Archives par étiquette : Samsa

Quand l’Histoire infiltre une famille

Michel ROSTEN, L’univers de Maxime Sere­brakian, ou les tribu­la­tions de trois pachas (1869 — 1922), Sam­sa, 2025, 358 p., 26 €, ISBN : 978–2‑87593–604‑2

rosten l'univers de maxime serebrakianSur la cou­ver­ture de L’univers de Maxime Sere­brakian, ou les tribu­la­tions de trois pachas (1869 — 1922), la nou­velle incur­sion en lit­téra­ture de Michel Ros­ten, ancien jour­nal­iste de La Libre Bel­gique, on peut lire l’indication générique suiv­ante : « Réc­it-Roman ». Habituelle­ment, c’est l’un ou l’autre – « réc­it » ou « roman » – et le plus sou­vent « roman », car plus vendeur, même lorsque la part romanesque est infime. Cette appo­si­tion sin­gulière ouvre des pistes de lec­ture que nous allons suiv­re et déploy­er. Con­tin­uer la lec­ture

Urgence !

Un coup de cœur du Car­net

Chris­t­ian LUTZ, Le vieil homme et la mère, Sam­sa, 2025, 258 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87593–544‑1

lutz le vieil homme et la mereUne His­toire de l’édition en Bel­gique l’a rap­pelé naguère : Chris­t­ian Lutz est un mon­u­ment de nos Let­tres. Fon­da­teur du Cri, il a pub­lié Com­père, révélé Beren­boom et Mon­fils, Delper­dan­ge et de la Croix, Deutsch… Mais il a per­du le Cri, s’est relancé via les édi­tions Sam­sa, accom­pa­g­né par ses auteurs-phares mais aban­don­né, selon lui, par les pou­voirs publics. Or voilà que Chris­t­ian Lutz nous revient comme auteur. Avec un livre com­pos­ite, éton­nant. Qu’est-ce donc que Le vieil homme et la mère ? Con­tin­uer la lec­ture

Une promenade d’admiration

Yves-William DELZENNE, Venise n’expose qu’elle-même, Sam­sa, 2025, 134 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–580‑9

delzenne venise n'expose qu'elle-mêmeVenise encore n’ex­po­sait qu’elle-même, ces siè­cles écoulés, la clep­sy­dre de ses jours que grif­fait la pluie après le long soleil d’août qui avait si bien séché les enduits ros­es où des glycines s’a­grip­pent mal.               

Yves-William Delzenne nous offre, avec Venise n’ex­pose qu’elle-même, un nou­veau roman sous forme de prom­e­nade dans des lieux de mémoire et de mytholo­gie lit­téraire, artis­tique, ciné­matographique, pic­turale… dans cette Venise, telle­ment sur­ex­posée qu’elle appa­rait sou­vent comme une sub­lime anamor­phose… Car Venise, si elle existe depuis des siè­cles depuis sa magis­trale fon­da­tion, s’est démul­ti­pliée dans le temps des œuvres et des admi­ra­tions et on ne sait plus si Venise existe vrai­ment ou si c’est plutôt ce que nous voulons voir de Venise. Comme si elle était une prodigieuse dif­frac­tion du regard humain. Con­tin­uer la lec­ture

Une logique d’idiots

Edwin ZACCAI et François OST, L’arche et la tour, Sam­sa, 2025, 70 p., 14 €, ISBN : 978–287593-492–5

zaccai ost l'arche et la tourLa pièce de théâtre, L’arche et la tour se donne à lire comme une forme d’écho à de mul­ti­ples mythes, bibliques et autres, que les deux auteurs Edwin Zac­cai (sci­en­tifique) et François Ost (philosophe et juriste) vien­nent de pub­li­er et de faire jouer… L’arche et la tour se décline comme une fable écologique ou comme un con­te philosophique, pré­cisent les auteurs. Con­tin­uer la lec­ture

le silence d’une écriture, / n’échappe pas à la mer

Un coup de cœur du Car­net

Michel JOIRET, Jour­nal d’une année de mer ultime, pré­face de Renaud Denu­it, Sam­sa, 2024, 132 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–540‑3

joiret journal d'une année de mer ultimePour de nom­breux écrivains belges de langue française, la Flan­dre et la mer du Nord con­stituent une friche d’inspiration sans cesse renou­velée. Michel Joiret appar­tient à n’en pas douter à cette famille-là de poètes et romanciers dont l’œuvre vient régulière­ment puis­er à cette source d’envahissement de lumière et de couleur – fussent-elles tamisées par la brume, tra­ver­sées de pluie et d’embruns, ou écla­tantes comme un été bleu – qu’offrent les lisières de sable entre le West­hoek et le Zwin. Dans une belle pré­face, com­plice en ami­tié et frater­nelle en poésie, Renaud Denu­it salue un texte qu’il qual­i­fie à rai­son de « som­met poé­tique dans la célébra­tion de la mer ». Con­tin­uer la lec­ture

Un jour, tu seras un homme, mon fils… Ou pas !

Giuseppe SANTOLIQUIDO, La nuit du Fils, suivi de Por­ca Stra­da !, Sam­sa, 2025, 118 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87593–582‑3

santoliquido la nuit du filsGiuseppe San­toliq­ui­do a com­mencé sa car­rière en Bel­gique (Renais­sance du livre, Ker, Genèse), mais il a été ensuite pub­lié chez Gal­li­mard. C’est dire la per­cus­sion de son éclec­tique (essais, nou­velles, romans, théâtre) tra­jec­toire.

Ce livre sem­ble avoir été pub­lié pour accom­pa­g­n­er une pièce, La nuit du Fils, « créée en févri­er 2025 à Brux­elles, au Théâtre des Galeries ». Dès les pre­mières lignes me frappe une sen­sa­tion prousti­enne. Comme si j’avais déjà lu… De fait, j’ai lu naguère un Bel­giques de Giuseppe San­toliq­ui­do décom­posé en trois longues nou­velles, or la pre­mière, De père en fils, présen­tait les per­son­nages et la sit­u­a­tion de la pièce. Une adap­ta­tion ? Une vari­a­tion libre, plutôt, une relec­ture ou même une con­clu­sion, quelques années plus tard. Curieuse­ment, aucune men­tion ne con­necte les deux textes… Con­tin­uer la lec­ture

Un nouveau langage pour un monde nouveau

Un coup de cœur du Car­net

Thier­ry-Pierre CLÉMENT, Poésie fenêtre ouverte : essai, Pré­face de Myr­i­am Watthee-Del­motte, Sam­sa, 2024, 178 p., 22 €, ISBN : 9 782875 935755

clement poesie fenetre ouverteLe 9 octo­bre 1992, Thier­ry-Pierre Clé­ment et moi-même rece­vions à Namur le poète Ken­neth White pour un entre­tien sur la géopoé­tique, pub­lié avec divers textes sur le sujet dans le numéro 12 de mai 1993 de la revue Sources. White y déclarait :

[…] je pense qu’on ne peut plus par­ler en ter­mes de nations. […] on ne peut plus par­ler davan­tage en ter­mes d’identité. Je n’aime pas l’idéologie iden­ti­taire. Je peux la com­pren­dre, parce que l’identité quelque­fois, dans une sit­u­a­tion d’opposition, peut être utile. Mais on ne crée pas à par­tir d’une iden­tité, on crée à par­tir d’un jeu d’énergies. Ce qui m’intéresse, c’est d’essayer de met­tre en place, d’encourager un nou­veau jeu d’énergies. Con­tin­uer la lec­ture

Ne pas perdre la farce !

Pas­cale TOUSSAINT, Rions, il pleut. Lisons le belge, Sam­sa, 2024, 202 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87593–555‑7

toussaint rions il pleutRions, il pleut, con­stitue la deux­ième antholo­gie com­posée par l’autrice Pas­cale Tou­s­saint après celle qu’elle pub­li­ait en 2015 chez le même édi­teur (C’est trop beau ! trop !), déjà vouée à la lit­téra­ture belge. Cette fois, c’est un flo­rilège de cinquante-deux auteurs et autri­ces de notre Bel­gique fran­coph­o­ne qu’elle nous offre en n’ayant pas oublié d’y associ­er quelques écrivains de Flan­dres (Arno, Jan Baetens, Hugo Claus, Tom Lanoye…). Con­tin­uer la lec­ture

Les (en)jeux de la mélancolie

Yves-William DELZENNE, C’est ain­si que dis­paraît un roy­aume, Sam­sa, 2024, 258 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87593–547‑2

delzenne c'est ainsi que disparait un royaumeDans des temps anciens, dans un pays oublié dont cer­tains nieront même l’ex­is­tence, j’al­lai à la décou­verte de Ghan­dol, où je n’é­tais arrivé que de quelques semaines”.

Dans son dernier roman, C’est ain­si que dis­paraît un roy­aume, Yves-William Delzenne déploie une forme de tra­ver­sée philosophique mais aus­si esthé­tique et poli­tique d’un paysage – l’aventure de l’e­sprit – où , à tra­vers une mul­ti­tude de per­son­nages issus de ter­ri­toires imag­i­naires (si peu…) on assiste à la con­fig­u­ra­tion et aux obses­sions que l’on peut retrou­ver dans la plu­part des états de notre monde. Con­tin­uer la lec­ture

Vincent Engel. La fiction comme “romansonge”

Jean-Pierre LEGRAND et Philippe REMY-WILKIN, Vin­cent Engel. L’absence révoltée,  Que Faire ?, n°7, Sam­sa, juin 2024, 122 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–563‑2

legrand remy wilkin vincent engelCréer des mon­des de fic­tion, con­stru­ire des « roman­songes » dans le sil­lage du « men­tir-vrai » d’Aragon, laiss­er courir sa pen­sée, son imag­i­naire sur une mul­ti­tude de claviers d’orgue… telles sont les trois thèmes musi­caux qui se déga­gent si l’on tente de con­denser l’œuvre de Vin­cent Engel, tout à la fois écrivain, dra­maturge, pro­fesseur de lit­téra­ture con­tem­po­raine à l’Université catholique de Lou­vain, directeur de revue (il a repris la direc­tion de Mar­ginales), directeur du Pen Club Bel­gique, édi­teur. Dans le numéro 7 de la revue Que faire ?, les écrivains Jean-Pierre Legrand et Philippe Remy-Wilkin con­sacrent un dossier éblouis­sant qui se focalise sur le cycle toscan inti­t­ulé Le monde d’Asmodée Edern (réédité en 2023, Asmod­ée Edern & Ker Édi­tions). Con­tin­uer la lec­ture

On ne voit bien qu’avec le cœur…

Nathalie BOUTIAU, Puis vien­dra le matin, Sam­sa, 2024, 242 p., 20 €, ISBN : 978–2‑8759–3565‑6

boutiau puis viendra le matinJeanne est une quin­quagé­naire qui tra­vaille au château de Freyr, un domaine de sept hectares. Elle décou­vre un matin une boîte avec une chat­te et trois cha­tons et décide de les sauver. Au fur et à mesure qu’elle leur prodigue des soins et leur cherche une famille d’accueil, la blessure d’un vieux deuil est réveil­lée, avec la cul­pa­bil­ité qui l’a accom­pa­g­né. Con­tin­uer la lec­ture

Valse à trois temps

Marc GOSSÉ, Gossec, Le maître des chœurs (1734–1829), Sam­sa, 2023, 166 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–462‑8

gosse gossec le maitre des choeursVoici un ouvrage con­sacré à un musi­cien fort oublié aujourd’hui, à la riche discogra­phie pour­tant, qui a mené sa car­rière et sa vie sous les rois Louis XV et XVI, la Révo­lu­tion et la Ter­reur, l’Empire et la Restau­ra­tion. En s’adaptant à tous les régimes, en leur sur­vivant, jusqu’à attein­dre 95 ans. Mais quel musi­cien ! Le père de la sym­phonie, un inspi­ra­teur de Mozart, l’orchestrateur de la pre­mière Mar­seil­laise, etc. Con­tin­uer la lec­ture

Chemins de l’art

Roger BODART, L’art, c’est la chair, Pré­face de Flo­rence Richter, Sam­sa, 2023, 132 p., 18 €, ISBN : 9782875934703

bodart l'art c'est la chairPoète, essay­iste, académi­cien, Roger Bodart est l’auteur de nom­breuses mono­gra­phies sur l’art. Pré­facé par Flo­rence Richter, L’art, c’est la chair. 8 pein­tres et sculp­teurs belges regroupe en un vol­ume les mono­gra­phies que Roger Bodart a con­sacrées à Antoine Wiertz, Albert Crom­me­lynck, Edmond Dubrun­faut, Idel Ianchele­vi­ci, Suzanne van Damme, Jacques Maes, Georges Grard et Léon Devos. Davan­tage qu’une col­lec­tion de textes rédigés dans le cadre d’une ini­tia­tive du Min­istère de l’Instruction Publique (ancêtre des Min­istères de la Cul­ture et de l’Enseignement), pub­liés entre 1948 et 1963, le recueil affirme une pen­sée de l’art, est sous-ten­du par un ques­tion­nement de l’évolution esthé­tique à tra­vers le temps, par une analyse du phénomène des avant-gardes, de la volon­té de table rase, de la coex­is­tence d’une mul­ti­plic­ité de lan­gages plas­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

Thérèse, Rose, Ratte

Flo­rence RICHTER, Rose étrange au Mont des Arts, Sam­sa, 2023, 114 p., 18 €, ISBN : 9782875934642

richter rose etrange au mont des arts« Le roman com­porte trois par­ties qui se répon­dent : d’abord deux fic­tions, l’autobiographie d’un végé­tal rosier marin, entre­coupée de com­men­taires d’une mam­mifère, une rat­te. La troisième par­tie relève de la réal­ité la plus con­crète ; il s’agit d’extraits du Jour­nal intime, inédit à ce jour, de ma grand-mère, la roman­cière Marie-Thérèse Bodart […] » Tel est l’incipit de Rose étrange au Mont des Arts, dans la « note (néces­saire) de l’autrice ». Flo­rence Richter l’annonce d’emblée : son réc­it explor­era dif­férents points de vue, cha­cun claire­ment annon­cé à chaque début de chapitre. Si l’existence de la fleur et celle de la rongeuse se croisent, celle de Thérèse s’inscrit en petites notes choisies émanant d’un passé révolu. Car, au moment où se déroule l’histoire con­tée, l’humanité a dis­paru, depuis longtemps, en 2054 exacte­ment, et la nature a repris ses droits sur la Terre en général et le Mont des Arts en par­ti­c­uli­er. Con­tin­uer la lec­ture

Transmutation des valeurs 

Renaud BOUCQUEY, Rien sur Niet­zsche, Sam­sa, 2023, 165 p., 20 €, ISBN : 9782875934567

boucquey rien sur nietzscheCom­ment un homme peut-il se libér­er, quit­ter la rou­tine, les valeurs de réus­site, de tra­vail qu’on lui a inculquées ? Par quel chem­ine­ment intérieur, quelle révo­lu­tion per­son­nelle, en vient-il à chang­er de vie, à jeter par-dessus bord les charges d’une vie axée sur la famille, l’argent, la per­for­mance, le statut social, la pro­mo­tion immo­bil­ière ? Dans son roman Rien sur Niet­zsche, Renaud Bouc­quey campe l’histoire d’un homme, Bruno Tser­stevens, qui après avoir été la par­faite incar­na­tion d’un rouage du sys­tème, trou­ve la force de muer, d’entrer dans des devenirs dont les étapes qua­si ini­ti­a­tiques réver­bèrent les trois méta­mor­phoses qui, dans Ain­si par­lait Zarathous­tra, com­posent le pre­mier dis­cours de Zarathous­tra. Con­tin­uer la lec­ture

Jour de colère

Maxime BENOÎT-JEANNIN, Les enfants de l’Érèbe, Sam­sa, 2023, 207 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87593–466‑6

benoit jannin les enfants de l erebeMaxime Benoît-Jean­nin, né dans les Vos­ges, a con­nu un beau début de car­rière parisien avant de s’installer il y a une trentaine d’années à Brux­elles, où il pub­lie tous ses livres (dont les épatants Brouil­lards de guerre ou On dira que j’ai rêvé), d’une fidél­ité exem­plaire à Chris­t­ian Lutz (Le cri puis Sam­sa), osant à l’occasion creuser des sujets très belges : Hergé, Ysaye, Maeter­linck ou War­beck.  Un par­cours à l’envers ? Con­tin­uer la lec­ture