Lumineuse Hilda Bertrand

Un coup de cœur du Car­net

Hil­da BERTRAND, Poésies com­plètes, Édi­tion et pré­face par Gérald Pur­nelle, Tail­lis Pré, 2024, 120 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87450–235‑4

bertrand poesies completes« Je suis nue autour de moi, sub­tile, loin­taine, intime. »

Il faut saluer le tra­vail de Gérald Pur­nelle et du Tail­lis Pré d’avoir remis au jour la poésie d’Hil­da Bertrand au tra­vers de cette édi­tion de ses Poésies com­plètes cohérente et sen­si­ble. La poésie d’Hilda Bertrand (1898 – 1979) reste encore mécon­nue. Gérald Pur­nelle, après une mise en con­texte de la vie et l’éducation de la poétesse, se penche sur quelques jalons et évo­lu­tions de son écri­t­ure. « Décidé­ment, c’est la lec­ture mosaïque d’une œuvre faite de frag­ments sans unité qui peut seule con­venir à notre lec­ture », écrit le pré­faci­er, en ajoutant : « Je gage qu’elle nous révèle une Hil­da Bertrand au moins aus­si matéri­al­iste que mys­tique. » De fait, après la lec­ture de cette édi­tion de poèmes d’une prodigieuse autrice, nous ne pou­vons qu’y souscrire.

Hil­da Bertrand écrit dès l’âge de seize ans et sa voix est une révéla­tion, émail­lée de tâton­nements, de quête spir­ituelle et de recherche d’ancrage dans le monde, de con­ju­ra­tion de la mal­adie qui aura éprou­vé son corps.

Quelle pas­sion a déplacé la dis­po­si­tion des ciels ? – Les restes de la scène traî­nent en chevelure 

À cette écri­t­ure intimiste, per­son­nelle, en prose ou en vers, s’entrelacent des thèmes plus imper­son­nels, des motifs qui s’y spi­ralisent et con­fèrent à l’ensemble un sen­ti­ment océanique, spir­ituel. Le thème de l’eau, de la mer, de l’océan, se mélange à une thé­ma­tique cos­mique, où les étoiles, le fir­ma­ment et les voies qu’ils sem­blent trac­er jet­tent une lumière tan­tôt douce, tan­tôt inquiète sur la vie humaine.

Un sen­ti­ment de tri­om­phe imper­son­nel monte, sans ver­tige, vers la décol­oration des zéniths. 

Tout, absol­u­ment tout, fait signe pour Hil­da Bertrand, « tout son corps [est] œil », ce qui transparait aux deux dessins, l’un de Joseph Desmedt et l’autre d’Edmond Van­der­cam­men, placés en début de l’ouvrage. Mais loin d’en chercher un sens, une sig­ni­fi­ca­tion, Hil­da Bertrand fait de chaque élé­ment une manière d’en appro­fondir la sen­sa­tion, à la fois la matière et son expres­sion. Même ses mal­adress­es sont sous-ten­dues par une sincérité et une inno­cence rarement égalées dans ces reg­istres d’écriture, faisant d’Hilda Bertrand une poétesse incroy­able et tal­entueuse – une véri­ta­ble révéla­tion, pour l’éternité.

Char­line Lam­bert