La boucle et le bilan

Cari­no BUCCIARELLI, La lap­i­da­tion et autres réc­its créa­tion­nistes, M.E.O., 2026, 173 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8070–0576‑1

bucciarelli la lapidationEn nous livrant ce nou­v­el opus, La lap­i­da­tion et autres réc­its créa­tion­nistes, Cari­no Buc­cia­rel­li signe une forme de bilan ou de réflex­ions à pro­pos de son art et de ses sujets de prédilec­tion, ain­si que de mul­ti­ples con­sid­éra­tions sur la puis­sance de la créa­tion, de l’écri­t­ure et sur le dénoue­ment et le déploiement d’une vie.

En entre­croisant des réc­its, des réflex­ions, des moments fur­tifs d’au­to­bi­ogra­phie, l’écrivain se fait acteur du bilan d’un genre qu’il a beau­coup pra­tiqué, non par un pes­simisme raf­finé mais une ironie mor­dante et froide même si, à cer­tains moments, la mar­que de son style tou­jours sen­si­ble à la fic­tion­nal­i­sa­tion du monde se joue des ultimes ren­con­tres avec des dieux imag­i­naires ou hypothé­tiques.

C’est chez lui, aus­si, une façon de faire de la cat­a­stro­phe un spec­ta­cle auquel on peut assis­ter en prenant place dans un autre espace d’imag­i­naire, celui du réc­it tou­jours sus­pendu et qui, plus que la réal­ité, sou­vent, façonne le mou­ve­ment du monde.

L’au­teur boucle dans ce livre, prob­a­ble­ment, le tracé d’une vie sou­vent con­fon­due avec la lit­téra­ture qui ne cesse de réitér­er son exi­gence de vérité.
En s’adressant à des créa­teurs imag­i­naires, c’est à lui qu’il s’en prend, à la hau­teur de toute œuvre déjà posée dans l’hori­zon d’un futur passé.

Après donc de longues péri­odes de silence, Cari­no Buc­cia­rel­li a un jour repris la plume pour nous délivr­er une série de romans, de poèmes, de réc­its que la cri­tique a lus d’emblée dans l’effervescence du réal­isme mag­ique.

Aujour­d’hui, l’au­teur nous annonce avoir renon­cé à une auto­bi­ogra­phie et déjoué le piège en parse­mant ses réc­its créa­tion­nistes de plongées biographiques où les ques­tions de la han­tise de la fin de la lec­ture et de l’écri­t­ure se dis­ent à mots plus ou moins cou­verts. Cet entremêle­ment, un peu sous la forme d’un « cab­i­net de curiosités » se donne à lire aus­si comme une longue et trou­blante pas­sion d’un auteur qui voit le sens de la lit­téra­ture aujour­d’hui dévi­er de plus en plus de ce cap, incer­tain, celui de l’indépendance face aux modes du temps.…

La langue, ici, est sou­vent féroce, au ser­vice de réc­its qui échap­pent de cette manière au ton de bien­veil­lance de l’époque. Buc­cia­rel­li y puise et con­firme ain­si son ultime lib­erté.

Même s’il se déplie comme un livre bilan, La lap­i­da­tion et autres réc­its créa­tion­nistes con­firme aus­si qu’écrire sup­pose qu’on pour­rait se taire ou faire de ces infinies quêtes d’i­den­tité autre chose que des débal­lages histri­on­iques.

Une œuvre tient surtout dans ces con­tre-plongées que les écrivaines et les écrivains sont capa­bles de porter sur ce qui sem­ble appa­raitre comme une étape achevée.  Gageons que ce livre soit la source d’une autre manière et d’un autre temps.

Daniel Simon

Plus d’information

Carino Bucciarelli à la Foire du livre

Dédicaces : 
  • Dimanche 29 mars 14h-17h – Stand 320 (Hall 3)