L’exploration des âmes humaines

Isabelle FABLE, Ain­si va la vie, Ain­si va la mort, M.E.O., 2024, 132 p., 16 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 9782807004436

fable ainsi va la vie ainsi va la mortDes retrou­vailles, tout comme des coïn­ci­dences, égrè­nent ce recueil de nou­velles. Un pro­fesseur d’Université ren­con­tre l’un des enseignants qui a mar­qué sa jeunesse. Une autre retrou­ve un ancien amour. Des rela­tions nais­sent, mal­gré les obsta­cles. Des épisodes incon­grus, par­fois presqu’irréels, provo­quent des cham­boule­ments dans la vie de cer­tains pro­tag­o­nistes : des boules de cheveux poussent sur la tête de l’un, pen­dant qu’un autre hérite d’une mai­son en bord de mer où une mys­térieuse source sem­ble avoir élu domi­cile. Étrange con­cours de miss proche d’un com­bat de glad­i­a­teurs, amants de papi­er,  poèmes qui changent une vie, renais­sance à la foire du Midi, héros mal­gré lui, sanglante marelle… les nou­velles s’enchainent sans se ressem­bler. Telles la vie et la mort, l’altruisme tout comme la haine s’insinuent partout. Il y a de nom­breuses manières de vivre, renaitre, mourir, voire tuer.

À tra­vers ce recueil com­posé de deux par­ties et de dix-sept nou­velles, de longueurs et sujets vari­ables, Isabelle Fable illus­tre dif­férents rap­ports à ce qui nous con­cerne toutes et tous : la vie et la mort. La vie jail­lit à chaque coin de rue, mais la mort rôde tou­jours der­rière. Tels des funam­bules, nous pou­vons tomber à tout moment. Dans Ain­si va la vie, Ain­si va la mort, pub­lié aux édi­tions M.E.O., des âmes lumineuses côtoient des êtres som­bres, par­fois sin­istres. Anges et démons. Joies et drames. Humour et grav­ité. Lieux com­muns ou vérités. Bien­fai­teurs ou assas­sins. Le meilleur comme le pire de l’humanité est révélé. Au fil des pages, le côté som­bre des âmes humaines se déploie.

L’autrice croque ses per­son­nages en quelques mots, tou­jours choi­sis avec soin :

Julos était un sale gamin. Les nattes de toutes les petites filles pou­vaient en témoign­er. Et tous les oisil­lons qui n’avaient jamais vu le jour parce qu’ils avaient été dénichés avant d’éclore. Il se moquait des vieilles, singeait les vieux, fai­sait la nique au maître d’école et au curé. Per­son­ne n’osait rien dire parce qu’il avait pour père une sorte de fort des halles, bûcheron de son état, prêt à en découdre avec tout le monde. 

Isabelle Fable, nou­vel­liste, roman­cière et poète, décrit avec pré­ci­sion les ambiances et cadres de chaque nou­velle. La nature veut égale­ment s’incarner :

Mais la nuit tombe, le ter­ril entre dans l’ombre. Pas de lune. Pas d’étoiles. Les lam­pes de for­tune éclairent peu. Le char­bon mange la lumière, la végé­ta­tion étouffe les appels. On glisse, les scories roulent sous les souliers, les branch­es grif­f­ent et giflent. La nuit, le ter­ril est enne­mi. 

Quelques réserves toute­fois, notam­ment dans les rela­tions homme-femme. Cer­tains pas­sages, même vus à tra­vers le regard des per­son­nages, peu­vent heurter comme le fait de min­imiser un fémini­cide (p. 120).

Émi­lie Gäbele