Un trésor, une famille, des héros du quotidien

Béa­trice BOURET-SPREUX, Les Didereau, Déje­uners sur l’herbe, 15 €, 92 p., ISBN : 978–2‑930433–88‑2

bouret spreux les didereauL’année 2024 a accueil­li bien des pro­duc­tions lit­téraires. Par­mi ces dernières, on décou­vre le roman Les Didereau, écrit par Béa­trice Bouret-Spreux et paru aux édi­tions Les déje­uners sur l’herbe.

Les Didereau. Ce titre nous intro­duit en toute sobriété à la famille éponyme. Nul besoin de fior­i­t­ures, Béa­trice Bouret-Spreux racon­te l’histoire d’une famille ordi­naire. Nous par­tons alors à la ren­con­tre des mem­bres des Didereau sur six généra­tions. « Des per­son­nages pleins d’espoirs qui ne cherchent pas à chang­er le monde. Ils n’ont rien d’héroïque, ils sont sim­ple­ment humains. On finit par les aimer tels qu’ils sont ».

L’autrice a fait naitre de son imag­i­na­tion l’histoire et les sen­ti­ments de ses « héros », à l’exception de deux d’entre eux, l’abbé Saunière et Marie Denar­naud. Ces derniers ont véri­ta­ble­ment existé. C’est sur la légende du tré­sor de Rennes-le-Château et sur l’histoire d’amour entre l’abbé Saunière et Aline Didereau que le roman s’ouvre. Il se déploie ensuite en tranch­es de vies, celles des descen­dants d’Aline. La lec­ture des Didereau nous amène à nous fig­ur­er les entrelacs des vies des héros. Cha­cun d’entre eux nous délivre ses réc­its, à l’émotion brute et à l’immersion pure.

Tout com­mence par la ren­con­tre entre Aline Didereau et l’abbé Sauvenière. Les deux vivent une his­toire d’amour de laque­lle nait un enfant, Pierre. L’abbé est con­nu à Rennes-le-Château, petit vil­lage du sud de la France. L’homme d’Église a mar­qué les esprits pour son mode de vie mais surtout pour sa quête d’un tré­sor enfoui dans la région. En effet, l’existence d’un somptueux tré­sor fai­sait grand bruit et l’on racon­te que l’abbé est par­venu à met­tre la main sur l’énigmatique magot. La romance qu’il vit avec Aline scelle la des­tinée des Didereau.

Le roman de Béa­trice Bouret-Spreux pos­sède un grand pou­voir d’identification. Les expéri­ences vécues par les Didereau peu­vent aisé­ment entr­er en réso­nance avec la vie du lecteur. Cette capac­ité d’identification est presque ras­sur­ante : tous les « héros » n’ont pas des super-pou­voirs et ils n’en sont pas moins intéres­sants, ni moins attachants. Au con­traire. Le roman est bref mais fort en émo­tions et en expéri­ences de vie. L’amour, la parental­ité, la fra­ter­nité, la mal­adie, la sépa­ra­tion, l’entraide, le bon­heur… Tant de sujets uni­versels. C’est là que réside la richesse de ce livre : il racon­te l’histoire d’une famille qui pour­rait être la famille de la mai­son d’à côté. Pour autant, son his­toire ne manque pas de nous émou­voir, de nous inter­roger, de nous faire réfléchir. Dans tous les cas, le lecteur est touché et est inévitable­ment impliqué dans ces réc­its qui peu­vent appartenir à cha­cun d’entre nous. Les Didereau révèle l’étendue – on pour­rait même par­ler de largesse – de l’héritage famil­ial. Finale­ment, nous sommes tous mar­qués par ce que nos ancêtres ont con­nu, de près ou de loin. Ce n’est pas unique­ment le réc­it d’une famille mais bien celui d’êtres humains qui se retrou­vent pro­fondé­ment liés.

Sou­vent, lors des réu­nions famil­iales, les langues se délient, les sou­venirs s’imbriquent les uns dans les autres comme pour con­stituer une sorte de tableau qui ressem­ble à une nature morte.

Si l’on revient au fameux tré­sor de Rennes-le-Château, on se sou­vient qu’il n’aurait été que par­tielle­ment mis au jour. Dès lors, on s’interroge sur sa nature. Si per­son­ne n’a jusqu’alors élu­cidé ce mys­tère, à la lec­ture du roman de Béa­trice Bouret-Spreux, le véri­ta­ble tré­sor ne serait-il pas la richesse des rela­tions humaines ?

Pauline Roy