Qu’attendons-nous pour lever les yeux ?

Jean-Marc CECI, Les étoiles du silence, Le soir venu, 2025, 232 p., 17,95 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782940797042

ceci les étoiles du silenceAvec Les étoiles du silence, Jean-Marc Ceci déploie un roman chatoyant, aux croisées du récit d’apprentissage, du conte philosophique et du réalisme magique. Le lecteur suit du regard un enfant, Peihn, étranglé par une tristesse indicible, « étrange et inconsolable », qui lui coud les lèvres depuis trois ans. Observer le ciel et les autres, écouter le monde, apprendre à se connaitre, à être aimé et à s’aimer seront les différents pétales de sa magnifique floraison sonore.

À la villa Mélisande, Peihn vit avec ses deux sœurs – Hannah et Clémentine –, son arrière-grand-mère et sa mère, deux femmes qui ont disparu symboliquement de la surface du globe. Figées dans le passé, la Girolama et Nathalie, n’ont pas de trajectoire présente. La première, assise depuis quarante-trois ans, fuit la lune tandis que la seconde regarde continuellement par la fenêtre.

Comme Hannah, Peihn fuit cette villa statique, foule Guennaroq, ville belge hérissée de terrils. Il s’épand, se projetant dans un Kenya fantasmé, ou s’élève encore plus haut, sur le toit du palais judiciaire. Depuis ce poste en hauteur, le tapis d’étoiles qui s’offre à ses yeux accueille ses incompréhensions, embrasse ses questionnements infinis et le langage subtil de la nuit se faufile dans ses silences. Dépité d’être sans réponse, Peihn a parfois des envies de démanteler le monde. Il est alors capable de créer des étoiles accidentelles, ôtant un pavé du trottoir, ce qui lui laisse une marque étoilée. Il projette ce dernier sur des lieux abhorrés du réel et fréquente donc les bancs du tribunal.

Les êtres solitaires qui entrent en collision avec le quotidien répétitif de Peihn sont comme les automates d’un décor inchangé. Sans dévier de leur trajectoire ou de leur espace, ils créent à Peihn un système solaire apaisant, fait de chairs et de rêves, puisque certains d’entre eux sont invisibles pour autrui.

Sous le toit du palais judiciaire, les bruits de pas de Peihn ont agité l’habitant du dernier étage du bâtiment, Peditus Wein qui, comme certains personnages de l’excellente saison 2 de Bref, est figé dans une entreprise sans fin, lui qui écrit un poème depuis quarante-sept ans. Ce dernier ouvrira un dialogue subtil avec Peihn, fait d’une seule voix, et revêtira un rôle de rassembleur d’âmes, liant celui qu’il surnomme « l’enfant aux étoiles » à celles qui illumineront sa voie, la sereine Adélaïde et l’éblouissante Muskaan.

Sur ce même toit, Peihn côtoie celui à qui il a parfois affaire, sous un tout nouveau jour, le juge de la jeunesse Artorius Wesley qui, lui aussi, aime prendre de la hauteur. Il se plait à dispenser son savoir sur les étoiles à l’enfant qui les adore. L’espace qui fascinait Peihn se couvre alors des étiquettes qui le désignent. Il peut poser un regard neuf sur un décor fraichement épinglé de mots. Jean-Marc Ceci amène ici un adage précieux : dire le monde permet de se dire soi-même.

Au gré des refrains de la vie, imagés ou non (les compositions au duduk de Peditus Wein, le chant quotidien de son arrière-grand-mère, les mantras de Muskaan), les oreilles de Peihn se sont laissé porter et, quand le sable de l’écoute s’est écoulé, l’enfant aux étoiles a appris à dompter ce qu’il gardait volontairement sauvage et a enfin lâché « les louveteaux peureux » de sa bouche. Dévié de sa trajectoire réduite et répétitive, faite de quatre lieux, celui qui n’avait de cesse de se rapprocher du ciel étoilé et quittait le silence de la nuit avec tristesse a ouvert son cœur à de nouvelles contrées, au creux de lui ou au bout de l’océan et est parvenu à s’inscrire à l’endroit dans le monde.

La relation de Peinh aux autres se matérialise subtilement dans la narration. Si, au début de son ouverture à autrui, les ricochets relationnels sont individuels, timides et répétés, ils s’espacent et se modulent différemment par la suite. Tous les personnages peuvent se densifier dans un paragraphe, sans lien avec Peinh, donnant au lecteur une vue satellitaire sur l’histoire, à la manière d’une constellation.

Avec délicatesse, Jean-Marc Ceci nous prouve que les étoiles écoutent nos silences et regardent les arts prendre le relais de nos introspections. La poésie, le chant, la musique et le dessin abritent les traumatismes des personnages, les révèlent, les dissocient de leurs auteurs pour les inscrire dans la beauté de l’infini. Jean-Marc Ceci nous enjoint également à prêter attention aux accointances entre ciel et terre. L’alignement de certaines planètes coïncide avec des rencontres terrestres significatives. Qu’attendons-nous pour lever les yeux ?

Fanny Lamby

Plus d’information

Un extrait des Étoiles du silence

Extrait proposé par les éditions Le soir venu

À la Foire du livre

Foire du livre 2025 affiche

  • Jean-Marc Ceci sera en dédicace à la Foire du livre le dimanche 16 mars de 13h à 16h sur le stand 229.