Alain MARICHAL, Les Duppont ne courent pas les rues, M.E.O., 2025, 140 p., 17 €, ISBN : 9782807005402
On n’arrête pas le progrès ! Vous connaissez bien sûr le roman et la nouvelle, mais savez-vous ce que sont des romanouvelles ? Une petite recherche vous enseignera que ce mot nouveau a été lancé récemment et qu’il désigne un roman par nouvelles, des récits brefs pouvant être lus séparément, mais reliés par des éléments narratifs communs …
Nous sommes dans le Nord de la France, durant les années 1970. La presse écrite est alors le principal vecteur d’informations avec une vaste déclinaison de titres régionaux. Gérard Bissem, dit le Petit Gérard, rêve de rencontrer le succès, il est journaliste au Quotidien du Nord et il sillonne la région à la rencontre des gens ordinaires confrontés aux aléas de la vie qui nourrissent les faits divers. Enregistreur à la main, il tente de recueillir les confidences des victimes, de leurs proches ou voisins. C’est lui qui vient de signer un article intitulé Sophie Fournier et Ernest Stas, amants jusque dans la mort, qui est sur la table de salon d’une famille endeuillée qui découvre la liaison en préparant les funérailles que nous allons suivre avec son cortège de faux-semblants (Dix centimètres d’eau). Avec Plaisir de lire, nous sommes dans une librairie de province, à Amiens, où l’on attend une autrice pour une rencontre-dédicaces, le champagne et les petits fours sont prêts, mais l’invitée ne vient pas …. Dans Polype et le rescapé, notre Petit Gérard tente en vain de recueillir les impressions de la voisine d’une dame qui est morte suite à une chute dans un puits. Son interlocutrice n’a rien d’intéressant à dire, il y avait un chat qui miaulait avec insistance, mais c’était l’heure de son émission de télé préférée. Le reste est à l’avenant : des tranches de vies ordinaires faites de malentendus, de petites mesquineries, de manies et de coïncidences troublantes. Comme celle qui préside à Les Duppont ne courent pas les rues, qui démarre sur la lecture d’une petite annonce parue dans Le Quotidien du Nord et qui est ainsi formulée : « A vendre, pier tombal, casi neuf, a peine servi ». Elle est assortie d’une photo qui permet à Louis Duppont de constater qu’elle porte précisément ses propres nom et prénom. Pour découvrir ensuite que si elle est à vendre, c’est parce que le nom comporte un P de trop …. Ou encore la nouvelle qui clôt le recueil, La mémé de Sophie Dayan, où l’on retrouve notre Petit Gérard qui accepte de s’occuper de l’aïeule de la vedette en échange de la promesse d’une interview exclusive. Sauf que rien ne se passe comme prévu, que la mémé se fait la malle et que le petit service se mue en catastrophe !
À tourner la dernière page de ce recueil un rien déjanté, on se prend à regretter déjà ce petit monde de ratés magnifiques qui nous font passer du rire aux larmes. Envolée et efficace, l’écriture est de la partie, elle se montre enjouée et ludique, à la mesure de cette comédie dont Alain Marichal, qui avait signé jusqu’ici des œuvres dramatiques, a soigné les dialogues qui contribuent au plaisir de la lecture.
Thierry Detienne