Au plaisir de l’indicatif

Pascale TOUSSAINT, Des lilas des orages, Samsa, 2021, 64 p., 16 €, ISBN : 978-2-87593-316-4

toussaint des lilas des oragesIci tout est mignon ! À commencer par le cartel de l’auteure en quatrième de couverture : Pascale Toussaint vit à Bruxelles et y enseigne la littérature. Elle est mariée à l’écrivain Jacques Richard. Et si l’on cherche ce dernier sur internet, on découvre de suite : Né à Bruxelles, Jacques Richard a passé son enfance en Algérie. Il enseigne la peinture et le dessin. Il est marié à l’écrivaine Pascale Toussaint. Un vrai couple d’albatros ou de tourterelles.

Capucine Garance / Marguerite Lila / Iris Rose sont fleurs / Avant que d’être filles / Et chacune redoute / Qu’on ne la déshabille

Effeuiller les filles et déshabiller les fleurs, merveilleux ! D’entrée, ce petit livre bucolique écrit au printemps dernier est de saison. Et de chanson. La rythmique est si claire, les vers tintent dès leur première lecture, d’un air que fredonneraient les confrères Carême et Perret. Cependant, l’auteure est davantage jardinière que parolière. Son jardin est son agora. Il est évident qu’elle parle à ses plantes. Et d’amour encore ! Et de jalousie ! De fièvres agrestes.

La rose fait la rose / Pourtant elle a beau faire / La rose elle a beau dire / Le lilas du jardin / Le parfum du lilas / Les couleurs du lilas / Imprègnent la mémoire / Et déjà je l’attends / Un an ça passe vite

Vite ! une guitare, vite ! Julos Beaucarne et consorts, vite ! une scène, un spectacle, vite ! les retrouvailles entre artistes et publics… Las ! ne nous mourrons-nous pas ? Les uns hors les autres ? Couchés comme feuilles d’un automne immobile et d’un an ? Un an ça ne passe même plus… Que c’est bon c’est beau / L’herbe sa douceur / Premier jour d’avril / Aube du printemps. Quoi ? Seule la culture nous met-elle encore au monde la nature, le réel en scène ? Quoi ? Rien d’essentiel ici ? Vivre sans abeilles, sans miels des lilas après l’orage ?

Il vivait au passé / Un passé composé / Passé simple imparfait / Et dépassé pour elle / Il avait empilé / Rassemblé amassé / En un gros tas des choses / Vieillottes inutiles / Qu’il ramenait tout fier / D’une brocante ou l’autre / Ça sentait jadis

Ce recueil du printemps dernier, encore si proche, un an ça passe vite, témoigne du monde avant confinement, déjà si lointain, un an qui s’enlise. Rien qu’en ceci, ces poèmes mi-longs et étroits respirent et exhalent l’espoir tant attendu de tous désormais. Les textes de Pascale Toussaint, écrits au plaisir de l’indicatif, émeuvent aussi au passé décomposé de nos vies dénaturées et emmurées dans les mausolées pixélisés de lendemains incertains.

Il s’assied et regarde / L’horizon jusqu’au soir / Quand le soleil couchant / Vole au coquelicot / Sa flamme il est heureux

Tito Dupret