Éric LAMIROY, À la volée, Lamiroy, 2025, 170 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39081–028‑5
À la volée et tout est dit car Éric Lamiroy a saisi les instants furtifs liés aux hasards des rencontres des déambulations, des promenades, des rendez-vous pour nous faire partager ses textes et photographies saisis dans l’arpentage du temps. Éric Lamiroy, on le sait, ne se prétend pas auteur et ce n’est pas une coquetterie, c’est probablement une vraie modestie chez celui qui sait croquer les instants suspendus que son regard déplie sur le vif, à l’instant, dans l’instant. Ces textes, il le rappelle, ne sont pas des fictions mais des formes d’éblouissements partagés où la poésie, qui ne s’annonce pas, affleure souvent tant ces formes brèves sont marquées d’émotion, d’amitié et quelquefois d’une forme de mélancolie joyeuse.
À la volée déploie ses ailes, tantôt largement, tantôt dans la retenue et la discrétion de celui qui n’est jamais un improbable voyeur mais certainement un collectionneur amoureux de ces intenses rendez-vous de la vie qui semblent se couler dans un apparent indifférencié. Dans ses déambulations, Lamiroy pointe avec jubilation ces subtiles charges électriques qui nous traversent et nous relient.
Un bar, un magasin de sport, une terrasse de café, l’Atomium, la table d’un ami… sont autant de lieux où il promène son œil gourmand dans des textes qu’il nous offre comme une suite de bijoux indiscrets. L’écriture est toujours une indiscrétion et une forme d’autobiographie secrète, l’éditeur Lamiroy le sait intimement et ses textes sont comme les cailloux du Petit Poucet, une façon de retrouver le chemin vers soi dans le partage de ces minuscules instants qui agrègent le temps dans notre humanité.
À la volée, Éric Lamiroy crypte textes d’observations et de visions qui, par leur apparente modestie, réveillent cette expérience émotionnelle que notre mémoire à long terme peut faire surgir par un détail, une anecdote, une beauté ravie à l’usure du réel.
Il doit avoir lu cent fois plus que moi et, surtout, s’en souvient. Pour ma part, mes dix dernières années se sont consacrées aux centaines — des milliers en fait – de manuscrits d’auteurs contemporains. Je lui fais part de ma peur de perdre mon orthographe acquise dans les livres et menacée par ces écrits non corrigés. La mémoire est une chose très curieuse. Les exemples de souvenirs fixés au fer rouge dans un passé lointain alors que nous sommes incapables de citer le titre du dernier film vu au cinéma sont éloquents.
Lamiroy fait à chaque fois se lever des formes de murmurations de souvenirs qui s’échappent du texte et elles vont danser dans l’arrière-pays de la mémoire. En flânant, l’auteur fait preuve d’une amicale relation avec ces êtres, amis, artistes, écrivains, inconnus, dont il partage les conversations, les silences et les rêveries. Ce n’est pas un « promeneur solitaire » mais plutôt un compagnon de voyage.
Le détail, chez un auteur, est toujours une bonne fortune quand il ne dérègle pas la machine secrète du texte. L’éditeur sait cela parfaitement et, en tant que nouvel auteur, c’est en poète qu’il approche ces éclaboussements modestes de la vie.
Ces « choses vues », sont, à chaque fois, accompagnées d’une photographie réalisée par l’auteur et qui, dans un jeu de points et contrepoints, agrémentent la lecture… En ce sens, À la volée s’offre comme un livre de réparations et de liens dans un monde déboussolé.
Daniel Simon