Virginie DECAMPS, Iceland, Hugo Stardust, 2025, 528 p., 20 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9791042902735
C’est peu dire que le succès de la romance porte aujourd’hui tout un pan de l’édition littéraire. Depuis l’avènement, au milieu des années 2010, de ce que Hugo Publishing a appelé la « New Romance », le genre multiplie les succès stratosphériques, notamment grâce à des sagas comme After d’Anna Todd, Captives de Sarah Rivens ou encore Un palais d’épines et de roses de Sarah J. Maas. Débarrassé de l’odeur de naphtaline que l’on associait volontiers à une production dominée depuis le début des années 1980 par les éditions Harlequin, il séduit aujourd’hui un public jeune, connecté et constitué en communautés particulièrement actives sur les réseaux sociaux.
Le parcours de Virginie Decamps est en cela illustratif de la dynamique propre à la romance contemporaine. D’abord autrice de fanfictions en ligne, elle développe ses propres univers et se fait connaitre sur le net avant de publier en format papier, chez les éditions Bookmark, les sagas Les royaumes du nord et L’ombre du faucon.
Tout d’abord prépublié en chapitres pour la plateforme en ligne Fyctia où il a bénéficié d’un succès populaire célébré par le prix « magic academia », Iceland, son dernier roman, vient de rejoindre l’incontournable catalogue des éditions Hugo Publishing, sur le label « Stardust » dédié à la romantasy Young Adult.
On y suit les aventures croisées de Maja et de Reinar sur l’ile imaginaire d’Iceland. La première, apprentie copiste, est enrôlée dans l’armée insulaire lorsque des peuplades continentales décident d’attaquer l’ile. Elle est pour cela entrainée par le capitaine Reinar qui, derrière le masque redouté d’intransigeante figure militaire, cache d’inavouables secrets.
En opposition au coup de foudre qui marque traditionnellement l’entame des romans d’amour, l’autrice privilégie la construction graduelle des relations entre les personnages principaux. Cette approche, dite du « slow burn », repose sur une narration volontairement lente. L’univers se découvre ainsi progressivement au rythme d’une intrigue menée à petits pas, avant de multiplier, dans la seconde partie du roman, révélations et retournements de situations. Car Iceland n’est pas qu’une romance mais également un véritable récit de fantasy aux accents épiques. N’y espérez pourtant ni magie, ni créature fantastique. La fantasy de Virginie Decamps s’inscrit plutôt dans une tradition plus marginale du genre, popularisée par l’auteur canadien Guy Gabriel Kay, qui explore des mondes imaginaires dans lequel le surnaturel est absent ou, du moins, très effacé.
Quoi qu’il en soit, les amateurs de romantasy ne seront pas déçus, tant l’autrice semble parfaitement en maitriser les codes et les attentes. Les lecteurs moins habitués à ce type de lecture très codifié ne manqueront pas, quant à eux, d’apprécier la réflexion, tout à fait actuelle et pertinente, que l’autrice mène sur l’importance de la lecture, de la préservation du savoir et des rapports de force qui en découlent. Iceland, déjà auréolé d’un beau succès en ligne, pourrait ainsi sans peine s’imposer également en format papier.
Nicolas Stetenfeld