Photoniquement vôtre

Léon WUIDAR et Jonathan STEELANDT, Nor­mo­graphes, Pierre d’Alun, coll. “La Petite Pierre”, 2025, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–145‑6

wuidar steelandt normographesPeu lui chaut, la lumière inonde et rebon­dit. L’amadouer, la dress­er, la maitris­er, la pein­dre est affaire de pho­togra­phie. Jonathan Stee­landt s’est remis à l’observer, la caress­er, la dessin­er, la diriger, la frag­menter, la géométris­er tel un archi­tecte, de son pré­cis cray­on sur le papi­er. Et Léon Wuidar d’expliquer ce dont il s’agit :

Son regard tombe sur trois nor­mo­graphes, un sou­venir de son grand-père qui était ingénieur. (…) le nor­mo­graphe est un instru­ment fort bien fait qui per­met de tir­er des plans.

Détourn­er les objets de leur usage est un des jeux ini­ti­aux de la créa­tion. L’art se révèle par cet inat­ten­du de l’ustensile sor­ti de son con­texte pour pren­dre forme nou­velle et orig­i­nale. À la recherche d’émotion et de nou­veauté. D’étonnement voire d’éblouissement. Or, ce qui nait de la lumière à tra­vers ces règles de Rotring et plas­tique orange, c’est bien cela.

Leur assem­blage va être chaque fois val­orisé par le fond qui reçoit un nom­bre réduit de lumières, sou­vent deux sources par­fois trois, sources qui provo­quent une dif­fu­sion de couleurs et rem­plit notre regard.

Le résul­tat, ce sont des pho­tos de sculp­tures lumineuses, aux couleurs vives qui s’estompent, à la fois com­plé­men­taires et en ten­sions. Les traces et traits se fondent et s’opposent selon une topogra­phie inter­ro­geant une étrange mécanique. Tant l’effet de con­struc­tion issue des pho­tons est prég­nant, l’on reste dans l’exploration d’un espace et de fig­ures abstraites quoique matérielles.

Les par­al­lèles, elles aus­si sem­blent sans lim­ites. Elles nous offrent des sur­faces sen­si­bles ani­mées par des couleurs déli­cates.

Cette im/palpable quoiqu’ in/visible con­cil­i­a­tion trou­ble les fron­tières de l’entendement car elle ques­tionne la tech­nique autant que l’évocation. Nous ne sommes pas sûrs de ce qui est vu : les dimen­sions sont à la fois de trois et de deux. La curiosité comme ten­ta­tion ludique et tra­vail d’étude bous­cule les per­cep­tions.

Des images ne cessent de nous ques­tion­ner. Que voit-on ? Et com­ment leur don­ner du sens ? Leur vie est inépuis­able et l’énigme du sphinx n’est pas prête d’être résolue.

Reste au lecteur et spec­ta­teur de fouiller en lui pour diriger son esprit selon son regard. Ou alors de s’abandonner à l’insouciante con­tem­pla­tion de propo­si­tions struc­turales arc-en-pho­toniques. Soit un nou­v­el espace-temps s’offrant à cha­cun ; para­doxale­ment grâce et mal­gré le for­mat réduit, pré­cieux et bien con­nu de la col­lec­tion « La Petite Pierre ».

Tito Dupret