Sijou’, la vie et l’amour crescendo

Thier­ry COLJON, Sijou, Lamiroy, 2025, 200 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–998‑0

coljon sijouThier­ry Coljon est né à Arlon en octo­bre 1959 et pour­suit des études en jour­nal­isme et com­mu­ni­ca­tion à l’Université libre de Brux­elles. C’est en 1981 qu’il intè­gre le jour­nal Le Soir et qu’il devient jour­nal­iste spé­cial­iste des sujets musi­caux. Son nou­veau roman, Sijou’, vient de paraitre aux Édi­tions Lamiroy. Ce livre est le réc­it d’une ami­tié, d’une ami­tié innée :

Six jours sépar­ent à la nais­sance en ces années 50 finis­santes Pierre et Michèle, dite Sijou’. Leurs par­ents sont les meilleurs amis du monde, les enfants gran­dis­sant comme des jumeaux dans la région rurale d’Arlon, au sud de la Bel­gique.

Si l’histoire gravite autour de l’indissociable duo de Pierre et Sijou’, le lecteur suit surtout le petit Pierre. L’auteur nous livre le réc­it du par­cours ini­ti­a­tique du jeune garçon. L’on y décèle la manière dont l’entourage joue un rôle impor­tant dans l’évolution et l’émancipation du héros. Comme toutes les rela­tions, une ami­tié con­nait des hauts et des bas et c’est à tra­vers ces méan­dres que l’on s’apprivoise, que l’on se décou­vre. Quand les deux acolytes ne font pas les qua­tre cents coups, ils gran­dis­sent ensem­ble et con­nais­sent leurs pre­miers boule­verse­ments.

Alors que nous courons tous après le temps, à cocher toutes les tâch­es de nos to-do lists, à jon­gler avec les impérat­ifs et les aléas de la vie, l’auteur nous rap­pelle ici les plaisirs de l’insouciance. Il ne nie pas que l’existence com­porte aus­si ses drames mais il nous ramène à notre essence : l’humain est social. L’humain est riche de ses rela­tions. Sijou’ capte toute l’attention du lecteur par sa ten­dresse et son ambiance cro­quig­no­lette, comme en témoigne ce savoureux pas­sage :

Et puis il y a la télé, d’abord en noir et blanc puis en couleurs, la chaîne belge qua­tre ans après les français­es. Un de mes pre­miers sou­venirs, ce sont Les hommes volants, unique­ment parce que je prononçais « zommes zolants » et que je sautais en pyja­ma dans le divan sans para­chute. Et puis il y a eu Ma sor­cière bien-aimée, Rintintin et Flip­per le Dauphin. Sijou’ préfère Thier­ry la Fronde et Steve McQueen dans le rôle de Josh Ran­dall (qu’on prononçait Joss) et moi je suis Ivan­hoé et surtout Zor­ro. Maman m’a con­fec­tion­né une cape et un masque tan­dis que Sijou’ a reçu de son père un lance-pier­res et a elle-même scié le canon de sa Win­ches­ter en plas­tique pour faire aus­si bien que le chas­seur de prime d’Au nom de la loi.

À la lec­ture, il est inévitable d’être pris d’affection pour ces enfants pleins de mal­ice mais aus­si pleins de joie de vivre. C’est alors que nous-mêmes, lecteurs, nous rep­lon­geons dans nos pro­pres sou­venirs. Lire ce roman, c’est renouer avec de déli­cates réminis­cences de l’enfance, c’est se rap­pel­er que les liens que nous tis­sons sont d’une grande richesse et que nous mar­quons tous la vie de quelqu’un à un moment don­né. Que ce soit à tra­vers les rires ou les peines, cer­taines de ces attach­es demeurent indé­fectibles. L’histoire n’est, en effet, pas dépourvue de pas­sages plus sérieux avec l’évocation de ques­tions déli­cates, dévoilant ain­si une sen­si­bil­ité à fleur de peau et ren­dant l’identification aux per­son­nages immé­di­ate. Nous éprou­vons tous des moments dif­fi­ciles mais que l’on sur­monte aux côtés de nos plus fidèles com­plices.

Une autre dimen­sion qui rend le roman séduisant est son ancrage belge. Tan­tôt Thier­ry Coljon décrit l’atmosphère de petits coins belges, tan­tôt il met l’accent sur cette habi­tude typ­ique de la région arlon­aise :

Quand elle arrive chez nous et qu’elle ne me trou­ve pas à la cui­sine dans les jupes de ma mère, elle demande : « Il est où le P’tit Pierre ? ». La présence de l’article « le » ou « la » avant le prénom est, je pense, pro­pre à notre région.

Finale­ment, Thier­ry Coljon est égal à lui-même et ponctue sa nar­ra­tion d’anecdotes artis­tiques et musi­cales. Cette touche ajoutée au roman ravi­ra les plus nos­tal­giques d’entre nous. Sijou’ est ce genre de livre qui fait réfléchir sur des sujets qui peu­vent tous nous touch­er, mais c’est aus­si un livre qui récon­forte.

Pauline Roy

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