Alain BODART, Kairos, Ovadia, coll. « J’ai envie de vous dire », 2024, 322 p., 22 €, ISBN : 978–2‑36392–561‑9
Alain Bodart, originaire des Ardennes, fils de résistant, a créé une entreprise dont le succès lui ruinera un moment la santé. Il s’est alors alors à écrire après avoir participé à des ateliers d’écriture. Romans, récits de vie, témoignages sont à son actif et il n’hésite pas à déployer son dernier roman, Kairos, dans une traversée du 20e siècle qui ressemble fort à un grand roman feuilleton du 19e siècle !
Les rebondissements, les apparentes invraisemblances vite résolues et le goût du récit d’aventure font de ce roman une sorte de scénario de la course en avant d’une époque toute entière vouée au développement économique et à la starification des réussites spectaculaires.
L’auteur peut s’appuyer sur une solide expérience et son goût de la narration nous emmène, de personnage en personnage qui composent à chaque fois un nouveau chapitre, de Liège en Guadeloupe, à l’île de La Désirade.
Le récit de base de Kairos pourrait aisément appartenir au genre des films fantastiques du cinéma américain, nous pensons entre autres à Docteur Strange. En effet, Ailan fonde une entreprise qui cartonne et engrange de sérieux bénéfices. Un soir de fête, il a un accident de voiture, coma, amputation des deux jambes, trahison des collaborateurs, faillite.
Mais, mais… dans le centre de rééducation où il est soigné, Ailan rencontre une kiné guadeloupéenne, Mireille, cabossée de la vie comme lui… et ils jettent les dés ensemble pour une nouvelle vie… Ils font alors le choix du point du Kairos, l’opportunité la plus favorable… et décident de fonder une nouvelle entreprise dans l’île de Mireille…
Ce qui se lit en trame de ce roman survolté, ce sont les histoires de familles qui se font et se défont, des fortunes qui se construisent puis s’épuisent dans les aléas des affaires, c’est un 20e siècle d’un capital ennivré de ses « enchantements »…
Depuis ma récente infirmité, je vis dans un cocon, sans aucun contact avec le monde extérieur. Au Racines, je me trouve normal. Plongé dans ce contexte lugubre, ma triste différence m’explose en pleine gueule : j’ai enfin lâché mon trop-plein de larmes.
Ces larmes sont souvent retenues au profit de l’action, des décisions à prendre, de l’injonction intérieure « avance ! » et l’auteur noue en toute logique les événements les uns aux autres en nous laissant dans l’impression que la vie est à l’image de cette course romanesque : sans répit et sans intention.
À nous de l’éclairer en visant le kairos, nous souffle l’auteur!
Daniel Simon