Le cimetière des mots doux

Marie MATUK, Avec ou sans Jess, Oskar, 2024, 150 p., 14,95 €, ISBN : 979–1‑0214–0834‑0

matuk avec ou sans jessDepuis qu’il l’a vue marcher comme une funam­bule sur une cor­niche, Math­éo, 12 ans, a tis­sé un lien d’amitié avec sa nou­velle voi­sine, Jess. Un jour, ils déci­dent d’aller faire du patin sur l’étang gelé, mais la glace se fis­sure et Jess tombe à l’eau. Mal­gré une inter­ven­tion rapi­de des pom­piers, Jess ne survit pas à l’accident et Math­éo vit son tout pre­mier deuil.

Sa manière à lui de ne pas oubli­er son amie est de se ren­dre régulière­ment au cimetière pour lui par­ler, flan­qué de son petit frère, Tom, avec qui il est très soudé. Devant la tombe, il joue de l’harmonica et Tom danse à côté de lui, une manière douce et poé­tique de dire à Jess qu’ils ne l’abandonnent pas.

Un souf­fle léger émane de la bouche de Math­éo et une mélodie s’élève. Tom l’accompagne en tour­nant sur lui-même. C’est plus fort que lui. Ici sur la tombe de Jess, les notes métalliques réson­nent dif­férem­ment. Elles parais­sent ensor­celées. Elles l’entraînent à vire­volter. Quand Math­éo cesse de jouer, les jambes de Tom s’arrêtent aus­si. Math­éo recom­mence, il impro­vise. Il n’a jamais appris et pour­tant les morceaux har­monieux enchantent les oreilles.

Un jour, lors d’une vis­ite, ils décou­vrent plusieurs cha­tons enfer­més dans un sachet et jetés dans la fos­se d’une tombe. Ils arrivent à en sauver trois et se lan­cent une nou­velle mis­sion : retrou­ver et arrêter la tueuse de chats du quarti­er.

Avec l’aide de leur cousin Har­ry et plus tard de leur copain Loïc, ils par­tent à l’aventure et se deman­dent si le chien du cimetière est une réin­car­na­tion de Jess et si l’homme aux géra­ni­ums est un mal­frat. Ils tombent égale­ment nez à nez avec un indi­vidu en fau­teuil roulant avec des gros bis­coteaux et ne savent pas encore si c’est un gen­til ou un méchant…

Dans Avec ou sans Jess, Marie Matuk nous offre une his­toire courte écrite dans un style flu­ide sur le chemin du deuil à tra­vers le regard d’un enfant qui apprend peu à peu à vivre avec l’absence.

Non, il ne le suiv­ra pas, et pour­tant, il en a envie. Mais à quoi ça servi­rait de par­tir ? Il y aura tou­jours une civière qui le hantera. Il faudrait lui ouvrir le crâne et enlever ces images qui le font souf­frir.
Épuisé par sa ran­don­née et par le manque de som­meil, Math­éo ren­tre chez lui. Il aperçoit la voiture de sa mère devant la mai­son et ça le soulage.
Il se réfugie dans ses bras, au chaud con­tre sa poitrine comme quand il était petit. Sa mère lui caresse les cheveux sans pos­er de ques­tions. Elle sent d’instinct qu’il ne faut plus par­ler de l’accident.

La perte de son amie ne brise pas le héros, même s’il éprou­ve pour elle une affec­tion sincère et tenace. À tra­vers les aven­tures de Math­éo et Tom, l’autrice jette un voile de douceur sur la perte en la parse­mant de l’imaginaire débor­dant pro­pre aux enfants et des bêtis­es qui en découlent. Une his­toire douce à lire un jour de pluie…

Séver­ine Radoux

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