Une maison étoilée

Philippe LEUCKX, Maisons habitées, Bleu d’en­cre, 2018, 36 p., 10 €, ISBN : 978–2‑93072–523‑9

Il y a tant de maisons en nous : habitées, inhab­itées,  han­tées, rêvées, aimées, regret­tées.… Un homme est fait d’amour et prob­a­ble­ment encore plus de maisons. Elles furent de dif­férentes formes : le ter­ri­er la grotte, la hutte, la masure, …si pré­cieuses qu’il fal­lut leurs con­sacr­er des dieux…

Philippe Leuckx partage les siennes… Maisons habitées son dernier recueil en date est com­posé en deux par­ties. “J’as­sume mes gre­niers” et “La mai­son, les gra­vats”. Deux mou­ve­ments, celui de la mémoire et de la dis­pari­tion.

Paul Claudel écrivait qu’en chaque homme il y a un gre­nier, un salon et une cave. Cette réflex­ion m’a tou­jours per­mis de dis­tinguer dans la lit­téra­ture les textes de la légèreté et ceux de l’in­no­cence. La légèreté trou­ve sa place dans le salon,  et l’innocence (per­due) dans le gre­nier (de la mémoire, du temps) ou la cave où tout se joue à l’ombre.

Philippe Leuckx aime la car­togra­phie du monde, il s’a­muse sérieuse­ment à le réper­to­ri­er dans ses coups de cœur, ses rubriques de lec­ture, ses cri­tiques et poèmes.

Il affec­tionne par­ti­c­ulière­ment le principe des séries rêvées de voyageur enchan­té ou de mélan­col­ie dans l’ar­rêt des brumes.

Maisons habitées est un texte en forme d’ex-voto… L’au­teur rend grâce à la per­sis­tance des demeures en nous et dévoile l’im­por­tance des gra­vats et des dégra­da­tions que le temps porte à toute chose et trans­forme ce qui fut en un futur incon­nu. Éper­dus dans la con­tem­pla­tion de l’in­fi­ni d’un ciel étoilé nous sommes sai­sis soudains de la con­science que nous con­tem­plons le passé… La lumière de ces étoiles a mis plusieurs cen­taines d’an­nées pour arriv­er jusqu’à nous. Nous con­tem­plons tou­jours le ciel d’hi­er et nos demeures sont sou­vent comme cet infi­ni étoilé, de vastes chants d’amour et de bataille fab­ri­quant chaque jour du passé.

L’écri­t­ure de l’au­teur nous mène dans une sub­tile con­tra­dic­tion per­ma­nente entre con­science et pre­science,  presque dans le reg­istre du dis­cours amoureux.

La lumière m’ap­pelle, salle des blés mûrs de jadis
du temps de mon père, celle des som­bres maisons
Pavées d’é­toiles, les lueurs du soir sur l’é­paule d’une
ville, les rumeurs bril­lantes en cam­pagne pro­fonde.

Dans le gre­nier, la mémoire, les poèmes, des traces encore vives; dans les gra­vats, l’a­ban­don, dans les rumeurs d’un futur sous forme d’ob­jets brisés.

C’est dans cet entremêle­ment d’il­lu­sions, de fra­cas et de vives espérances que l’au­teur (re)visite ces Maisons habitées