« (…) C’est dans l’entre-deux / cet évaporé de conscience … »

Anne-Marielle WILWERTH, La haute cou­ture de l’infime, Illus­tra­tions de Marc Bergère, Bleu d’encre, 2025, 95 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–88‑8

wilwerth la haute couture de l'infimeL’infime dont il est fait men­tion dans le titre si inspi­rant de ce recueil, est sans aucun doute l’objet de la recherche formelle à laque­lle se livre la poétesse. Cha­cun des textes offre cette brièveté de l’aphorisme dont on ne cesse, une fois ceux-ci lus, d’explorer les pos­si­bles qu’ils envis­agent, de sil­lon­ner les labours qu’ils creusent, de s’abandonner aux per­spec­tives qu’ils dévoilent.

La forme brève en poésie – lorsqu’elle ne som­bre pas dans l’imposture de l’abstraction par l’absence –, incite l’imaginaire à explor­er des hori­zons nar­rat­ifs et poé­tiques dont le texte ini­ti­a­teur est la promesse.

Dans La haute cou­ture de l’infime, Anne-Marielle Wilw­erth excelle à pro­jeter cette lumière brève dont elle fait scin­tiller la rêver­ie autant que l’imaginaire de qui s’y aban­donne, hap­pé par le fais­ceau hyp­no­tique de la poésie wilw­erthi­enne.

Quelques exem­ples s’imposent comme celui-ci, poème qui ouvre le recueil :

Cer­tains mots / dans l’indicible / par­fois / se fau­fi­lent / afin de découdre / ce pourquoi l’on doute

Le temps, le silence, la lumière s’allient dans la poésie qui va au plus intime, l’informulé :

Quand nous tis­sons le temps / en laine de silence / les nœuds qui par­fois se for­ment / patien­tent / avec l’informulé.

L’exploration poé­tique s’enrichit de ques­tion­nements d’espérance, de ten­ta­tives d’apprivoisements, de l’approche feu­trée des sen­sa­tions :

C’est dans l’entre-deux / cet éva­poré de con­science / que l’on peut compter / sur l’obéissance du temps / et ses leçons de bleu

On devrait ici s’arrêter à chaque page du recueil.

Lorsqu’on y revient après une pre­mière lec­ture, ce sont d’autres chem­ine­ments qui se pro­posent à nous. La poétesse nous invite à ces retours au texte, pro­duisant, de lec­ture en lec­ture, une émo­tion renou­velée par l’enrichissement salu­taire de la con­science d’être à chaque fois salu­taire­ment sur­pris.

Le recueil ne s’achève-t-il pas sur ce con­stat ?

On prend des chemins escarpés / faisant mine / de remon­ter le temps / mais le carmin du présent / tou­jours nous sur­prend.

Jean Jau­ni­aux

Plus d’information