Archives par étiquette : Bleu d’encre

Navigateur solitaire

Claude RAUCY, Sans équipage, dessins de Jean Morette, Bleu d’Encre, 2017, 60 p., 12 €, ISBN : 978-2-930725-16-1

raucy sans equipage.jpgSans équipage, ainsi se nomme le dernier esquif poétique de Claude Raucy ; il a toutefois pour bagage, pour compagnie, une douzaine de dessins de Jean Morette, ce passager si peu clandestin du recueil. C’est que les deux vieux loups furent moussaillons à Vieux-Virton, au temps jadis, et naviguèrent de conserve entre les bancs de la même école villageoise, à Saint-Mard. Et puis les lieux, les itinéraires, les vies changèrent. S’ils firent tous deux profession d’enseignant, Raucy a notoirement construit une riche bibliographie de romans pour la jeunesse, tandis que Morette a édifié une œuvre plastique reconnue, consacrée plus particulièrement à la sculpture. Comme par un espiègle clin d’œil de l’âge mûr, les voici réunis pour la première fois dans une création commune. Sans équipage emporte à son bord trente-et-un poèmes, quatre chansons pour la mer et onze dessins. Un beau viatique ! Continuer la lecture

L’art de regarder les nuages

Jean-Louis MASSOT, Nuages de saison, photographies d’Olivia HB, Bleu d’Encre Éditions, 2017, 68 p.,12 €

massotLes suivez-vous parfois des yeux, ces Cumulus « Lourds comme des / Boules d’angoisse » ?

Regardez-vous comment « Des étoffes de Stratus / Cachent la lune et les étoiles » ?

Vous arrive-t-il de reconnaître là-haut « Des Cirrostratus / Comme de légères traces / Laissées par le pinceau / D’un peintre distrait » ? D’imaginer le message que porte peut-être, à notre insu, « Ce Cumulonimbus / Qui s’élève / Et se tortille / Au-dessus des derniers / Toits des maisons / Du village » ? D’attendre le moment où « Le soir venu / Les Altostratus / Ont commencé / À s’enlacer » ? Continuer la lecture

Comme une paille…

Philippe LEUCKX, L’imparfait nous mène, Dinant, Bleu d’Encre Editions, 2016, 54 p.

leuckx imparfaitQuelle nostalgie Philippe Leuckx exprime-t-il dans le titre de son dernier (et énième) recueil « L’imparfait nous mène » ? La réponse se trouve en principe dans les lignes où il s’interroge : « Quel est ce temps qui pousse en nous et qui remonte loin ? Parfois comme une paille parle pour tout un champ, un mot lève et sert notre mémoire ». Ne peut-on pour autant considérer, à lire ces courts poèmes d’une concision et d’une sensibilité quasi japonaises, que les instants et les états d’âme évoqués naissent aussi de ce statut d’ « imperfection» nécessaire, sans lequel la vie ne serait pas et qui est à la fois le motif et la matière de toute poésie et de toute inspiration (aspiration) ? Et, en somme, de la beauté, ce fragile reflet des choses et des instants, que nous suscitons comme lui-même  nous suscite et nous mène ? Continuer la lecture