Noëlle MICHEL, Que rien ne fane, Le bruit du monde, 2026, 134 p., 18 €, ISBN : 978–2‑38601–095‑8
Si vous aimez l’association Le gang des vieux en colère, vous allez adorer Que rien ne fane de Noëlle Michel. La narratrice, 82 ans, revendique le droit au plaisir, à la liberté, aux fantasmes, dont une fascination pour le musicien et chanteur Brian Molko. Les fans du groupe Placebo apprécieront et n’auront pas besoin de la bande-son reprise à la fin du livre. Cette comédie romantique offre un bon moment de lecture, tout en abordant un sujet de société encore tabou, celui de la sexualité des seniors, en particulier dans les maisons de repos, à travers le portrait d’une grand-mère bigrement attachante.
Après Viande, un thriller fantastique autour du spécisme (Lilys Éditions, 2020) et Demain les ombres, entre science-fiction et préhistoire, entre science et éthique, utopie et dystopie, Noëlle Michel revient aux éditions Le bruit du monde pour son troisième roman, mais dans un registre très différent du précédent. L’entame du récit intrigue : la personne qui s’exprime en ‘je’ s’adresse à un juge sans que l’on sache ce que la Justice lui reproche. Au centre du récit, il y a la narratrice que l’on suit de bout en bout. Elle s’est prise de passion pour Brian Molko, né à Bruxelles en 1972, genderfluid, musicien-chanteur-compositeur, connu comme meneur et cofondateur (avec Stefan Olsdal) du groupe de rock Placebo. L’héroïne de 4X20 ans l’a découvert sur Internet et se passionne pour Facebook et WhatsApp où elle multiplie des textes qui lui sont inspirés par son idole. Des textes courts, en italiques, nourris de passion, qui apportent un autre rythme au roman en le chapitrant. Veuve depuis huit ans après avoir connu l’amour, elle se console en s’inventant une nouvelle joie de vivre. Mais ces sorties sur Internet ne sont pas du gout de son fils (« depuis quand les enfants des soixante-huitards sont-ils devenus les censeurs de leurs parents ? »).
Deux autres femmes jouent un rôle essentiel dans le livre. Caroline, son amie de toujours, 82 ans comme elle, qui a trouvé l’amour dans son EHPAD (ndlr : maison de repos en France) via Facebook elle aussi. Elle revendique le droit de vivre sa sexualité malgré son âge et ne s’en prive pas. Au grand dam de sa famille, surtout lorsque les amants sont pris sur le fait ! Le personnel de l’institution, lui, trouve ses souhaits légitimes mais se heurte au scandale soulevé par la famille. La narratrice voudrait aider son amie et elle trouvera du soutien auprès de Mona, la quarantaine, tatouages et verbe tranchant, membre d’Extinction Rébellion. Celle-ci la coache pour l’organisation d’une manifestation en soutien à Caroline et l’invite à une formation à la désobéissance civile. L’octogénaire expérimente dans la foulée sa première garde à vue. Ses saillies sur le Net, un piratage supposé, son passage au commissariat et d’autres comportements qui sont à l’origine de scènes inattendues suscitent inquiétude et malaise chez son fils qui envisage, avec un avocat, une mise sous tutelle contre la volonté de la principale concernée. Celle-ci s’inquiète. Elle trouve soutien auprès de Caroline, Mona et de ses amies dont Lisette qui pratique “la féminine universelle” de Typhaine D., comédienne et militante féministe française, dont l’idée est, entre autres, de remplacer le neutre du masculin par le féminin (ex. : Elle fait beau, elle faut rouler à droite, etc.). Révolutionnaire ! Son petit-fils lui apporte les coups de pouce nécessaires.
Divers épisodes vont encore se succéder où la liberté de mouvement de cette vraie héroïne, attachante et inspirante, sera menacée, chaque concession étant comme une petite mort. Habitée par la peur de voir son monde rétrécir, elle commence à douter de son monde imaginaire et de ses fantasmes qui ne gomment pas vraiment la réalité et, en particulier, « la plus triste des débâcles », la vieillesse, et « notre satanée obsolescence programmée », la mort à venir pour chacun∙e d’entre nous.
Noëlle Michel, Française née à Dijon et vivant à Gand, s’amuse à dresser le portrait souvent humoristique de cette grand-mère extravertie et pose au passage des questions essentielles autour de la sexualité des ainées et des ainés, de leur libido, de leurs désirs, de leur infantilisation, de tout ce qui leur est retiré contre leur volonté, de ce qu’on leur impose au nom de leur bien, de l’âgisme, des féminismes, de la sororité, des luttes intersectionnelles…
Michel Torrekens
Noëlle Michel à la Foire du livre
Rencontre :
- Confitures aux fleurs fanées – rencontre avec Noëlle Michel et Coraline Croquet – Dimanche 29 mars 10h15 – Scène Culture je t’aime
Dédicaces :
- Vendredi 27 mars 18h-20h – Stand 311 (Hall 3)
- Samedi 28 mars 16h-18h – Stand 311 (Hall 3)
- Dimanche 29 mars 11h-13h – Stand 311 (Hall 3)
