DUMONT-DUPUIS, Carton rouge, Weyrich, coll. « Noir corbeau », 2024, 304 p., 20 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782874899331
Le duo wallon d’enquêteurs est de retour ! Roger Staquet et Paul Ben Mimoun, que l’on a déjà fréquentés dans les trois premiers tomes publiés par le duo Dumont-Dupuis, se retrouvent pour une enquête liégeoise cette fois, comme cela avait été le cas dans Neige sur Liège (Weyrich, 2021). Roger, le flic retraité, veuf inconsolable et sa Clio increvable, Paul, inspecteur en début de carrière. S’ils habitent Ottignies et Namur, c’est la jeune et craquante journaliste Clarisse Dubois (manque un‑e Dupont, non ?), autre comparse croisée dans les opus précédents, qui les réunit et les amène en cité ardente. C’est qu’elle ne répond plus au téléphone après avoir laissé à Paul un message vocal qui au fil des heures passe pour un appel au secours : « Il se passe un truc étrange. Rappelle-moi dès que tu peux. »
Il n’en faut pas plus pour lancer les deux amis sur les routes en pleine nuit. À son domicile, leurs appels répétés restent sans réponse, ce qui ajoute une dose de peur aux pressentiments. Lesquels étaient fondés, car la tournée des hôpitaux leur apprend qu’elle a été hospitalisée après avoir été violemment heurtée par une voiture à Sclessin, dans un quartier glauque le long de la Meuse vers Seraing. Le conducteur a pris la fuite et l’on sait peu de choses sur les conditions de l’accident. Il n’en faut pas beaucoup plus aux deux complices pour décider de doubler les recherches de la police, car ils découvrent que l’ordinateur portable de leur amie a disparu et qu’elle menait une grande enquête sur le milieu de foot et plus particulièrement sur la place des femmes dans le Royal Sportif Club de Liège, mieux connu sous le nom du Standard. Commence alors une série de contacts, d’approches en douce dans le milieu très fermé et masculin des supporters, les tavernes où ils se rencontrent, où ils fêtent les victoires et noient les défaites. On ne s’invente par supporter du jour au lendemain, c’est un univers en soi avec ses codes, ses rituels, son langage et les langues mettent du temps à se délier. D’autant que la méfiance manifestée à l’égard de la journaliste victime du chauffard et toujours hospitalisée ne saurait tout expliquer. Elle a pris soin de laisser un clé USB avec des documents, des vidéos, mais rien qui offre une piste évidente. Lors d’une nouvelle visite au domicile de Clarisse, Roger et Paul arrivent juste après qu’un voisin, proche de Clarisse, a été assassiné par un homme en fuite. La tension monte d’un cran et duo, ou le mystère s’épaissit. À moins que l’on soit face à un nœud d’enjeux, mêlant foot, journalisme d’investigation et affolement face à une vidéo compromettante et très privée diffusée par inadvertance sur le net ?
Une fois de plus, le récit à quatre mains des Dumont-Dupuis libère sa petite musique qui ravit l’esprit : un duo, ou plutôt un trio, que l’on retrouve avec plaisir, la découverte d’un univers, les déambulations dans une ville à l’ambiance bien croquée (dont le quartier de Pierreuse), le tout servi par une écriture fluide, des dialogues bien sentis, un suspense finement dosé, et cette pointe d’humour qui ensoleille la lecture. Sans oublier une vision tout à la fois critique et généreuse de notre monde actuel, à mille lieues des réflexions chagrine en vogue, et dont la fraîcheur est bienvenue. À telle enseigne que l’on se surprend à penser : à quand un cinquième volume du même tonneau ?
Thierry Detienne