Dire elles

Vanpé Féminin pluriel

Féminin pluriel

Auteur : Michel Van­pé

Mai­son d’édition : Quad­ra­ture

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 104

Prix : 18 €

Livre numérique : /

EAN : 9782931080627

Les œuvres lit­téraires offrent inlass­able­ment une cham­bre d’écho à la vie, à l’évolution des men­tal­ités dans les sociétés où elles émer­gent en même temps qu’elles con­tribuent par leur ray­on­nement aux méta­mor­phoses de celles-ci. Avec le recul et le temps, elles nous per­me­t­tent de nous immerg­er dans une époque et d’en com­pren­dre les ressorts les plus infimes que l’évidence de la réal­ité qui nous entoure rav­it à notre enten­de­ment. L’attention accrue portée à la par­ité et à l’égalité entre hommes et femmes et aux com­bats de ces dernières sera sans nul doute un trait majeur que les ana­lystes futur(e)s point­eront dans la pro­duc­tion lit­téraire de notre temps, leur offrant un cor­pus tout à la fois foi­son­nant et mul­ti­ple.

Avec Féminin pluriel, Michel Van­pé nous donne une décli­nai­son de des­tins féminins qui s’inscrivent dans le creuset de cette con­quête. Son recueil de nou­velles s’ouvre sur Recom­po­si­tion orageuse, qui met en scène Marie-France et Alix, la fille ado­les­cente du com­pagnon de la pre­mière. Entre elles, la rela­tion est orageuse, mais c’est celle qu’elle a traitée ce matin encore de « Putain de marâtre » qu’elle a fait appel­er aux urgences après un acci­dent de scoot­er, pré­cisé­ment parce qu’elle n’est pas sa mère et qu’elle a quelque chose à lui deman­der. Sans atten­dre, Des­tins croisés pousse la porte d’une mai­son de repos où une com­plic­ité se noue entre une femme âgée et une soignante d’origine africaine. Toutes deux ont des blessures com­munes, un secret qui les unit seules con­tre tous. Som­bre futur suit la trace d’une migrante et dénonce la vul­néra­bil­ité des femmes qui se lan­cent dans l’aventure ter­ri­ble de l’exil, mais qui peu­vent aus­si compter sur la sol­i­dar­ité (rare) de quelques hommes et celle, sans faille, des mamas qu’elles croisent sur leur route. Une Milon­ga rassem­ble Diane et Char­line, l’une kiné, l’autre patiente qui a sol­lic­ité ses ser­vices à domi­cile. Entre elles, une rela­tion mag­né­tique se noue, et le tan­go se glisse avec ces mots « Ah je suis là / Je suis venu chanter / Je suis venu danser / et secrète­ment aimer ». Chèque et mat dit le com­bat d’une jeune diplômée vic­time de viol et de har­cèle­ment sex­uel qui, avec l’aide d’un cou­ple d’amies, résiste et affronte son agresseur alors qu’elle est sta­giaire de ce dernier. Une let­tre, point final, c’est le pro­jet d’une fille née sous x qui a tout fait pour retrou­ver la mère qu’elle n’a jamais eue et qui, dés­espérée, a décidé de lui écrire une mis­sive en un geste ultime. Dans Le passé fra­cassé, une femme brise le secret des orig­ines trou­bles d’une mai­son famil­iale acquise en 1943. Une ren­con­tre africaine pointe les rôles stéréo­typés dans les rela­tions inter­gen­res et dénonce la représen­ta­tion qu’un homme en a, le lais­sant bouche bée. Balade dans l’au-delà par­le avec finesse du deuil de celle qui a per­du son com­pagnon guide de mon­tagne et tente de renouer avec les cimes. Un ren­dez-vous, une urgence déroule le pro­gramme de la journée d’une céli­bataire qui fait face seule suc­ces­sive­ment à une banque dont elle a sol­lic­ité un prêt et à un entre­tien dans le cadre d’une can­di­da­ture d’adoption. Dans Passé envolé, un homme se sou­vient qu’il doit d’être encore en vie à une femme dans un rôle où il ne l’attendait pas alors qu’il menait une opéra­tion mil­i­taire.

Par-delà la spé­ci­ficité des ambiances et des sit­u­a­tions qu’elles évo­quent, les onze nou­velles de ce recueil ont en com­mun la justesse de leur ton et la qual­ité du réc­it. Elles bous­cu­lent joyeuse­ment les représen­ta­tions à l’œuvre dans les rela­tions hommes-femmes jouant volon­tiers sur la sur­prise et le retourne­ment de sit­u­a­tion pour mieux pren­dre lecteurs et lec­tri­ces au nœud des images tenaces attachées aux gen­res. Comme quoi le mas­culin sin­guli­er peut aus­si dire avec brio le féminin pluriel. N’est-ce pas le pro­pre de l’écriture, de pou­voir se jouer de toutes les fron­tières du réel ?

Thier­ry Deti­enne