Là où tu ne savais pas / Que tu pouvais aller…

Un coup de cœur du Car­net

Béa­trice LIBERT et Clau­dine GOUX (illus­tra­tions), Poèmes sans ombre pour voir la vie du bon côté, Ate­lier du Grand Tétras, 2024, 43 p., 13 €, ISBN : 978–2‑37531–122‑6

libert poemes sans ombre pour voir la vie du bon côtéBéa­trice Lib­ert est poétesse, mais aus­si plas­ti­ci­enne, essay­iste et éditrice (Couleur Livres et Le Tail­lis Pré). Elle pub­lie volon­tiers des textes placés en miroir avec des illus­tra­tions, dont ils s’inspirent ou qui les exal­tent. C’est ain­si un ouvrage agré­men­té de pho­togra­phies qui lui avait valu en 2023 le prix du Par­lement de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles.

L’intensité de la com­plic­ité entre l’écriture et l’illustration varie bien sûr d’un ouvrage à l’autre. La pein­tre Clau­dine Goux, dont les œuvres fig­urent dans plusieurs col­lec­tions muséales, accom­pa­gne ici au plus près les Poèmes sans ombre Elle les mag­ni­fie d’une palette où l’allégresse s’allie avec bon­heur à la légèreté, éclairant ain­si, sans ombre les vingt textes de Lib­ert. Pour cha­cun d’entre eux, Clau­dine Goux crée une illus­tra­tion dont le trait, la couleur, la com­po­si­tion se déploient, stim­ulés par la poésie sim­ple et lumineuse de l’autrice.

S’ouvrant par un poème inti­t­ulé Lumière, s’achevant sur des Vœux, le recueil (dont le tirage et le façon­nage sont par­ti­c­ulière­ment soignés, dans « la tra­di­tion arti­sanale de l’imprimerie ») s’inscrit dans la tra­di­tion de (fausse) sim­plic­ité d’un Prévert (qui était aus­si un mer­veilleux col­lag­iste) ou d’un Mau­rice Carême (auquel Béa­trice Lib­ert avait naguère con­sacré une mono­gra­phie remar­quée).

Illus­tra­tions et textes invi­tent à des lec­tures suc­ces­sives, cha­cune dévoilant une couleur et une musi­cal­ité nou­velles. Ain­si, dans Petit-déje­uner, le regard s’ouvre sur un rideau de brouil­lard dont la poétesse dévoile petit à petit ce qu’il donne à voir, Trois maisons bossues / un avion à réac­tion / deux trains élec­triques / un essaim de mouch­es bleues… Quel bon­heur pour la pein­tre qui fait son miel de cette fan­taisie. D’autres poèmes, plus abstraits comme Inspi­ra­tion, per­me­t­tent à l’artiste d’explorer la genèse de l’inspiration, qui telle une riv­ière (…) te con­duira tou­jours / Là où tu ne savais pas / Que tu pou­vais aller… Un autre poème, Art, donne nais­sance à une représen­ta­tion émer­veil­lée de l’enfance plongée dans une rêver­ie enchanter­esse (L’enfant des­sine / une mai­son / dans un flo­con / Il écoute la lumière / Dans un peu de vert clair).

L’imagination de l’enfance et la créa­tion poé­tique con­stituent deux énigmes que la poétesse inves­tigue volon­tiers, y revenant dans plusieurs textes, comme Jardin-Poème : (Comme une bêche / dressée en terre / Un poème attend la main / qui remuera mottes et mots (…) ou Promess­es : Et moi chante le nuage (…) J’ai plus d’un poème / dans mes éclair­cies.

À chaque poème, on se sent poussé à lire à haute voix, à mémoris­er les textes pour s’imprégner de leur rythme, de leur lumière, de leurs métaphores dont on ne se lasse pas (Nous dormirons dans des maisons / Sages comme des fruits con­fits). En Hiv­er, la poétesse sem­ble nous inviter à écrire ou pein­dre : La sai­son brille / sous le ver­glas / J’aime ce blanc (…) qui me dit / sans me par­ler / Qu’attends-tu / pour créer ?

Appro­pri­ons-nous sans retard ce que Béa­trice Lib­ert et Clau­dine Goux nous pro­posent ici : un indis­pens­able instru­ment pour voir la vie, dont le bon côté nous serait à nou­veau dévoilé par la grâce d’un livre.

Jean Jau­ni­aux

À la Foire du livre

Foire du livre 2025 affiche

  • Béa­trice Lib­ert sera en dédi­cace à la Foire du livre le ven­dre­di 14 mars de 13h à 14h et de 15h à 16h sur le stand 337.
  • Béa­trice Lib­ert ani­mera un ate­lier d’écri­t­ure inspiré par son livre Le Magrit­taire. Regarder, lire, écrire, créer (Couleur livres) le ven­dre­di 14 mars à 12h.