Et si le crime n’était qu’un prétexte

Ziska LAROUGE, La grande fugue, Weyrich, 2019, 219 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑87489–533‑3

Une vio­loniste éten­due dans une mare de sang, son archet plan­té dans la carotide, sur scène. C’est sur cette image que com­mence La grande fugue. Enfin, c’est sur cette image que s’ouvre le roman mais l’intrigue, elle, com­mence quelques jours aupar­a­vant, voire encore plus tôt. Qui est la vic­time ? Qui lui a ôté la vie ? Pourquoi ? L’enquête poli­cière pro­pre­ment dite atten­dra un peu. Le temps de retrac­er les derniers instants de la défunte, et de son quatuor à cordes à l’avenir désor­mais plutôt com­pro­mis : les Bar­rées.

Les jumelles Wan­da et Sara-Louise Bar­razz­i­ni, pre­mier et deux­ième vio­lons, Fan­ny, l’altiste et Pier­rette, la vio­lon­cel­liste se pré­par­ent à ouvrir la nou­velle sai­son du Flagey. Qua­tre car­ac­tères dif­férents, qua­tre façons de vivre leur pas­sion et leur pro­fes­sion, qua­tre sen­si­bil­ités qui, d’un instant à l’autre, passent d’un accord par­fait à des éclats de voix dis­so­nants. L’ambiance est élec­trique entre les musi­ci­ennes et elles n’assurent pas le spec­ta­cle que sur scène. Dans les cafés brux­el­lois où elles ont leurs habi­tudes, le per­son­nel con­naît bien leurs pris­es de bec : la jalousie sus­citée par le tal­ent de Wan­da, les efforts de sa jumelle pour arrondir les angles, le franc-par­ler et la fierté de Pier­rette, l’émotivité de Fan­ny qui aimerait tant con­sol­er l’un des pré­ten­dants écon­duits par Wan­da…

La pre­mière par­tie narre le con­texte : les pro­tag­o­nistes, leur passé, leurs com­bats, leurs rela­tions. Parce que la vic­time n’est pas une fig­u­rante et qu’on ne se con­tentera pas de la décou­vrir à tra­vers les témoignages de ses proches. Pour l’entrée en scène des enquê­teurs, il fau­dra atten­dre la deux­ième par­tie, et elle abor­dera autant ceux qui mènent l’enquête que l’enquête elle-même.

La grande fugue, c’est une galerie de per­son­nages très tra­vail­lés. Atyp­iques, touchants, attachants, tous ont une his­toire et per­son­ne n’est là par hasard. Avec son style par­ti­c­uli­er qui mon­tre autant qu’il racon­te, Ziska Larouge tisse divers­es ram­i­fi­ca­tions prêtes à don­ner nais­sance à de nou­veaux réc­its, plus encore qu’à dif­férentes pistes d’investigation. Certes il y a meurtre. Certes il y a enquête. Mais surtout, il y a cette agi­ta­tion qui embar­que le lecteur fait spec­ta­teur. Les pages se tour­nent d’elles-mêmes, chaque scène donne envie de con­naître la suiv­ante et de suiv­re l’évolution des acteurs… tout autant, si ce n’est plus, que de con­naître le dénoue­ment.

Estelle Piraux