Disparitions au Musée de la Vie wallonne

Jacques WARNIER, On-z‑a hapé Popol ! On a volé Popol !, Édi­tions de la province de Liège, 2025, 320 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39010–230‑4

warnier on-z-a happé popolQuand un musée reçoit un écrivain en rési­dence, il en attend des retombées pub­lic­i­taires. Le Musée de la Vie wal­lonne de Liège vient d’accueillir Jacques Warnier, écrivain wal­lon, homme de théâtre et péd­a­gogue du lié­geois dans les écoles et sur les ondes. Le défi pour l’auteur était d’échapper à la ten­ta­tion doc­u­men­taire ou didac­tique. Jacques Warnier y parvient avec bon­heur dans un roman polici­er pal­pi­tant On-z‑a hapé Popol !

Qui sont ses héros ? Il y a d’abord Popol, stat­uette du sculp­teur lié­geois Léopold Harzé : « on galapia qui féve li pèrî quåzi a l’ bâbe di s’ mêsse di scole. » [« un galopin qui fai­sait un poiri­er presque au nez et à la barbe de son insti­tu­teur. »] Une « canaye » chez qui l’auteur a man­i­feste­ment retrou­vé une part d’enfance. Puis un Saint-François de bois du 16e siè­cle et Agnès, une grande poupée noire avec de grandes boucles d’oreilles. Enfin, une chou­ette de bois peinte en vert…

Le roman com­mence sur un cri : « On-z‑a hapé Popol ! » [« On a volé Popol ! »] Un cri qui se répète les trois jours suiv­ants avec les dis­pari­tions suc­ces­sives des autres per­son­nages.

L’enquête démarre dès le pre­mier con­stat. En l’absence cou­tu­mière de la direc­trice du musée, c’est Juli­ette la toute fraiche émoulue respon­s­able de la sécu­rité qui s’en charge. Elle a pour elle une solide for­ma­tion en séries poli­cières…

A çoula, çoula, èle inméve bin ! èlle aveût todi adoré riloukî lès films di police å ciné­ma ou a l’ télèvûzion èt s’advinéve-t-èle sovint fwért vite li moudreû. Å rès´, qwand èle riloukîve ine sèrîye a l’ télé avou s’ chèt, tos lès deûs stårés divins l’ divan, c’èsteût tofér lèye qui gangnîve qwand èle propôzéve a l’ bièsse di djouw­er a « li prumî qui troûve gangne ! »

[Ah ça, ça, elle aimait bien ! Elle avait tou­jours adoré regarder les films policiers au ciné­ma ou à la télévi­sion et elle dev­inait sou­vent très vite qui était l’assassin. D’ailleurs, quand elle regar­dait une série à la télé avec son chat, tous les deux étalés dans le divan, c’était tou­jours elle qui gag­nait quand elle pro­po­sait à l’animal de jouer à « le pre­mier qui trou­ve gagne ».]

Juli­ette fait immé­di­ate­ment appel à la Police de Liège qui lui envoie son plus fin lim­i­er, l’inspecteur Magri (à l’exception de la pipe, toute ressem­blance avec Mai­gret est pure­ment for­tu­ite). Un inspecteur dont la vie con­ju­gale est plutôt chahutée : sa femme le plaque pour un beau polici­er danois de vis­ite en la Cité ardente. Jules Magri fête sa « libéra­tion » au cours d’une nuit blanche qui le rend peu présentable le lende­main au musée.

Cette mésaven­ture ne retarde pour­tant pas l’enquête menée tam­bour bat­tant par les deux nou­veaux com­plices, Juli­ette et Jules ! Pas ques­tion ici de dévoil­er la clé de l’énigme. Un seul indice, pour­tant : la présence dans le musée d’un mys­térieux gri­moire de sor­cel­lerie qui per­met au réc­it de bas­culer dans un joyeux fan­tas­tique : « Juliète ataquéve a s’ diman­der vrèyemint s’i n’aveût nin dèl macral’rèye la‑d’vins. » [« Juli­ette com­mençait à se deman­der vrai­ment s’il n’y avait pas de la sor­cel­lerie là-dedans. »]

L’auteur s’y entend pour garder son lecteur en haleine. Ain­si, chaque matin s’ouvre sur l’agression par Juli­ette de son coq-réveil — un coq wal­lon, bien sûr — qui a l’outrecuidance de l’extraire bru­tale­ment de son som­meil. Ce coq a pour­tant une impor­tance cap­i­tale, celle d’amener la détec­tive « à temps et à heure » au musée, chaque matin d’enquête… Ce qui vau­dra, en fin de par­cours, au vail­lant volatile d’entrer dans les col­lec­tions du musée !

Le style du roman « polici­er » est alerte, le sus­pense sans cesse relancé. Mais il s’accompagne, selon l’auteur lui-même, « d’une grande ten­dresse pour les per­son­nages (aus­si bien les « héros » que les pro­tag­o­nistes de l’enquête) et puis d’un cli­mat gen­ti­ment humoris­tique. » L’humour en effet est omniprésent, dans des dia­logues dignes du théâtre wal­lon, dans des satires affectueuses de la Police de Liège, du Musée lui-même, des feuil­letons policiers, ou encore des stig­mates de saint François… Dans les quelques pages où il donne quelques pré­ci­sions sur les objets présen­tés dans le musée, Jacques Warnier garde beau­coup de légèreté. Ain­si à pro­pos de l’ensemble Li plèce dè Martchî [La place du Marché] de Léopold Harzé :

C’èsteût on plêzîr di pôr­min­er sès-ouy tot pas­sant d’ine martchande a dès-èfants qu’ djouwît-st-ås måyes, d’on tcham­pète a on voleûr, d’ine bot’rèsse a ’ne cotîrèsse… Tot çoula èsteût rindou pus vikant èco pace qui, tot s’aprèpant dèl vit­rine, on-z-ètindéve dès vrèy bruts d’ martchî.

[C’était un plaisir de promen­er ses yeux en pas­sant d’une marchande à des enfants qui jouaient aux billes, d’une garde cham­pêtre à un voleur, d’une hot­teuse à une maraîchère…]

Au terme de la lec­ture de ce roman bien « dans l’esprit wal­lon » il reste au lecteur à se pré­cip­iter au Musée lié­geois pour y décou­vrir les héros du roman. Un peu comme on court à Mont­martre sur les traces d’Amélie Poulain ! Et pour vivre au mieux cette vis­ite, le livre pro­pose des QR code per­me­t­tant d’accéder à la ver­sion audio de cer­tains pas­sages plus infor­mat­ifs.

Joseph Dewez

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