Archives par étiquette : Roman historique

La machine à remonter le temps

Éti­enne GUILLAUME, Une danse de noces, Édi­tions namurois­es, 2025, 240 p., 16 €, ISBN : 9782875511621

guillaume une danse de nocesEn plongeant les lec­tri­ces et les lecteurs dans l’his­toire fic­tive d’une région (Namur), l’au­teur Éti­enne Guil­laume dans Danse de noces joue avec les codes du roman his­torique qui se parta­gent sou­vent entre réal­ité et fic­tion… Éti­enne Guil­laume cherche à engager lec­tri­ces et lecteurs dans cette prox­im­ité que la lit­téra­ture per­met. Il a tou­jours défendu le pat­ri­moine de Wal­lonie et il a, dans l’écri­t­ure de plusieurs romans, voulu con­stru­ire des univers où la nar­ra­tion tente de coudre le temps his­torique à notre per­cep­tion con­tem­po­raine. Con­tin­uer la lec­ture

Un trésor, une famille, des héros du quotidien

Béa­trice BOURET-SPREUX, Les Didereau, Déje­uners sur l’herbe, 15 €, 92 p., ISBN : 978–2‑930433–88‑2

bouret spreux les didereauL’année 2024 a accueil­li bien des pro­duc­tions lit­téraires. Par­mi ces dernières, on décou­vre le roman Les Didereau, écrit par Béa­trice Bouret-Spreux et paru aux édi­tions Les déje­uners sur l’herbe.

Les Didereau. Ce titre nous intro­duit en toute sobriété à la famille éponyme. Nul besoin de fior­i­t­ures, Béa­trice Bouret-Spreux racon­te l’histoire d’une famille ordi­naire. Nous par­tons alors à la ren­con­tre des mem­bres des Didereau sur six généra­tions. « Des per­son­nages pleins d’espoirs qui ne cherchent pas à chang­er le monde. Ils n’ont rien d’héroïque, ils sont sim­ple­ment humains. On finit par les aimer tels qu’ils sont ». Con­tin­uer la lec­ture

Quand le peuple belge avait faim

Un coup de cœur du Car­net

Frédérique DOLPHIJN, Les oubliés, Esper­luète, 2024, 128 p., 19,50 €, ISBN : 9782359841916

dolphijn les oubliésQui se sou­vient de la famine qui a frap­pé la jeune Bel­gique à la moitié du 19e siè­cle ? Cet épisode trag­ique s’est pro­duit suite à des récoltes de blé ruinées, puis celles de pommes de terre gâchées par la mal­adie, alors que ces den­rées assur­aient la sécu­rité ali­men­taire de la pop­u­la­tion[1]. Et quand la spécu­la­tion s’en mêle, que les prix grimpent, c’est la survie des plus pau­vres qui est men­acée. En cette année 1847, cer­tains n’hésitent pas à émi­gr­er en quête d’un avenir meilleur, notam­ment aux États-Unis dont les pro­grammes de peu­ple­ment envoient des recru­teurs dans les villes et les cam­pagnes, avec la béné­dic­tion des autorités. Con­tin­uer la lec­ture

Vous ne voulez pas d’Histoire ?

Nathalie STALMANS, Bel­giques. Terre d’asile, Ker, coll. « Bel­giques », 2024, 122 p., 12 €, ISBN : 9782875864871

stalmans belgiquesEn lançant la col­lec­tion Bel­giques, les édi­tions Ker ont réus­si à mobilis­er nos écrivains autour d’un défi lit­téraire qui con­jugue la sphère per­son­nelle et les enjeux col­lec­tifs. Ce vingt-huitième recueil a été con­fié à une autrice qui s’est sin­gu­lar­isée jusqu’ici dans le reg­istre du roman his­torique et celle-ci nous fait la démon­stra­tion qu’elle peut déclin­er son art sous la forme brève de la nou­velle en puisant dans le passé de notre jeune État. Con­tin­uer la lec­ture

Clochard céleste

Marc MEGANCK, Mys­tifi­ca­teur !, F dev­ille, 2024, 237 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑87599–096‑9

meganck mystificateurMarc Meganck n’a pas encore cinquante ans mais sa fiche Wikipé­dia donne le tour­nis. Des dizaines de titres pub­liés, du roman à la nou­velle ou à l’essai, du polar à Brux­elles en pas­sant par l’archéologie. Un graphomane ?

J’irai tir­er sur vos tongs, un micro-roman paru chez le même édi­teur, F dev­ille (sans point ni majus­cule, une mai­son qui monte), était un pur plaisir de lec­ture ; une curiosité vive a précédé l’entame de Mys­tifi­ca­teur !, dopée dès la qua­trième de cou­ver­ture : l’auteur s’inspire de faits réels et va ten­ter de recon­stituer le par­cours aven­tureux et « rocam­bo­lesque » d’un red­outable faus­saire, qui a réus­si à bern­er les autorités belges et français­es, chas­sé l’Atlantide… Con­tin­uer la lec­ture

Le soleil de l’insurrection

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Moctezu­ma. Le dernier Soleil, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 160 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–506‑4

bergen moctezumaLa civil­i­sa­tion aztèque ne peut retourn­er à la pous­sière, se voir plongée dans la nuit. Nous qui avons con­nu les feux de la gloire, le raf­fine­ment des sci­ences et des arts, tombe­ri­ons-nous comme des fruits, anéan­tis par des êtres incultes ? 

Le roman Moctezu­ma de Véronique Bergen évoque la fin de l’empire aztèque dans les années 1510–1522 suite à l’appropriation de ses ter­res et de sa cul­ture par les con­quis­ta­dores chré­tiens espag­nols. Ceux-ci, assoif­fés de richesse et de sang, pil­lent et sacca­gent les formes du vivant qui s’y déploient, vio­lent les lois sacrées mis­es au dia­pa­son des cycles saison­niers et leurs croy­ances. Con­tin­uer la lec­ture

Pouvoirs de la parole et de la lettre

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, Empris­es. Les con­tes du père Susar, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 324 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87505–475‑3

bologne emprisesÉblouis­sant roman tail­lé dans l’ambition, l’érudition et la magie du verbe, Empris­es. Les con­tes du père Susar enracine son réc­it dans les plis du 18ème siè­cle, aus­culte les secrets, les jougs famil­i­aux qui s’étirent sur plusieurs généra­tions. Jean Claude Bologne a le secret des dis­posi­tifs nar­rat­ifs d’une folle intel­li­gence qui allie ques­tions méta­physiques et com­plex­ité des âmes. Con­stru­it comme une cathé­drale, le roman met en scène un con­teur hors pair, le père Susar qui, accusé de sor­cel­lerie, vit caché dans un hameau près de Liège depuis des décen­nies. Con­tin­uer la lec­ture

Valse à trois temps

Marc GOSSÉ, Gossec, Le maître des chœurs (1734–1829), Sam­sa, 2023, 166 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–462‑8

gosse gossec le maitre des choeursVoici un ouvrage con­sacré à un musi­cien fort oublié aujourd’hui, à la riche discogra­phie pour­tant, qui a mené sa car­rière et sa vie sous les rois Louis XV et XVI, la Révo­lu­tion et la Ter­reur, l’Empire et la Restau­ra­tion. En s’adaptant à tous les régimes, en leur sur­vivant, jusqu’à attein­dre 95 ans. Mais quel musi­cien ! Le père de la sym­phonie, un inspi­ra­teur de Mozart, l’orchestrateur de la pre­mière Mar­seil­laise, etc. Con­tin­uer la lec­ture

Le ciel peut attendre…

Philippe FIEVET, Une colonne pour le par­adis, M.E.O., 2022, 237 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0341‑5

fievet une colonne pour le paradisDans la Syrie byzan­tine du 5e siè­cle, des témoins (le moine Alef, l’esclave Aurélia) recréent les itinéraires, les des­tins de deux fig­ures con­trastées, le moine Paph­nuce et le citoyen romain Rufin. Le pre­mier pour­suit une quête mys­tique éper­due, le deux­ième plaisirs et volup­té. Si l’un s’abstrait au max­i­mum du monde quand l’autre n’a de cesse d’en épuis­er les pos­si­bil­ités, tous deux recherchent l’adéquation et l’amour, se met­tant en (grand) dan­ger au nom d’un idéal.

Le décor ? Un univers antique en décom­po­si­tion. Rome vient de tomber, vic­time d’Alaric et de ses Wisig­oths, mais les Huns, déjà, défer­lent, venus d’Asie, comme un deux­ième « fléau de Dieu ». L’Empire romain d’Orient, où vont s’ébrouer les pro­tag­o­nistes du réc­it, notam­ment du côté d’Antioche, en Syrie, sem­ble rel­a­tive­ment épargné par les inva­sions mais le chaos, cette fois, naît de l’intérieur : les chré­tiens, jadis per­sé­cutés, se sont mués en per­sé­cu­teurs, en fana­tiques, qui n’ont de cesse de lamin­er ce qui sub­siste d’un modus viven­di sécu­laire. Con­tin­uer la lec­ture

À la poursuite d’Enola Gay

Pierre-Marie DUMONT-SAINT MARTIN, Le temps du muguet, LiLys, 2021, 417 p., 24,5 €, ISBN : 978–2‑390560–16‑6

dumont saint martin le temps du muguetLiège, mai 1940, Élise et Gérard s’offrent, ain­si qu’à leurs deux enfants, une par­en­thèse musi­cale. Des jours som­bres s’annoncent, les deux musi­ciens han­tés par les sou­venirs de la Grande Guerre le savent. Elle au piano, lui à la flûte, ils savourent les derniers instants avant leur inéluctable sépa­ra­tion. Tout est prêt pour le départ d’Élise avec les enfants. De son côté, Gérard, vétéran de 14–18, offici­er de réserve dans l’aviation et instruc­teur de jeunes pilotes, s’apprête à servir son pays à nou­veau. Et c’est une mis­sion très par­ti­c­ulière qu’il se voit con­fi­er. Con­tin­uer la lec­ture

Passion posthume

André VERSAILLE, Armande ou le cha­grin de Molière, Press­es de la cité, 2022, 366 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑258–20011‑1

versaille armande ou le chagrin de molièreDix-sept févri­er 1699. Voilà vingt-six ans que Jean-Bap­tiste Poquelin, dit Molière, a quit­té Armande Béjart. Seule la mort sem­ble être par­v­enue à sépar­er le cou­ple qu’ils ont for­mé durant de longues années. Leur mariage fut briève­ment heureux, le temps que la jeune femme demeure admi­ra­tive du dra­maturge à la notoriété gran­dis­sante. Dev­enue comé­di­enne pour incar­n­er ses per­son­nages et mère pour répon­dre à ses désirs, elle s’éloigne peu à peu de l’auteur lorsqu’elle réalise qu’elle veut égaler sa célébrité par ses inter­pré­ta­tions. Elle se met en quête de recon­nais­sance dans ses rôles comme dans ses rela­tions extra­con­ju­gales. Ils font alors sem­blant. Molière l’aime et est pro­fondé­ment attaché à elle, il refusera de la quit­ter. Et ce n’est que quelque temps après la mort de Madeleine, sa pro­pre mère mais aus­si la pre­mière femme de son époux, qu’Armande réalis­era à quel point elle tient à celui qui l’a façon­née sans jamais cess­er de l’aimer. Con­tin­uer la lec­ture

Dans les marges houleuses d’un traité de paix

Charles SENARD, Le pres­soir du monde. L’avènement des bar­bares, tome 2, Le Passeur, 2020, 290 p., 20,50 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782368908150

senard le pressoir du mondeAprès Arles, théâtre de L’or, la paille, le feu, pre­mier vol­ume de L’avènement des bar­bares, la saga his­torique de Charles Senard, le tome 2, Le pres­soir du monde, nous emmène, en cette même année 475 de notre ère, à Paris, à cette époque mod­este ville de gar­ni­son.

C’est là que doit être con­clu, dans quelques jours (le livre les enchaîne en qua­tre chapitres, du ven­dre­di au lun­di, où la ten­sion monte), un traité de paix cru­cial entre deux rois enne­mis, Childéric le Franc et Sya­grius le Romain. À l’initiative de Geneviève, sainte femme qui dirige la curie et la cité de Paris, et veut ardem­ment préserv­er la paix. Con­tin­uer la lec­ture

Jamais tout à fait mises au pas

Béa­trice RENARD, Cav­ales, Mur­mure des soirs, 2021, 317 p., 22€, ISBN : 978–2‑930657–64‑6

renard cavalesNous sommes dès l’entame du texte (nom­mée à des­sein Équar­ris­sages – dans une métaphore équine filée qui, dans le droit fil du titre poly­sémique,  tra­versera tous les chapitres)  le 3 novem­bre 1793, puis le 8 juin 1817 au plus près des corps et des esprits en souf­france. Aux moments-mêmes où se jouent trag­ique­ment les vies d’Olympe de Gouges (née Marie Gouze) et de Théroigne de Méri­court (née à Mar­court, près de Liège), fig­ures feux fol­lets de la Révo­lu­tion française. La pre­mière sera guil­lot­inée sur ordre d’Antoine Fouquier-Tinville (homme de loi et accusa­teur pub­lic du Tri­bunal révo­lu­tion­naire… qui, ironique­ment, fini­ra par con­naître le même sort), la sec­onde internée et traitée inhu­maine­ment jusqu’à sa mort – c’est donc à leurs dernières ruades con­tre l’ordre patri­ar­cal établi et un cer­tain obscu­ran­tisme de l’époque que nous con­vie l’autrice, une fois posés ces pre­miers tes­sons d’existence. Fascinée par la dame en bleu (Théroigne) et la femme aux affich­es qui lui fera cadeau d’un livre de fables doré (Olympe), une gamine en hail­lons sem­blable à une Cosette va les crois­er à plusieurs repris­es. Con­tin­uer la lec­ture

Ce qui ne peut être prononcé, ce qui ne peut être écrit

lUVAN, Agrapha, La Volte, 2020, 301 p., 20 € / ePub : 10,99 € , I.S.B.N. : 978–2‑37049–095‑7

luvan agraphaAgrapha inter­pelle d’abord par sa forme. Si le texte présente certes une trame nar­ra­tive savam­ment con­stru­ite, il ne s’agit cepen­dant pas d’un roman ; mais d’un ensem­ble com­pos­ite, éclaté, avec des par­ties de natures var­iées, au tra­vers desquelles se des­sine l’évolution de ce qui n’est pas vrai­ment une intrigue, plutôt une lente immer­sion.

Une décou­verte for­tu­ite amène la nar­ra­trice à un « tra­vail de recherche et d’édition » con­cer­nant la com­mu­nauté de « sanc­ti­mo­ni­ales » d’Adsagsonae Fons (Source d’Adsagsona) du 10e siè­cle. Elle se pose d’abord en philo­logue et his­to­ri­enne. Les textes qu’elle traduit sont des « con­fes­sio », où les femmes s’expriment en leur nom, et des « ges­ta », où elles par­lent de leurs com­pagnes. Se crée ain­si une galerie de por­traits croisés où la vie de cha­cune se donne à voir. Il s’agit moins de spir­i­tu­al­ité et de reli­gion que de ce qui fait la vie en groupe au sein de la forêt, en prox­im­ité avec les ani­maux et d’autres groupes humains. Les dif­férentes per­son­nal­ités pren­nent pro­gres­sive­ment vie. Con­tin­uer la lec­ture

Romantique Harpman

Un coup de cœur du Car­net

Jacque­line HARPMAN, La dor­mi­tion des amants, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 280 p., 9.50 €, ISBN : 978–2‑87568–483‑7

harpman la dormition des amants espace nordSe rep­longer dans l’œuvre d’une autrice aimée, mais dont on a fait la con­nais­sance il y a de nom­breuses années, c’est tou­jours pren­dre un gros risque. Il se pour­rait que l’écrivain adulé déçoive, que ses ficelles parais­sent grossières, que ses descrip­tions aga­cent et que ses audaces sem­blent à présent bien banales. Il n’en a rien été. La pre­mière chose qui frappe à la lec­ture de La dor­mi­tion des amants, c’est à quel point le clas­si­cisme élé­gant de l’écriture de Jacque­line Harp­man est effi­cace, et con­tin­ue à charmer. Con­tin­uer la lec­ture

La Foire aux humilités

Claude FROIDMONT, Per­ver­sus ou L’histoire d’un imprimeur lié­geois au temps des Lumières, Weyrich, 2019, 354 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87489–560‑9

Je suis entré deux fois dans Per­ver­sus, ce qui sig­ni­fie que j’en suis sor­ti. La pre­mière fut aisée : « C’était un soir d’octobre, dans une plaine du nord, où bruis­saient des rumeurs de guerre. » Dès les pre­mières lignes, je mesure où je pose le pied. Un roman his­torique mais épuré, sans descrip­tions échevelées, digres­sions alam­biquées. Un roman romanesque, avec un zeste de sus­pense, du mou­ve­ment, des per­son­nages en trois dimen­sions. Un roman bien écrit, nar­ré dans la flu­id­ité. Con­tin­uer la lec­ture