Archives par étiquette : Samsa

Les Hussards noirs (jaunes, rouges) du Royaume

Désiré-Joseph d’ORBAIX, Le don du Maître, Préface de Renaud Denuit, Samsa, 2019, 222 p., 18 €, ISBN : 978-2-87593-264-8

S’il y a en France une tradition littéraire pour évoquer les « Hussards noirs » – expression forgée par Charles Péguy dans L’argent et dans son retentissant pamphlet De Jean Coste –, on en retrouve également une dans les lettres belges, même si l’approche des instituteurs y est a priori moins polémique et politique. Pensons par exemple à l’étonnant Crânes tondus (1930) de Constant Burniaux, galerie de cancres, de naïfs, de malicieux, de rêveurs du dernier rang, croqués par le regard à la fois narquois et bienveillant d’un narrateur qui n’est autre que leur Maître. Continuer la lecture

Bruxelles au 19e vue par les écrivains

Joseph VAN WASSENHOVE, Bruxelles. La ville vue par des écrivains du XIXe siècle, Samsa, 312 p., 30 €, ISBN : 978-2-87593-084-2

Repris sous une forme modifiée par Julien Gracq dans l’incipit de La forme d’une ville, le vers de Baudelaire tiré du poème Le cygne —  « la forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel » — compose la basse continue de l’essai de Joseph Van Wassenhove. Par quel prisme appréhender Bruxelles au 19e siècle, sachant qu’elle a subi, au nom du progrès et de la modernité, des modifications architecturales, urbanistiques souvent désastreuses, sinon par celui de la littérature ? Dans Bruxelles. La ville vue par des écrivains du XIXe siècle, l’auteur se livre à une enquête archéologique qui prend la forme d’une promenade littéraire. Continuer la lecture

Sur les traces de Bruegel à Bruxelles

Vincent DELANNOY, Bruegel à Bruxelles, Samsa, 2019, 126 p., 24 €, ISBN : 978-2-87593-244-0

À l’occasion du 450ème anniversaire de la mort de Pierre Bruegel l’Ancien, décédé à Bruxelles en septembre 1569, Vincent Delannoy retrace l’effervescence créatrice des années bruxelloises. La quarantaine de tableaux, la soixantaine de dessins, les gravures laissées par le fondateur d’une dynastie de créateurs ayant fait l’objet d’une tour de Babel d’exégèses, l’auteur se concentre sur la période 1563-1568 durant laquelle, vivant rue Haute à Bruxelles, Bruegel l’Ancien crée la majorité de ses chefs d’œuvre. De la vie du peintre, très peu de choses sont attestées. En l’absence d’écrits, de lettres, la vision du monde professée par Bruegel, son rapport à la foi, au pouvoir ne peuvent être inférés que de ses œuvres. Vincent Delannoy interroge les éventuelles influences de la ville sur ses peintures, les singularités de sa production artistique lors des années fécondes. Si la période anversoise correspond à un Bruegel dessinateur marqué par l’influence de Jérôme Bosch (univers fantastique, créatures diaboliques, sens du grotesque et de la satire…), à Bruxelles, sans abandonner le dessin, Bruegel se consacrera essentiellement à la peinture.


Lire aussi : un extrait de Bruegel à Bruxelles


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Un regard neuf dans le miroir au hibou

Jean-Marie KLINKENBERG (dir.), Relire La Légende d’Ulenspiegel, Textyles n° 54, Éditions Samsa, 2019, 15 €

Durant toute l’année 2017, le sesquicentenaire de La Légende d’Ulenspiegel fut salué par bon nombre de publications d’importance, au premier rang desquelles l’édition définitive du texte, établie par le spécialiste incontesté de la question, Jean-Marie Klinkenberg. Aujourd’hui, le même dirige le dossier de la cinquante-quatrième livraison de la revue Textyles, qui nous invite à relire l’œuvre matricielle de De Coster. L’Académicien (adjectivé « belgique ») y signe une étude exhaustive sur le travail philologique considérable qu’exige ce livre hors-norme, qui est « tout sauf un énoncé consensuel ». Quatre autres contributions substantielles précèdent celle de Klinkenberg, et chacune propose un regard neuf sur des aspects aussi variés que les adaptations, la langue, la réception, enfin la dimension comparative.


Lire aussi : De Coster, entre le rire et le cri (C.I. 198)


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Matriochka de Philippe Remy-Wilkin

Philippe REMY-WILKIN, Matriochka, Samsa, 2019, 60 p., 9 €, ISBN : 978-2-87593-209-9

Philippe Remy-Wilkin orne la signature de ses courriels et les notices bibliographiques le concernant de la mention « auteur littéraire » qu’il semble affectionner. Sans doute cette formulation embrasse-t-elle davantage la diversité éditoriale des écrits de celui qui est à la fois essayiste, critique littéraire, nouvelliste et romancier. Philologue de formation, Philippe Remy-Wilkin est passionné d’Histoire et nous a donné déjà une remarquable étude consacrée à Christophe Colomb, Christophe Colomb, Le découvreur et la découverte : mythes et réalités. On lit aussi régulièrement ses chroniques sur Karoo et Le Carnet et les Instants, de façon épisodique ses nouvelles dans la revue Marginales, et ses prises de position sur les réseaux sociaux.

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« Naissance, croissance, maturité, disparition »

Camille LEMONNIER, La fin des bourgeois, édition et préface de Frédéric Saenen, Samsa, 2018, 340 p., 22 €, ISBN : 978-2-87593-201-3

En 1910, Stefan Zweig écrivait sur lui : « C’est encore un héros que ce fier et noble caractère. Soldat du premier au dernier jour, il a lutté sans trêve […] pour la grandeur de la Belgique ; il a écrit livre sur livre, créé, travaillé, jeté des appels, renversé des barrières, il n’a point connu le repos jusqu’à ce que Paris et l’Europe n’attachent plus au qualificatif “belge” la signification dédaigneuse de “provincial”. » Celui si bien loué, c’est le Maréchal des lettres , le Macaque flamboyant , le Dictionnaire en rut, le Zola belge. Derrière ces étiquettes plus ou moins discutables s’impose une figure incontournable dans le paysage de la littérature francophone, et pourtant injustement frappée par la méconnaissance à l’heure actuelle : Camille Lemonnier.

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Robert Goffin, écrivain sous roche

Robert GOFFIN, Le roman des anguilles, préface d’Arnaud de la Croix, Samsa / ARLLFB, 2018, 160 p., 18 €, ISBN :  978-2-87593-151-1

Robert Goffin, Le roman des anguillesS’il est une personnalité attachante dont il s’agit de redécouvrir sans tarder l’œuvre polymorphe, c’est bien celle de Robert Goffin (1898-1984).

Les rares à connaître son nom citeront sans hésiter ses nombreuses contributions à la découverte du jazz. Ainsi l’un de ses tout premiers recueils de poésie, en 1922, s’intitulera Jazz-band et lui vaudra l’honneur d’être préfacé par Jules Romains. Mais il a également rehaussé l’historiographie de ce courant musical avec Aux frontières du jazz (présenté par Mac-Orlan cette fois), son incontournable Histoire du jazz, parue initialement à Montréal en 1946 et enrichie deux ans plus tard pour s’étendre du Congo au Bebop, un essai plus recherché encore sur La Nouvelle-Orléans ou une monographie sur Louis Armstrong parue chez Seghers en 1947… Continuer la lecture