Olivier PAPLEUX, Les enfants de Voynich, M.E.O., 2026, 250 p., 22 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0555‑6
Docteur en neurologie, Topaze joue une nouvelle fois la bonne poire pour son directeur de recherche, Régis. Incapable de rébellion voire de simple protestation, le scientifique réunit consciencieusement les enfants au haut quotient intellectuel sélectionnés par son patron afin d’observer les interactions entre ces jeunes esprits particulièrement vifs.
Pendant un stage d’été particulier, Topaze prend donc ses quartiers dans un ancien couvent de Waterloo, entouré de Babel, mineur étranger non accompagné d’origine irakienne, doté de grandes capacités pour l’apprentissage des langues ; Aurore, très jeune tiktokeuse passionnée par l’alchimie ; Floris, botaniste en herbe d’origine péruvienne et orphelin de mère ; Al-Jabr, timide mathématicienne de 15 ans d’origine algérienne ; Kryptos, séduisant Grec au lourd passé familial, qui cache son haut potentiel et sa capacité à décoder derrière un profil de farceur insolent ; et Vinci, le filleul de Régis, pas tout à fait dans les conditions pour intégrer le panel mais dont les grandes aptitudes relationnelles seront utiles au neurologue dont il devient le jeune assistant. L’ennui et la chaleur rendant l’ambiance électrique, Topaze décide de distraire ses « penseurs » avec un défi à la taille de leurs capacités cognitives : déchiffrer le manuscrit de Voynich, mystère irrésolu depuis des siècles. La pression façon « cocotte-minute » retombe et la mission pourrait bien les mener vers diverses découvertes…
En rassemblant des protagonistes au quotient intellectuel qui dépasse la norme, l’histoire met paradoxalement en lumière leur isolement dans la société. Un focus est mis sur leur mal-être dans un environnement où l’adaptation forcée les fait souffrir et, en même temps, sur le bénéfice et le soulagement qu’ils retirent d’être réunis, de vivre entre « hauts potentiels ».
Le contexte et le sujet sont originaux et bien documentés mais le quotient intellectuel, élément certes essentiel, revient si souvent dans le texte que cela tend à enfermer Les enfants de Voynich dans les cases du tableau explicatif imprimé en préambule du récit. Cette apparente froideur ou rigueur scientifique s’avère néanmoins cohérente avec la posture du neurologue imaginé par Olivier Papleux : un homme un peu paumé, de prime abord pas franchement doué pour voir au-delà des données qu’on lui a communiquées sur ses cobayes. En calquant une partie de sa trame sur le déroulement d’une étude, le roman manque parfois de rythme mais conserve et ravive l’attention du lecteur en livrant, au fur et à mesure, ses révélations sur les protagonistes et leur émancipation.
Estelle Piraux