« …Le silence n’existe que dans les livres… »

Pas­cal FEYAERTS, Venir à soi suivi de 11 :11, Illus­tra­tions de Philippe Col­mant, Pré­face de Marie-Clotilde Roose, Coudri­er, 2025, 86 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–078– 8

feyaerts venir a soiOrné d’une pré­face de Marie-Clotilde Roose et d’illustrations de Philippe Col­mant, le recueil Venir à soi du poète hain­uy­er Pas­cal Feyaerts se décline en mul­ti­ples inter­ro­ga­tions. Leur ligne de crête se découpe dans l’affrontement inces­sant de l’artiste avec la for­mu­la­tion poé­tique du monde. De lec­ture en lec­ture, – le vol­ume est suff­isam­ment aéré pour per­me­t­tre (inviter à) des apprivoise­ments suc­ces­sifs –, appa­rais­sent d’éphémères per­cep­tions que nous sug­gère le poète. Il y a, sur­gis­sant ça et là, une ten­ta­tion insis­tante de la désil­lu­sion – Tant de rêves / si peu à vivre – tem­pérée bien vite, comme dans un éclat de lumière

Et pour­tant
l’espoir et la beauté

Les assauts de mélan­col­ie, de dés­espoir, de « manque », inspirent, comme par con­traste involon­taire, une imagerie allè­gre et légère, car

Nous res­terons, au final,
le nuage que nous étions enfants,
façon­né et instru­it par le vent.

La sec­onde par­tie du recueil, 11 :11, réu­nit des textes courts, sur­gis dans cet instant sus­pendu que nous indique le titre. Pas­cal Feyaerts nous invite à lire ce texte comme « une per­for­mance, un souf­fle poé­tique en mou­ve­ment. » Le poète se donne ain­si toute lib­erté d’explorer les méan­dres de cette minute-là qu’il s’impose comme une ode légère au temps qui passe, mais aus­si comme l’espace clos qu’il faut inve­stir tan­dis qu’irrémédiablement la grande aigu­ille pointe vers le 12. Le temps ain­si imposé à soi, cette minute si étroite, en réal­ité ouvre tous les infi­nis, ceux de la mémoire et son inces­sant renou­velle­ment dans con­trainte dont la poésie ne peut que s’échapper… comme cette mon­tre qu’évoque Feyaerts,

cadeau de mon grand-père (…)
elle mesure mes bat­te­ments de cœur
gar­di­enne silen­cieuse
de mes sou­venirs

Ce dou­ble recueil, comme une échap­pée belle, une minute rêvée… sans cesse renou­velée.

Jean Jau­ni­aux