Ludivine JOINNOT (autrice) et Valérie LINDER (illustratrice), Des fourmis qui gigotent, Ail des ours, coll. « Graines d’ours », 2024, 52 p., 10 €, ISBN : 978–2‑491457–33‑4
Valérie Linder est la cheville ouvrière de « Graines d’ours » : responsable de la collection aux éditions L’Ail des ours (dirigées par Michel Fiévet), « elle s’occupe des liens avec les aut.eur.rice.s et illustrat.eur.rice.s […], elle accompagne et conseille l’éditeur […] » et, pour ce septième volume, comme elle l’avait déjà fait pour les quatre premiers numéros, elle a pris sa palette-douceur et illustré les textes poétiques de Ludivine Joinnot.
Des fourmis qui gigotent. Un recueil abritant trois trésors, « Dans cette maison-là », « Ma tête est dans les trains » et un poétexte éponyme. Tous articulés autour d’un bijou, la Nonna, une vieille dame résidant dans une maison où « on habite ensemble on vit comme en famille », où « on passe le temps / tandis que le temps passe / les souvenirs se trompent parfois de mémoire ». On y partage avec tendresse, à petits pas, à petits gestes, sans se soucier ni des cheveux qui blanchissent ni des bougies qui s’accumulent. Ce qui importe là-bas, ce sont les musiques personnelles (et celles des oiseaux et des pommes), les souvenirs enrobés de bonheur, le désir simple et joyeux de faire durer les choses un peu plus encore. La narratrice, sa petite-fille, après avoir vu défiler les paysages et les ciels bercée par les mouvements du train et de son imagination, retrouve l’aïeule avec un plaisir vibrant, celui du goût de l’autre. Elle embarque alors la grand-mère, « dans [leurs] cœurs, un air de banjo / sous [leurs] pieds, les pas d’un tango / et partout au-dedans [d’elles] / des fourmis qui gigotent », vers un ailleurs pas très lointain, mais tellement bien…
Signe d’un diapason artistique, mots et images se répondent dans une harmonie douce et s’amplifient les uns les autres. Les pigments de Linder et l’encre de Joinnot relèvent en effet d’un pastel identique. Les illustrations, jouant avec le texte, se mêlant à lui et se fondant parfois en lui, esquissent en traits simples des idées et des sentiments tout en rondeur. Cette impression de cocon apaisant, en correspondance parfaite avec le propos, se voit renforcée par les couleurs tamisées qui créent une atmosphère ouatée. Les deux humaines au cœur-guimauve du recueil nous donnent envie d’« emporte[r] un chandail / au cas où il ferait frais / et des biscuits qui croquent sur la dent » et de nous installer tranquillement sur une plage où rire, rêver… et profiter des crépuscules.
Samia Hammami