la flu­id­ité du verbe que son corps accueille, que son cœur ressent, que sa main tran­scrit entre ombre et lumière, thème cen­tral où

La beauté s’impose sans effort

Le livre rend hom­mage à Jules Super­vielle, inno­cent forçat de styles très dif­férents, jus­ti­fi­ant la présence de poèmes épou­sant toutes formes. Il s’articule en six par­ties dont cinq sont dédiées à autant d’auteurs. Philippe Leuckx reprend par exem­ple à André Hard­el­let la pra­tique lit­téraire de restituer des moments auto­bi­ographiques avec le plus de détache­ment pos­si­ble et selon un « je mul­ti­ple » où se fondent les mon­des extérieur et intérieur.

Mon cœur est plein de fenêtres

Ailleurs, à l’instar de Fer­nan­do Pes­soa et ses Frag­ments d’un voy­age immo­bile, l’auteur explore le temps, l’enfance, infati­ga­ble « wan­der­er dans l’errance et l’incertitude » comme le pré­face Françoise Lefèb­vre, elle-même citée pour ouvrir la qua­trième par­tie du recueil. Là encore le plus court instant et le détail le plus ténu devi­en­nent une trace biographique ;

Invis­i­ble vrai­ment sous la chemise

« Pèlerin de soi », Philippe Leuckx péré­grine depuis tou­jours, d’espaces men­taux en paysages grands ouverts, con­va­in­cu et con­fi­ant que

La justesse est un chant
De syl­labes et de terre

Tito Dupret