Les pianos de la guerre

Céline PIETERS et Celia DUCAJU, Inter­lude, Dar­gaud, 2024, 104 p., 21 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782505122746

pieters ducaju interludeTout droit inspiré de ce qui pour­rait sem­bler un con­te poé­tique, Inter­lude retrace pour­tant une his­toire inspirée de faits réels se déroulant pen­dant la Sec­onde guerre mon­di­ale. Depuis 1941, l’ar­mée améri­caine est entrée en guerre con­tre les forces de l’Axe. Les com­bats sont longs et les hommes ten­tent de garder l’e­spoir coûte que coûte. L’u­sine de piano Stein­way par­ticipe, comme toutes les autres entre­pris­es, à l’ef­fort de guerre. Restric­tions sur le fer, le cuiv­re et le laiton oblig­ent, l’u­sine est réaf­fec­tée à la con­struc­tion des ailes, queues et autres pièces d’avion. Pour­tant dès la fin de l’an­née, Théodore Stein­way, prési­dent de la société, reçoit une demande du War Pro­duc­tion Board pour des pianos mil­i­taires robustes, il est temps pour l’ar­mée de relancer le moral des troupes.

C’est ici que com­mence l’his­toire qui nous est racon­tée par Céline Pieters, doc­teure en lit­téra­ture et scé­nar­iste, et mise en couleur par Célia Duca­ju.

Sur le front belge, en Ardenne, une unité améri­caine com­mence à dés­espér­er, épuisée par le froid, la boue et la men­ace de l’ar­rivée alle­mande planant comme une ombre sur de leur quo­ti­di­en. C’est à cet instant qu’est para­chuté, inespéré, un piano de guerre, vert olive, com­pact, prêt à résis­ter à vents et marées. Tout de suite, les quelques musi­ciens du groupe se met­tent au piano et au chant. Le sourire aux lèvres, un moment hors du temps s’in­scrit dans leur mémoire, inter­lude dans ces temps d’an­goisse. Mais comme dans toutes guer­res, la ligne de front se déplace et les hommes se doivent de lever le camp pour rejoin­dre Dinant. Pour 3 d’en­tre eux, aban­don­ner le piano aux Alle­mands est vécu comme une douleur trop vive. Il vien­dra avec eux, qu’im­por­tent les blâmes poten­tiels. Ils ont 48 heures pour rejoin­dre leur unité à pied, en ten­tant de sauver l’in­stru­ment qui leur tient tant à cœur.

Avec ses couleurs pas­tel, Celia Duca­ju apporte une véri­ta­ble douceur à cette his­toire qui com­mence comme une fable de Noël. La guerre sem­ble loin et son atroc­ité amoin­drie par le vert pâle des uni­formes et cette neige à perte de vue. Tout parait calme, silen­cieux, on entend presque le bruit des bottes qui craque­nt sur la sur­face de la neige. Le réc­it abor­de pour­tant des thèmes bien som­bres, comme les vio­ls com­mis par les GI, libéra­teurs pour­tant couram­ment adulés ; le racisme au sein de l’ar­mée dans cette péri­ode où la ségré­ga­tion raciale bat son plein out­re Atlan­tique. Le piano, lui, fédère. Autour de lui, bour­reaux, vic­times, enne­mis sem­blent unanimes : la joie qu’il apporte est uni­verselle.

Julie Leclerc

Un extrait d’Interlude

Un extrait pro­posé par les édi­tions Dar­gaud

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