Un coup de cœur du Carnet
Renato BACCARAT, Marche de nuit, Éditions Bleu dans vert, coll. « Peau commune »,2024, 63 p., 9 €, ISBN : 9782 960 269390
Il est des livres que l’on ne peut dissocier de leur maison d’édition. Cette dernière constitue l’ADN de chacun des ouvrages que l’on se réjouit de reconnaître, de retrouver au fil des publications. Ainsi en va-t-il des ouvrages publiés sous le toit de la maison Bleu dans vert dont le site, d’une phrase, annonce la couleur : « Bleu Dans Vert est une maison de micro-édition qui propose des livres sans queue ni tête, des petits objets que l’on trouve beaux ».
Renato Baccarat, poète et musicien, y publie dans la collection « Peau commune » son troisième opus. Après Entre chien et loup (une fable graphique dont les dessins sont aussi de la main du poète) et Deselegancia Discreta (orné de collages de Chloé Cayla, et agrémenté d’un QR Code donnant accès aux poèmes chantés), l’écrivain-musicien-poète-dessinateur nous enchante avec un nouveau « petit objet » poétique : Marche de nuit.
La légèreté musicale du phrasé, l’espièglerie fabuliste de certains poèmes, leur gravité à d’autres moments, ne cessent de désarçonner la lecture en renouvelant à chaque page l’allégresse de celle-ci. On retrouve en cheminant dans le volume, l’ironie douce, parfois mélancolique, toujours salutaire dont Jacques Prévert avait fait son miel. Il en va de même ici, où, par le rythme et la sonorité, l’esprit se laisse hypnotiser par une imagerie qui n’est jamais prise en défaut.
Qu’il évoque le tumulte (Si on tend l’oreille, on l’entend respirer), sa maison (Et j’<y> suis toujours le bienvenu, son ami. / Je crois que je peux la laisser se reposer / Et arrêter de lui faire remarquer / Qu’elle ne fait plus ses marches de nuit), un escargot (Un escargot s’est promené sur ce mur / C’est la nuit, les traces qu’il a laissées brillent / On dirait un mur étoilé / Que voulait-il écrire ?), Renato Baccarat nous surprend, nous émeut, nous amuse, nous console, nous attendrit.
Le format du livre nous invite à l’emporter avec nous, sachant qu’à tout moment on peut le sortir de la poche ou du bagage et se réjouir d’y trouver cette grâce de l’infime que les poètes, les vrais, racontent au plus près du cœur. Et puis, il y a la surprise de page en page, de découvrir ce qui provoquera le poète transformant chaque éclat du quotidien en miroir lumineux.
Ainsi ce poème inspiré du spectacle d’une rue qu’un rouleau compresseur vient d’asphalter : (…) C’est juste un tapis, un velours d’un noir profond / Qui donne envie de s’y coucher (…).
Décidément, la poésie a encore de grands et beaux jours devant elle ! Baccarat en fait une stimulante et touchante démonstration.
Jean Jauniaux