Thomas LAVACHERY et Thomas GILBERT, Caballero Bueno : une enquête de l’inspecteur Valverde, Rue de Sèvres, 2025, 176 p., 25 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782810208036
Sur la couverture, un homme fixe le lecteur, le regard soucieux. Plus haut sur l’image, une femme à cheval nous invite à la suivre vers les emblématiques statues de l’ile de Pâques. Regardant vers l’horizon, elles invitent le lecteur, comme elles, à tourner la page, pour commencer cette histoire.
Thomas Lavachery et Thomas Gilbert avaient collaboré pour Bjorn le Morphir, bande dessinée jeunesse lauréate du Prix Sorcières catégorie « Romans 9 – 12 ans » en 2006. Après avoir travaillé séparément plusieurs années, ils s’associent à nouveau pour Caballero Bueno, publiée chez le même éditeur, Rue de Sèvres. Cet album s’adresse à un public plutôt adolescent, voir adulte avec une intrigue palpitante, parfois brutale.
On y suit l’inspecteur Guillermo Valverde, d’origine chilienne, commissionné par son président pour élucider un meurtre violent sur l’ile de Pâques, territoire colonisé par le Chili à la fin du 19e siècle. Un des administrateurs de la compagnie Jones & Williams, qui pratique l’élevage de moutons sur l’île, a été sauvagement assassiné et son meurtrier reste introuvable. Alors que l’inspecteur débarque, on lui annonce qu’un coupable, autochtone, a été arrêté. Mais Valverde n’y croit pas et décide de lancer son enquête.
Celle-ci l’entrainera aux quatre coins du territoire où le lecteur fait petit à petit connaissance avec les différents protagonistes : Miss Burnett, Napoléon Rirokoko, le docteur Giraldo, Margareth Edmunds, etc. Tous sont porteurs de secrets que l’inspecteur devra élucider pour comprendre enfin QUI a pu tuer Anthony Wilcox.
Alors qu’on s’enfonce dans les méandres de l’enquête, on est frappé par son réalisme. Et cela n’est pas surprenant puisque ce mystère découle directement d’une histoire vraie. En effet, le grand-père de l’auteur, Henri Lavachery, a fait partie de l’expédition franco-belge à l’ile de Pâques en 1934 et cette bande dessinée est en partie basée sur son carnet, rempli de notes et de photographies. On n’en dira pas plus pour ne pas dévoiler la fin de l’histoire. Il sera agréable de la découvrir et de terminer la lecture par les quelques visuels de ce même carnet reproduit dans les dernières pages de l’ouvrage.
Cette inspiration réaliste permet au dessinateur, Thomas Gilbert, de nous offrir des dessins détaillés et empreints de mystère, toujours avec son coup de crayon reconnaissable. Le décor, en effet, soutient avec brio l’atmosphère inquiétante de ce récit. L’histoire, elle aussi, est très bien construite, les découvertes se succèdent à un rythme régulier et gardent le lecteur en haleine tout du long.
L’intérêt de cette lecture repose aussi sur la personnalité de son personnage principal. On rencontre dès les premières pages un inspecteur Valverde antipathique, légèrement grossier et agressif. On le découvre empathique et perspicace au fur et à mesure qu’avance le récit. Il ne se laisse ni avoir par la manipulation ni par les menaces et son jugement final, intègre, nous donne envie de le revoir dans une autre enquête.
Après ces multiples rebondissements, le lecteur, en refermant le livre, émerge d’un univers complet, aux personnages hauts en couleur et avec l’impression que lui aussi, a fait un tour ainsi qu’un saut dans le passé, sur l’ile de Pâques.
Hortense de Ghellinck