
Peut-on encore mourir d’amour ?
Autrice : Lisa Cogniaux
Maison d’édition : Émile & Cie
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 56
Prix : 11 €
Livre numérique : /
ISBN : 978–2‑8071–0466‑2
Comédienne et autrice, Lisa Cogniaux a publié récemment chez Émile et Cie la pièce Peut-on encore mourir d’amour ? créée en 2025 par elle-même et Stéphanie Goemaere avec un vif succès presse et public ! Peut-on encore mourir d’amour aujourd’hui ? Poser la question est déjà une façon d’y répondre, il suffit de regarder le monde autour de soi, des jeunes aux plus âgés, des hommes et des femmes meurent encore et toujours d’amour ou d’une passion funeste appelée aussi… amour.
Dans une écriture incisive et souvent ironique, les comédiennes traversent l’histoire de l’art et de la culture. Le personnage d’Ophélie incarne une tenante du grand romantisme empli de doute et sa comparse et colocataire, Judith, vit plutôt dans la distance et préfère les amitiés aux amours funestes. N’oublions pas que le langage, la langue sont une des composantes essentielles de la relation amoureuse et que notre époque de mec, nana et meuf est probablement en train de se confronter à une autre question, qui n’est pas seulement celle de mourir d’amour mais : comment vivre l’amour ?
Est-ce que l’amour échappe aux normes ? Même la mort est normée… Est-ce que l’amour est égalitaire ? Chacun son tour, répondrait l’autre, même si l’égalité est un absolu toujours à conquérir hors le fatras des « bienveillances » toxiques. Traiter la question strictement dans la perspective de force politique, ce serait ignorer tant et tant de passions (positives et négatives) des êtres. Les comédiennes font appel à des contrepoints par la musique et des chansons qui sont évidemment des lieux communs qui ont réussi…
Le jeu des alternances des nominations de l’amour gravite autour d’une baignoire au centre de la scène. C’est là que ce qu’on appelle, hors la période strictement historique, le romantisme est passé à la moulinette. Cela, évidemment, dans le ton de l’époque qui ne cesse théoriquement de faire le procès du patriarcat et des marques hétéronormées de notre société. Cette question de la « mort d’amour » passe par la nomination des violences conjugales et des féminicides ! Ce n’est, hélas, pas le fait de l’époque. La littérature nous a longuement, depuis des siècles, depuis Homère, raconté et mis en garde contre les passions funestes de l’amour intriquées entre désir et mort. Cette mort d’amour fait continuité dans la littérature médiévale, la Renaissance, les temps modernes, Balzac bien sûr et le romantisme français qui est une sorte d’acmé du genre dans cette pulsion Éros vs Thanatos.
L’engagement des deux comédiennes passe par de nombreux retournements, des impasses et des tentatives d’élucidation d’un des grands mystères pulsionnels de l’humanité. Pièce roborative, nécessaire et, si nous avons parlé d’ironie, celle-ci est souvent tempérée par des pics de pur humour qui rendent la lecture de ce texte passionnante et réjouissante.
Daniel Simon