Ce qui cause nos tourments

Barboni Princesse Art déco et autres malentendus

Princesse Art déco et autres malentendus

Autrice : Thilde Bar­boni

Mai­son d’édition : M.E.O.

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 132

Prix : 16 €

Livre numérique : 9,49 €

EAN : 9782807005792

Depuis plus de 40 ans, Thilde Bar­boni nous donne romans, nou­velles, scé­nar­ios de BD, créa­tions radio­phoniques et pièces de théâtre. Psy­cho­logue clin­i­ci­enne et tra­duc­trice de for­ma­tion, elle est famil­ière des maux de l’âme et des mots qui per­me­t­tent de les approcher et cette dou­ble clé de lec­ture du monde imprègne l’ensemble de son œuvre.

Avec Princesse Art déco et autres malen­ten­dus, elle nous présente neuf nou­velles dont la pre­mière, qui offre son titre au recueil, pose le ton. Une jeune femme est habitée d’une forme de joie inhab­ituelle. La veille, elle s’est ren­due dans une récep­tion don­née à Brux­elles par une asso­ci­a­tion phil­an­thropique hup­pée. À la faveur d’un bon mot d’un ami, elle se retrou­ve affublée du titre de princesse et sa vie bas­cule. Prise au jeu, elle est propul­sée dans un rôle dont elle n’a ni l’envie ni la force de sor­tir, qui l’entraine dans la nasse du men­songe. Les galettes sous le tilleul évo­quent la rela­tion entre une grand-mère et sa petite fille, dont l’épicentre est le parc d’un château à Ham-sur-Heure. Ici, la madeleine est une gaufre fine dont l’aïeule, sous l’effet de l’âge, mal­traite la recette, mar­quant la fin d’une époque bénie. Né au Con­go belge nous mène dans les bois arden­nais où un homme, inter­prète de son état, vient d’être grave­ment blessé par un piège datant de la Sec­onde guerre mon­di­ale. Lui qui arpente le monde pour traduire les témoignages de vic­times auprès de la Cour pénale inter­na­tionale se trou­ve soudain dans la pos­ture de ceux dont il tente ordi­naire­ment de ren­dre fidèle­ment le vécu et les dom­mages. Fin d’une analyse dépeint le par­cours d’une femme qui se libère de l’emprise malé­fique d’un père nar­cis­sique et colérique lorsqu’elle aligne les mots qui restaient jusque-là en elle dans une let­tre ultime et sal­va­trice. Obses­sion con­tient le réc­it d’un homme qui attend en vain chaque jour une femme et qui trou­ve un moyen inat­ten­du de s’en délivr­er. Les bottes en caoutchouc nous con­duit à Knokke-le-Zoute où une vieille dame s’apprête à fêter son anniver­saire et s’achète des bottes pour se promen­er. À mesure que le réc­it pro­gresse, nous percevons mieux son rap­port con­fus à la réal­ité et la per­plex­ité dans laque­lle elle plonge ceux qui lui sont proches. Le cheva­lier et la sirène dépeint la rela­tion entre une femme et un sans-papiers dont elle assure l’accompagnement pour la défense de ses droits, son effon­drement lorsque celui-ci est arrêté et expul­sé. Bonne année ?! revient sur les pré­parat­ifs de la presta­tion de ser­ment de Don­ald Trump en jan­vi­er 2025. Une jour­nal­iste envoyée suiv­re l’événement se fend d’un pre­mier arti­cle qu’elle trans­met au jour­nal avec fierté et elle affronte en retour son rédac­teur en chef, mesurant l’abîme qui le sépare de lui. Enfin, Les cyberné­go­ci­a­teurs nous offre une fable décalée sous la forme d’une vis­ite du Musée de l’holocauste insti­tu­tion­nel ter­rien qui jette un regard sans fard sur les négo­ci­a­tions inter­minables pour la con­sti­tu­tion d’une majorité gou­verne­men­tale dans un pays qui ne saurait nous être vrai­ment étranger.

Thilde Bar­boni est fine con­teuse. Ses réc­its nous offrent le plein plaisir de fables accom­plies tout en jetant un éclairage sub­til et sen­si­ble sur les rela­tions humaines, sur les mécan­ismes qui font bas­culer nos vies vers l’effondrement ou l’envol, soulig­nant habile­ment le rôle de la parole et de l’écrit dans la recherche d’un mieux-être.

Thier­ry Deti­enne