Marcelle PAQUES, Sois un papillon, Bleu d’encre, 2025, 45 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–84‑0
S’ouvrant sur un exergue du conteur Henri Gougaud (exergue auquel la poète emprunte le titre du recueil) et se refermant sur un fragment du poème Liberté de Paul Eluard, Sois un papillon de la poète hainuyère Marcelle Pâques se place d’emblée sous le double signe du conte et de la poésie.
La poésie méditative, dont certains textes s’apparentent à des aphorismes, alterne avec des portraits comme celui – si émouvant – de La petite migrante. Celle-ci raconte des histoires au chien qui prend pitié d’elle. Il y a aussi, qui nous émeuvent, ces clowns se livrant à ce « numéro / de haute voltige: / la vie ! »
Plus loin dans le recueil, un vagabond-poète :
Lui
il rit avec les étoiles
quand la nuit pose
son velours
sur les rêves du jour.
Plus loin encore, Les trublions en goguette, Les demoiselles rebelles, Le déserteur, composent autant de portraits que la poète saisit comme à l’aquarelle : instantanés fugaces dont il faut préserver la spontanéité, faute de quoi la page diluerait l’émotion première.
Viennent ensuite de courts récits poétiques, contes du quotidien (comme Rendez-vous, Le funambule ou Elle et lui), des évocations d’instants volés à l’écoulement du temps (L’heure bleue), des paraboles (Cet amour-là), la violence du monde (Nuit de guerre, Citoyennes du monde).
Une multiplicité de thèmes, regards, rêveries, s’assemble sous la belle enseigne des Éditions Bleu d’encre, dont le catalogue constitue une indispensable bibliothèque poétique. On s’en accommode d’autant mieux que chaque poème, au fil de sa lecture, stimule les liens noués avec l’ensemble du recueil. On relit l’un ou l’autre texte, et de nouvelles passerelles se jettent entre les poèmes, renouvelant cette cohérence que l’on cherchait et qui renait à chaque apprivoisement de la poésie.
Peut-être est-ce le passage du temps qui entrelace ainsi, sans ostentation, les brins de soie que la lecture tisse de page en page.
Quant à la poète,
Elle n’a pas vu le temps passer…
pourtant
il était plutôt de bonne humeur
le temps.
Jean Jauniaux