Alexandre LOLLO, À l’épreuve du vice, Empaj, 2025, 306 p., 21 €, ISBN : 978–2‑931011–47‑8
Ex-profileuse au service de la police, Carla Nolden est sollicitée par Mademoiselle Beck, une riche héritière, pour une mission spéciale : en échange d’une confortable somme d’argent, elle se trouvera face au fiancé de la milliardaire, qu’elle ne connait pas, et dont cette dernière, se sentant en danger de mort, veut vérifier la sincérité et la probité. Un exercice sans difficulté à première vue pour cette psychologue habituée à décrypter les expressions et les attitudes qui trahissent les sentiments profonds. Mais sans crier gare, la commanditaire la confronte à quatre hommes, dont le fiancé, et rien ne se déroule comme prévu. Carla qui opère au départ d’une autre pièce perd connaissance et, retrouvant ses esprits, elle apprend qu’un meurtre a eu lieu dans l’intervalle. Une équipe de police déboule dans la vaste demeure dont la propriétaire déclare aux enquêteurs qu’il s’agit d’un « brunch qui a mal tourné ».
Tout ne fera ensuite que devenir plus complexe. Cinq autres morts suivront qui nous réserveront d’autres surprises quant à l’identité de ceux qui les commettent et aux raisons qui les motivent. Les masquent tomberont qui nous révéleront la vraie nature de ceux et celles que l’on croyait coupables, victimes ou innocents. Pour ce faire, les points de vue seront multipliés : nous suivrons les péripéties vécues par Carla pour obtenir la garde partagée de son fils, les errements de l’équipe de policiers à laquelle l’ex-profileuse se joint. Et quand disparait la riche héritière, la confusion est à son comble et les soupçons partent dans tous les sens. S’ajoute à ceci que la ligne du temps est sans cesse suspendue : le récit est organisé en séquences assez brèves courant sur six années, de 2020 à 2026, tandis que des conversations sur un site de rencontres, remontant elles plus loin encore dans le temps, parsèment la narration sous le voilage de pseudonymes. Sans oublier les étourdissements de Carla qui à eux seuls constituent une énigme à part entière. Ce foisonnement incessant bénéficie toutefois de balises temporelles précises et continues car au sein de chaque séquence datée, les faits et gestes nous sont présentés précédés d’un relevé minuté, comme dans un rapport d’enquête.
Avec ce premier roman au déroulé tortueux qui se déroule dans la province de Liège, Alexandre Lollo n’a certainement pas choisi la facilité. À l’épreuve du vice n’a rien d’un récit formaté qui correspondrait au schéma d’un thriller classique, ni dans sa structure narrative ni dans sa forme. Sa lecture est exigeante et elle s’en trouve enrichie, associant pas à pas le lecteur au démêlage de la pelote dont le fil se noue et se dénoue sous ses yeux.
Thierry Detienne