Philippe MATHY, Le long des rives, ill. Cécile A. Holdban, Atelier des noyers, 2025, 50 p., 16 €, ISBN : 978–2‑494676–37‑4
Sous-titré Notes de Pouilly-sur-Loire, Le long des rives déploie sur des pages au format panoramique, l’évocation en prose poétique des bords de Loire, non loin de Pouilly-sur-Loire où Philippe Mathy réside de nombreux mois chaque année. En regard des textes, l’artiste Cécile A. Holdban propose une aquarelle inspirée librement par ceux-ci.
L’éditeur L’atelier des noyers s’est donné depuis sa création en 2008 deux priorités : entrelacer poésie et illustrations et mettre en lumière les paysages de « nos régions ». Ce programme se développe dans différentes collections de « Carnets » (Carnets de voyage, de philos, de vie, de couleurs, d’enfance, de vie…) alternant avec quelques ouvrages hors collection comme celui-ci, qui parait sous le label « Horizons panorama ».
L’ancien rédacteur en chef du Journal des Poètes (de 2015 à 2020) confie ici les notes prises le long de la Loire à la peintre Cécile A. Holdban, poète elle-même, traductrice et familière de la complicité artistique avec les poètes dont elle illustre les livres.
S’ouvrant sur un double exergue d’Annie Ernaux et de Julien Gracq, le livre commence par la description des conditions matérielles de la composition de ces notes, installant le lecteur dans « une maison où venir hors saisons, sans téléphone, sans internet, sans même une porte sur la rue (…) ». C’est là que le poète, « isolé des bruits et de la rumeur du monde » s’en va au long d’une promenade à la rencontre de « tant de petits riens qui suffisent à nourrir le temps qui va. »
Les chemins s’ouvrent sous les pas du promeneur et de son chien. Chaque page – chaque illustration – reflète les parfums assoupis, l’émerveillement de chaque instant traversé des chants d’oiseaux, des lumières nouées « aux ombres qui l’ignorent ». La constante méditation sur l’instant et sur l’ « ici » jalonne le cheminement de l’écriture, stimule à chaque page l’inspiration de l’illustratrice, prolongeant ce qui est peut-être le fondement de l’ouvrage : « Ici, il n’est qu’un ici, pour offrir à nos pas des chemins, avec au cœur, comme une blessure heureuse, le goût de l’éternel. »
La poésie en prose est célébration des « petits morceaux de vie cueillis en promenade », nourrie de chaque sensation : un parfum, une ombre, une lumière qui escortent le chant des berges psalmodié au gré des heures.
On pourrait multiplier les évocations parsemées dans le livre. Rien ne remplacera de s’y immerger et d’y revenir, en lisant, en regardant (pour paraphraser Gracq). Tous les sens sont sollicités, de l’aube à la nuit, dans ce qui définit cette écriture lumineuse et méditative, s’alignant sur « l’intelligence du fleuve », celle d’ « ignorer la ligne droite » incitant le poète (et le lecteur) à se laisser porter par le chant de « la lumière du présent ». Terminant son cheminement au fil de l’eau, à bord d’un kayak qu’il laisse « s’abandonner au courant », le poète s’étonne de « reconnaître dans la musique des oiseaux un hymne à la joie qui [le] traverse » et qu’il partage avec une émotion sans faille.
Jean Jauniaux