Parole d’écrivain : Salvatore Adamo

parole d'écrivain 1 salvatore adamo

Alors que le nou­veau numéro du Car­net et les Instants con­sacre un impor­tant dossier à des entre­tiens lit­téraires, notre série d’été « Parole d’écrivain » invite à (re)découvrir des inter­views qui ont forgé l’histoire de la revue. Chaque dimanche, jusqu’ au 17 août 2025, un auteur, une autrice a la parole.

Troisième épisode : Sal­va­tore Adamo.

Dans cet entre­tien paru en 2002 (n°121) et mené par Carme­lo Virone, l’identité de l’interviewé est plutôt inat­ten­due : il s’agit de Sal­va­tore Adamo. Chanteur à la répu­ta­tion inter­na­tion­al, auteur et com­pos­i­teur, il a aus­si pub­lié un roman, Le sou­venir du bon­heur est encore du bon­heur, aux édi­tions Albin Michel. C’était l’occasion de lui ouvrir nos colonnes.


Comment Adamo prit langue avec le roman

On peut être une vedette inter­na­tionale, avoir écrit des cen­taines de chan­son, et se retrou­ver néo­phyte quand il s’agit d’entamer la com­po­si­tion d’un roman. C’est ce qui est arrivé à Sal­va­tore Adamo.

Le sou­venir du bon­heur est encore du bon­heur. Le titre de ce pre­mier roman, pub­lié chez Albin Michel, pou­vait faire crain­dre le pire ; un ouvrage d’habitué des médias comme il s’en fab­rique tant, rapi­de­ment ficelé, au besoin revis­ité par un nègre. Mais man­i­feste­ment, il n’en est rien. Comme l’a écrit un cri­tique de Mar­i­anne, il faudrait plutôt y voir « une erreur de mar­ket­ing » due à un édi­teur désireux d’exploiter l’image ras­sur­ante du gen­til trou­ba­dour sici­lo-wal­lon plutôt que d’évoquer la teneur de son livre. À moins qu’il ne s’agisse d’un malen­ten­du plus pro­fond encore, face à un réc­it forte­ment ancré dans l’histoire et la réal­ité belges.

Sous les ponts du Hain­aut coule la Haine, qui est une riv­ière sale et triste. Giu­liano Croce, dont le prénom a été fran­cisé en Julien, vit dans un patelin du Bori­nage tra­ver­sé par ce cours d’eau. Parce qu’il a per­du son emploi pour avoir voulu se mon­tr­er chevaleresque à l’égard d’une belle dont il est tombé amoureux, il va se retrou­ver au ser­vice d’un cer­tain Fer­nand Legay, entre­pre­neur de pom­pes funèbres. Le jeu de mots est sans doute un peu trop appuyé. Il fait par­tie des quelques mal­adress­es don­nant à ce pre­mier roman le charme de l’authenticité.

Sa posi­tion de croque-mort dévoué ouvre à Julien un large champ d’observation qui lui per­met d’approcher au quo­ti­di­en les familles pour lesquelles il tra­vaille : autant d’occasions, pour lui, d’évoquer, sou­vent de façon nar­quoise et avec une fine ironie, des his­toires où le pit­toresque peut très bien se mêler au sor­dide. Comme dans la tra­di­tion picaresque, ce nar­ra­teur nous pren­dra à témoin, au fil d’un roman qui se con­stru­it par l’emboitement de réc­its suc­ces­sifs. De la vie des immi­grés à l’ombre des char­bon­nages jusqu’à l’évocation de récents faits divers (le dépeceur de Mons, les petites filles vio­lées…) qui ont assom­bri les esprits, c’est tout un pan de notre imag­i­naire col­lec­tif qui se déploie au long des pages, avec un point de vue qui n’évite pas tou­jours les pon­cifs et les bons sen­ti­ments, mais qui révèle aus­si une per­son­nal­ité sen­si­ble, mali­cieuse, attachante, et un écrivain soucieux de son méti­er, qui ne craint pas de se remet­tre en ques­tion.

J’ai ren­con­tré Sal­va­tore Adamo à deux repris­es en novem­bre et décem­bre derniers, à Brux­elles. Deux entre­tiens au cours desquels, abor­dant les dif­férents thèmes de son roman, nous avons par­lé d’art, de poli­tique, de lit­téra­ture, ain­si, bien sûr, que de la Sicile et de l’immigration qui nous réu­nis­saient. Dans les pages qui suiv­ent (qu’on me per­me­t­tra de dédi­er à la mémoire de Zia Anto­nia), j’ai retenu ce qui me parais­sait le mieux traduire la posi­tion socio-cul­turelle de l’auteur, à tra­vers son regard sur la langue et le tra­vail de l’écriture.

adamo le souvenir du bonheur est encore du bonheur

Le Car­net et les Instants : Le titre de votre livre con­viendrait mieux à des mémoires qu’à un roman. Votre idée pre­mière était d’écrire une auto­bi­ogra­phie ?
Sal­va­tore Adamo : 
C’est vrai que le titre actuel peut prêter à con­fu­sion. Mon titre orig­i­nal, c’était Et pais­i­ble coule la Haine. À Paris, ne sachant pas for­cé­ment que la Haine est aus­si une riv­ière, ils ont dû se dire qu’associer le mot haine au « gen­til » Adamo, ça ne se fai­sait pas. J’ai lut­té, j’ai pro­posé d’autres titres, puis celui-là m’a échap­pé, mais il ne reflète pas vrai­ment le con­tenu du roman. J’ai dû me bat­tre pour con­serv­er un cer­tain nom­bre de pas­sages qui, soi-dis­ant, ne cor­re­spondaient pas à mon image, mais là j’ai cédé. Et pais­i­ble coule la Haine représen­tait pour moi une assise, pas une con­clu­sion, comme le titre actuel : toute l’écriture con­vergeait vers cette phrase. Et je n’avais pas du tout l’intention d’écrire une auto­bi­ogra­phie, au con­traire, même si je me suis lais­sé emporter par mes sou­venirs d’enfance, que j’ai prêtés à mon per­son­nage, qui est ita­lo-belge.

Com­ment vous est venue l’impulsion de ce livre ?
J’ai com­mencé par une nou­velle. Au départ, je me serais con­tenté d’un recueil de nou­velles. J’ai d’abord écrit deux his­toires où l’insolite nais­sait de petits faits anodins. Puis je me suis demandé : quel est le méti­er qui pour­rait être témoin de ce genre d’anecdotes ? Un croque-mort ! Et c’est par­ti comme ça. Mais c’était un pro­jet dont j’étais cer­tain que je n’irais pas jusqu’au bout, parce que je pen­sais que je n’en aurais pas le temps. Puis, en vacances, j’ai écrit qua­tre-vingts pages en dix jours. Quand j’ai recom­mencé les tournées, j’ai cru que c’en était ter­miné. Je ne me pen­sais pas capa­ble de retrou­ver le ton, l’état d’esprit. Pour­tant, j’ai con­tin­ué à y penser dans les moments d’attente, dans les loges, en voiture.

Le temps, est-ce vrai­ment la dif­férence essen­tielle entre l’écriture d’un roman et d’une chan­son ?
La dif­férence essen­tielle, c’est la lim­ite du cadre. Dans une chan­son, on est tenu de respecter des règles de métrique, de ver­si­fi­ca­tion, il faut que pra­tique­ment chaque mot fasse mouche. Puis aus­si, du moins dans mon style, il y a des choses que je ne dirais pas en chan­son, qui pour­raient paraitre dém­a­gogiques ou déplacées. Tout le côté dra­ma­tique de la mine, j’y ai juste fait allu­sion dans une chan­son qui s’appelle Que voulez-vous que je vous chante ? dans laque­lle je dis­ais – excusez-moi de me citer :

J’ai vu le Pays Noir / aux Alpes de char­bon / ses tours de feu le soir / embras­er l’horizon / tan­dis que comme des chiens / des hommes crevaient au fond / oh oui, je m’en sou­viens / l’un d’eux por­tait mon nom.

C’était le seul hom­mage que j’aie pu ren­dre à mon père par rap­port au fait qu’il avait tra­vail­lé à la mine. Par pudeur, je n’ai pas osé aller plus loin en chan­son.

Vous vous êtes donc sen­ti plus libre, dans le roman ?
Oui, j’ai pu pren­dre mon temps, ren­dre les hom­mages que je voulais ren­dre, dénon­cer des choses aus­si, avec des mots justes, alors qu’en chan­son, il faut tou­jours poé­tis­er le pro­pos. Peut-être mon désir d’écrire un roman a‑t-il été déclenché par la lec­ture de Rue des Ital­iens

De San­to­cono ? Mais c’est un auteur cap­i­tal pour moi.
Pour moi aus­si, parce qu’il a réveil­lé beau­coup d’émotions enfouies… Dès lors, je me suis dit que moi aus­si j’avais peut-être des choses à dire. Mais son approche est plus pré­cise et plus détail­lée que la mienne. Il a été plus directe­ment con­fron­té aux événe­ments, il est plus impliqué. Moi, c’est unique­ment des sou­venirs.

santocono rue des italiens

Il a une vision plus poli­tique que la vôtre…
Oui, il est plus mil­i­tant.

Pour­tant, vous-même dénon­cez un cer­tain nom­bre d’injustices sociales.
Ce sont des choses que j’ai gardées en moi, dont j’ai été témoin quand nous viv­ions dans les baraque­ments et qu’on voy­ait des gens ren­voyés chez eux du jour au lende­main. Mon père n’était pas syn­di­cal­iste mais il avait un cer­tain bagout. Il a sou­vent pris la parole et aidé des com­pa­tri­otes qui étaient peut-être plus timides que lui. Je sais com­bi­en un petit bout de papi­er est cap­i­tal pour la dig­nité de son pro­prié­taire. C’est la rai­son pour laque­lle j’ai pris posi­tion en faveur des sans-papiers, il y a deux ans.

Quels ont été vos mod­èles d’écriture ? Les gens qui ont comp­té pour vous ?
C’est très éclec­tique. Quand j’étais petit, mon père écoutait Giac­co­mo Rondinel­li, Clau­dio Vil­la…, toute la chan­son en vogue en Ital­ie à cette époque-là, qu’on suiv­ait à la RAI, à par­tir de huit heures en col­lant l’oreille. Et Mod­ug­no, un peu plus tard. Il a beau­coup comp­té pour moi, même dans la façon de chanter. Il s’est trou­vé à l’origine de ce qu’on a appelé gli urla­tori. Il y avait ceux qui posaient bien la voix, et puis il y a eu la mode des urla­tori. C’est Mod­ug­no qui a com­mencé à crier vrai­ment, à s’exprimer de façon moins suave. Il y a aus­si le monde des chan­sons napoli­taines, qu’on réduit sou­vent aux ren­gaines qui par­lent d’amour et de clair de lune mais qui regor­gent d’humour, de poésie, de textes à thèmes soci­aux… Par ailleurs pen­dant la journée, tou­jours à la radio, j’entendais ce qui pas­sait en France, qui était relayé par la Bel­gique : Mouloud­ji, Aznavour, un des pre­miers à oser chanter avec une voix non académique, et puis petit à petit vers 1956–57, j’ai com­mencé à écouter Brassens et Brel. C’est entre ces trois pôles, entre Brel, Brassens et cer­taines chan­sons ital­i­ennes que j’ai appris à jouer de la gui­tare.

Pas Charles Trenet ?
Dans les années 50, Trenet était moins pop­u­laire que ceux-là, il con­nais­sait un creux de la vague, et lui, je l’ai décou­vert beau­coup plus tard, en me ren­dant compte que cer­taines de mes chan­sons pou­vaient revendi­quer une fil­i­a­tion avec les siennes. Mais il y a aus­si le côté anglo-sax­on. Dès quinze ou seize ans, j’écoutais Radio Lux­em­bourg, the sta­tion of the stars : Elvis Pres­ley, Paul Anka, Cliff Richard, Gene Vin­cent… Cer­taines de mes chan­sons sont plus anglo-sax­onnes que d’autres. J’ai une façon d’écrire assez éclec­tique, ce qui a pu dérouter une par­tie de mon pub­lic.

Et vous lisiez quoi ?
À cette époque-là, j’étais chez les Frères des Écoles chré­ti­ennes. Offi­cielle­ment, on devait lire Bernanos, Claudel, Péguy. Heureuse­ment, j’ai eu un prof, Jean-Marie Ver­meulen, qui, dans le creux de l’oreille, m’a souf­flé de lire Prévert surtout, quelques sur­réal­istes comme Bre­ton, Soupault, Desnos, et puis des gens qui étaient vrai­ment à l’index chez les Frères, comme Gide. Tout ça m’a don­né une vision assez éclec­tique. Plus tard, je suis arrivé tout seul vers des auteurs ital­iens comme Pavese, Calvi­no que j’aime beau­coup, Sol­dati aus­si, et des auteurs améri­cains, comme Paul Auster, Fante, Brauti­gan dont je me suis sen­ti très proche, dans ses poèmes sur le Japon notam­ment.

camilleri la concerssion du telephoneUn auteur ital­ien avec qui j’ai éprou­vé récem­ment un véri­ta­ble choc affec­tif, c’est Andrea Camil­leri, un vrai bon­heur.
Mais je le dis partout ! C’est l’écrivain que je lis en ce moment, L’opera di Viga­taLa forme de l’eau ! Je viens de ter­min­er La con­ces­sion du télé­phone… Camil­leri, ça par­ticipe d’un retour à mes racines. Je me retrou­ve, je m’analyse en fonc­tion de choses que je n’ai pas vrai­ment vécues mais aux­quelles j’aurais été con­fron­té si j’étais resté en Sicile, et j’ai à tra­vers lui une esp !ce de sol­i­dar­ité tar­dive avec mon pays. À tra­vers Gesu­al­do Buf­fali­no, aus­si. Vous con­nais­sez ? Il est né à Comiso, comme moi. Il a écrit Il fotografo cecoLe semeur de peste.

Vous par­lez sicilien ?
Je le par­le, mais j’ai une cer­taine pudeur à son égard. C’est une langue qui est très intime, c’est la langue de mon enfance. Si quelqu’un m’accoste en sicilien dans la rue, je ne peux pas lui répon­dre dans cette langue, alors que c’est peut-être celle pour laque­lle je dis­pose du plus grand vocab­u­laire, parce que tous les objets usuels, moi je les ai nom­més en sicilien quand j’étais petit. Je ne par­le sicilien qu’avec la dernière sœur de ma mère encore en vie, qui a la voix de ma mère, le vocab­u­laire de ma mère. Là ça vient tout seul. Autrement, même avec des amis, je ne peux pas. Ou alors, pour dire une blague.

À pro­pos de langue, votre roman regorge soit de mots très choi­sis, soit d’expressions entre guillemets. Cela sem­ble traduire, de votre part, une espèce de timid­ité dans la démarche, comme si, changeant de genre, vous aviez quelque chose à prou­ver, alors que vous avez quand même à votre act­if de très nom­breuses chan­sons.
Peut-être une envie incon­sciente de prou­ver que je sais écrire ? J’ai tou­jours eu dans mes chan­sons un lan­gage assez puriste, même trop par­fois. On y trou­ve des tour­nures que cer­tains peu­vent con­sid­ér­er comme désuètes. Mais j’ai changé aus­si dans ma façon d’écrire. Dans l’une de mes chan­sons les plus con­nues, La nuit, je dis : « Tan­tôt tu me reviens fugace ». Aujourd’hui, je n’oserais plus écrire ça.
Aujourd’hui, il y a une façon plus directe d’aborder les chan­sons. J’ai l’impression que la langue de la rue a pris le dessus petit à petit. Avec sa pro­pre poésie.
Peut-être que ce côté un peu pré­cieux dans cer­taines phras­es, je l’ai voulu pour mon­tr­er que l’Italien en ques­tion avait eu la chance d’apprendre à s’exprimer ? Je voulais qu’il ait un lan­gage presque de riche, pour en don­ner le mérite à son père. Comme ça a été mon cas.

Il reste, par rap­port à la langue, une timid­ité que vous com­bat­tez.
Mais la vio­lence faite à ma timid­ité, elle date de mes pre­mières chan­sons. C’était ter­ri­ble. S’il y avait une fête en famille et que mon père venait me chercher dans ma cham­bre pour me faire chanter devant ses amis, je pleu­rais par­fois, et mon père m’engueulait : enfin, je t’entends tou­jours chanter, pourquoi, main­tenant, tu ne veux pas ! Peut-être parce que – comme moi, j’écoutais d’autres chan­sons que ce qu’écoutaient mon père et ses amis – j’avais l’impression que ce que je pou­vais lui don­ner, qui s’apparentait plus à la chan­son française, ne leur plairait pas for­cé­ment, parce qu’eux étaient plus habitués aux belles voix, aux paroles plus directes, je ne sais pas… J’avais une timid­ité.

À côté de ces purismes, votre langue est forte­ment ancrée dans la réal­ité belge. On trou­ve par exem­ple dans la pre­mière page du roman un sand­wich au « filet améri­cain » qu’on a dû vous faire met­tre entre guillemets, j’imagine, à Paris.
Oui. C’est un melt­ing pot de tout ce que j’ai vécu. Mon con­texte, c’est la bel­gi­tude, avec mes racines ital­i­ennes qui sont très présentes, et puis les région­al­ismes. J’ai aus­si beau­coup par­lé le borain quand j’étais ado­les­cent. Au départ, je craig­nais que ça n’intéresse per­son­ne en France, mais ça a été accep­té.

Par son écri­t­ure comme par plusieurs de ses thèmes, votre roman témoigne d’une ten­sion entre cul­ture pop­u­laire et cul­ture savante. Avec vos chan­sons, vous avez réus­si à par­ler à beau­coup de monde, des gens qui ne lisent pas, et qui à tra­vers vos mots réus­sis­sent à exprimer leurs pro­pres sen­ti­ments, mais aus­si des gens d’horizons très dif­férents : dans le monde fran­coph­o­ne, en Ital­ie, en Espagne ou au Japon.
Parce qu’il y a un lan­gage uni­versel. Jusqu’à vingt ans, j’étais un per­son­nage incon­nu, privé, puis de vingt ans à main­tenant, presque les deux tiers de ma vie, j’ai con­nu un tour­bil­lon tel que je me sou­viens dix fois mieux des choses vécues dans la pre­mière par­tie que dans la sec­onde. Donc toutes mes chan­sons puisent dans cette péri­ode où moi-même j’étais privé, où je côtoy­ais ces gens aux­quels je m’adresse. Je sais encore les mots qu’on employ­ait, qui nous tenaient à cœur, et j’espère ne jamais pren­dre de dis­tance défini­tive avec ce monde-là. D’ailleurs je suis en train d’écrire une chan­son… J’en suis vrai­ment à la pre­mière stro­phe : Dans l’anonymat de mes vit­res tein­tées / dans ma berline / je roule au pas. / Je peux les observ­er / sans qu’ils devi­nent / qui se planque là / qui vient les nar­guer / dans leur rou­tine / Oh rien de tout ça/ Je suis sim­ple­ment venu me chercher à mes racines.
Il y a un lan­gage uni­versel, mais aus­si des formes qui plaisent plus à cer­tains. Ma chan­son Tombe la neige est un grand suc­cès au Japon. Il se fait que par hasard, je l’ai écrite sous forme de haïkus, de vers de cinq pieds et de sept pieds et qui doivent par­ler for­cé­ment d’une sai­son, l’hiver en l’occurrence : Tom-be-la-nei-ge / Tu-ne-vien-dras-pas-ce-soir.

Avez-vous eu le sen­ti­ment d’avoir passé un cap en pub­liant un roman ? Que vous pou­vez à présent vous revendi­quer plus comme écrivain que quand vous faisiez unique­ment des chan­sons ?
Non. Je ne suis pas plus fier d’avoir écrit un roman que cer­taines chan­sons. Une chan­son comme Manuel, qui j’avais faite con­tre le fran­quisme, elle n’est pas très con­nue, sauf des gens qui me sont restés fidèles, mais j’ose dire qu’elle est mieux écrite que mes toutes pre­mières. La dif­férence, c’est que je suis à même de juger une chan­son, alors que je ne sais tou­jours pas quel juge­ment porter sur mon roman.

Carme­lo Virone