Frédéric ERNOTTE, Le malheur des uns, Ifs, coll. “Phénix noir”, 2025, 350 p., 19,95 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782390460626
Renan a trouvé une idée de génie pour gagner de l’argent et quitter le boulot d’agent immobilier dans lequel il se sent mal. Il crée, en le cachant à tous, même à ses proches, une agence qui propose ses services aux personnes qui veulent faire payer aux autres les malheurs qu’ils leur ont fait subir. Conjoint trompé, travailleur licencié, voisine importunée, criminel arrêté, la liste est infinie des mécontents qui en veulent à autrui, leur souhaitant le pire sans être prêts à passer à l’action.
À l’affût des jugements cléments rendus par la justice et de toutes les expressions de ras-le-bol, Renan et sa petite équipe élargissent peu à peu leur champ d’action, toujours plus inventifs et hardis, à la manière de ces cleptomanes grisés par le danger. Installés dans un conteneur à l’abri des regards, usant de toutes les ruses, mentant, ils se sentent intouchables et repoussent toujours plus loin les limites. Avec des remords naissants quand les freins d’une voiture sabotés occasionnent un accident. Jusqu’au jour où une de leurs victimes, un policier auquel ils avaient fait ingurgiter quotidiennement une drogue à son insu et qui avait perdu son emploi, mène sa propre enquête, démasque leur jeu et décide de leur faire payer le gros prix : leur réclamer la liste de leurs clients pour la rendre publique. Pour cela, tous les moyens sont bons : intimidations, intrusions, menaces. Mais l’équipe est décidée à ne pas se laisser faire. S’ensuit une course contre la montre pour identifier l’ennemi et tenter de le neutraliser alors que celui-ci se montre plus pressant et prêt à tout, n’hésitant pas à passer à l’acte avec la hargne qui habite ceux qui n’ont plus rien à perdre. De son côté, Renan peut compter sur ses collaborateurs eux aussi en danger et bien au fait des technologies modernes, mais il est entravé par la nécessité de se taire, y compris vis-à-vis de sa femme et de sa fille.
Frédéric Ernotte, dont c’est le quatrième roman noir, connaît visiblement la chanson et il a réuni tous les ingrédients d‘un thriller accompli. Il y a de l’Arsène Lupin et un rien de Robin des bois dans le personnage de Renan qui multiplie les ruses et les déguisements, ce qui suscite une forme de fascination, de proximité avec le lecteur d’autant qu’il se pose en redresseur de torts, en marge de la société et de ses lois. Quand la machine s’enraie pour laisser place à la chasse à l’homme croisée et au duel, Le malheur des uns passe dans le registre le plus noir, celui de la terreur et du sang, pris dans les fils du suspense qui se nouent sans jamais permettre d’anticiper l’issue finale. Bref, une intrigue efficace, bien rythmée, qui devrait sans aucun doute délivrer la dose attendue d’adrénaline chez les accros du genre.
Thierry Detienne