Ah ! je ris de nous voir

Stéphane GEORIS, L’éclat du rire, Trans­boréal, 2025, 96 p., 9,5 €, ISBN : 978–2‑36157–358‑4

georis l'éclat du rireArtiste et clown des rues de tous les instants et con­ti­nents, mieux con­nu dans le présent Car­net sous le pseu­do­nyme de Tim­o­téo Ser­goï, Stéphane Georis écrit ici depuis l’hôpital du Sart Tilman à Liège. Mal­gré une méchante bac­térie menaçant sa colonne vertébrale et pour la col­lec­tion « Petite philoso­phie du voy­age », il nous con­fie joyeuse­ment le bilan de ses expéri­ences et réflex­ions sur le rire à tra­vers lui et Tout.

Je me sou­viens d’avoir tra­ver­sé le monde, de Paris à la Patag­o­nie, dans le but roy­al et dérisoire de faire rire. « Rire et tout le monde rira avec toi. Pleure et tu seras seul à pleur­er ».

Anatomique, cos­mique, cul­turel, géo­graphique, his­torique, soci­ologique, l’analyse et L’éclat du rire que nous pro­pose l’auteur gron­dent et roulent à 360 degrés jusqu’en l’écho le plus intime dans nos corps d’atomes sec­oués par la sur­prise, le plaisir et la

Joie, joie, joie. Rire, dire, vivre. Rien d’autre que de s’émerveiller. Et d’éclater de joie avec une langue minus­cule et deux poings de poupée face au vis­age de maman qui appa­rait et dis­parait ; joie de voir renaitre ce qu’on croy­ait dis­paru ; joie pure native, joie pure nature de sen­tir sur sa peau la caresse des doigts de papa.

Le rire est donc naturel et uni­versel, autant que l’amour et la famille. Sa mécanique donne des ailes de plaisir et d’ange. Elle soulève la poitrine plus haut que sol vers les étoiles. L’auteur con­state ain­si plus de poésie qu’il ne cherche à faire la démon­stra­tion d’une thèse à la fois gaie, savante et niet­zschéenne. Il souhaite davan­tage partager des évi­dences impen­sées et vécues – pro­pres au rire –, trop sou­vent écrasées par le même et le quo­ti­di­en.

Revenons aux choses sérieuses. A‑t-on assez insisté sur les bien­faits du rire ? Une sci­ence psy en est née : la gélothérapie qui soigne par le rire, et un yoga s’y spé­cialise, nom­mé sobre­ment le yoga du rire. Ils nous enseignent cinq bien­faits.

La dopamine, la dilata­tion des artères et des vais­seaux san­guins, l’augmentation des défens­es immu­ni­taires par l’oxygénation, la créa­tion de liens soci­aux et la con­fi­ance en soi, tout cela s’inscrivant en nous pour faire société. Le rire est un trans­port en com­mun sans fron­tière pourvu qu’il n’y ait pas malen­ten­du.

J’aimerais le faire rire. Il me regarde — il va me tuer, c’est sûr. Je dois compter mes os et écrire à ma mère qu’elle retrou­vera mes débris sur une place déserte quelque part en Slovénie… Ses yeux sont inter­ro­ga­teurs et niais, dan­gereux et angéliques.

Rire est une petite mort sus­pendue dans nos vies comme un nuage flotte dans le ciel bleu ou comme les gloires transper­cent la lourde cou­ver­ture d’un orage. Grâce à quoi ce petit livre nous emporte dans des courants d’air et couloirs de ter­ri­ers pour débouch­er vers des espaces qui nous dépassent et com­mu­niquent.

Tito Dupret