Archives par étiquette : féminisme

De l’inconvénient d’être née fille

Sophie DEROISIN, Petites filles d’autrefois 1750-1940, Préface de Véronique Bergen, Académie royale de la langue et de littérature françaises de Belgique, 2021, 340 p., 24 €, ISBN : 978-2-8032-0060-3

deroisin petites filles d'autrefoisL’Académie royale de langue et de littérature françaises poursuit son travail de (ré)édition d’œuvres du patrimoine littéraire belge. Après L’herbe qui tremble de Paul Willems et le Théâtre de Jacques De Decker, l’institution pose un choix plus singulier en republiant Petites filles d’autrefois 1750-1940 de Sophie Deroisin.

Ce nom ne dira sans doute rien à la majorité. Sophie Deroisin, nom de plume de Marie de Romrée de Vichenet (1909-1994), est pourtant l’autrice d’une dizaine de livres. Des romans et des essais principalement, mais aussi le recueil de nouvelles Les dames qui lui a valu le prix Rossel en 1975. Petites filles d’autrefois est son dernier ouvrage, paru en 1984. Continuer la lecture

Le pacte des femmes

Agnieszka LOSKA, Le néofantastique féminin d’Anne Duguël, Wydawnictwo Uniwersytetu Śląskiego, 2020, 228 p., 8 € (29,90 zł), ISBN : 978-83-226-3864-4

loska le neofantastique feminin d anne duguelEn décembre 2020, parait en Pologne Le néofantastique féminin d’Anne Duguël, première monographie consacrée à l’autrice belge plus connue sous le nom de Gudule (célèbre pour ses romans destinés à la jeunesse).

Dans cet ouvrage, Agnieszka Loska, docteure en lettres à l’Institut d’Études littéraires de l’Université de Silésie, s’intéresse à l’autre versant de l’œuvre d’Anne Duguël. Celui consacré aux adultes. Si cette étude n’entend pas embrasser tous les livres de la boulimique autrice, elle permet d’entrevoir comment Anne Bocquillon-Liger-Belair (1945-2015) s’est emparée d’un genre cher aux lettres belges. Le fantastique. Comment, surtout, elle l’a fait évoluer. À sa façon. En déambulant « dans les méandres féminins ». Continuer la lecture

Le combat d’une amazone

Fatoumata Fathy SIDIBÉ, La voix d’une rebelle, Luc Pire, 2021, 279 p., 22 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2875422132

sidibe la voix d une rebelleFatoumata Fathy Sidibé est une femme noire, de culture musulmane, laïque et féministe qui nous raconte ici son parcours militant pour les droits humains. Très tôt marquée par le contraste des rôles sociaux de l’homme et la femme dans son Mali natal, elle se forge naturellement un caractère de rebelle et de féministe face aux Maliennes prisonnières des traditions et du patriarcat Continuer la lecture

Le potentiel révolutionnaire des filles

Un coup de cœur du Carnet

Christine AVENTIN, FéminiSpunk. Le monde est notre terrain de jeu, Zones, 2021, 136 p., 15 €, ISBN : 978-2-355221-64-4

aventin feminispunk« Christine Aventin est une fille un peu gauche ; un écrivain contrarié. De genre littéraire fluide, elle publie au même momentScalp(poèmes) – (à l’arbre à paroles, collection « if ») ». Ainsi se présente l’autrice dans les deux livres, signés de sa main, qui ont paru cette année.

Tout commence avec : t’écrirais pas un truc sur le féminisme punk ? ou comment les copines anarcaféministes, à qui manquait une définition, ont un jour interpellé Aventin. FéminiSpunk est sa « réponse ». Un essai – à prendre au sens de « tentative de bricoler [une] histoire » – pour lequel l’autrice est rentrée tout entière à l’intérieur du mot féminiSpunk. Continuer la lecture

Ce qui ne peut être prononcé, ce qui ne peut être écrit

lUVAN, Agrapha, La Volte, 2020, 301 p., 20 € / ePub : 10,99 € , I.S.B.N. : 978-2-37049-095-7

luvan agraphaAgrapha interpelle d’abord par sa forme. Si le texte présente certes une trame narrative savamment construite, il ne s’agit cependant pas d’un roman ; mais d’un ensemble composite, éclaté, avec des parties de natures variées, au travers desquelles se dessine l’évolution de ce qui n’est pas vraiment une intrigue, plutôt une lente immersion.

Une découverte fortuite amène la narratrice à un « travail de recherche et d’édition » concernant la communauté de « sanctimoniales » d’Adsagsonae Fons (Source d’Adsagsona) du 10e siècle. Elle se pose d’abord en philologue et historienne. Les textes qu’elle traduit sont des « confessio », où les femmes s’expriment en leur nom, et des « gesta », où elles parlent de leurs compagnes. Se crée ainsi une galerie de portraits croisés où la vie de chacune se donne à voir. Il s’agit moins de spiritualité et de religion que de ce qui fait la vie en groupe au sein de la forêt, en proximité avec les animaux et d’autres groupes humains. Les différentes personnalités prennent progressivement vie. Continuer la lecture

Être soi et le dire

Lisette LOMBÉ, Venus poetica, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020, 61 p., 12 €, ISBN : 9782874066931

Selon la deuxième de couverture de son premier roman Venus poetica, Lisette Lombé est une « artiste queer, afroféministe, belgo-congolaise », fondatrice du Collectif L-SLAM. Ce roman est publié dans la collection « iF » dirigée par Antoine Wauters qui propose des textes transfrontaliers et privilégie la liberté de ton et le plaisir d’oser. Définitions qui caractérisent le présent ouvrage, pas tout à fait roman mais poétique sans être un poème. Il commence par une évocation de masturbation et se termine par une allusion claire au lesbianisme. Entre les deux une traversée érotique, celle d’une femme libre et libérée, deux informations évidentes. Qu’il s’agisse d’énumérations rythmées, de séries de mots éblouissantes. D’emblée se présente une fille noire qui écrit je t’aime à un garçon blond et oriente le texte sur la différence, de sexe, de couleur, de statut. De classe aussi. Continuer la lecture

Oubliée de l’Histoire

Sylvie LAUSBERG, Madame S, Slatkine & Cie, 2019, 240 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-88944-087-0

Qui se souvient de Marguerite Japy-Steinheil, qui a pourtant défrayé la chronique et enflammé les passions il y a plus d’un siècle ? Sylvie Lausberg est historienne et elle livre avec Madame S les résultats d’une recherche menée sur deux décennies en quête du vrai visage d’une femme qui a marqué son temps. Continuer la lecture

Une poésie engagée mais libre

Serge NOËL, À la limite du prince charmant, L’Arbre à paroles, 2018, 207 p., 17 €, ISBN : 978-2-87406-665-8

Serge Noël n’est ni un débutant, ni un inconnu. Depuis une quarantaine d’années, il a publié treize livres de poésie et quatre romans, co-écrit les mémoires d’une survivante d’Auschwitz, coordonné des ouvrages collectifs comme Paroles d’exil ou J’ai deux amours, collaboré à divers journaux et revues, obtenu en 1981 un prix de l’Académie royale de Langue et de Littérature, en 2007 le Prix Jeunesse Éducation permanente, en 2012 le Prix Gros Sel. Militant de gauche dès son adolescence, en lutte contre le système capitaliste, l’impérialisme ou les comportements racistes, il présente un profil typique d’écrivain engagé, dans la ligne des Louis Aragon, Paul Éluard et autres Pablo Neruda. L’œuvre de ceux-ci, en effet, a démontré de manière éclatante que les convictions politiques ne sont pas nécessairement incompatibles avec la poésie, pourvu qu’elles soient transcendées par la créativité de la langue et le travail de l’écriture – pourvu, surtout, qu’elles ne soient pas coupées des registres émotionnel et imaginaire, sans lesquels le monde des idées serait voué au dessèchement. Telle est précisément la voie sensible et plurivoque adoptée par S. Noël, comme en témoigne son dernier recueil, À la limite du prince charmant. Celui-ci, de plus, évoque sans ambages l’homosexualité de l’auteur et son parti pris féministe, lesquels donnent à sa lutte une dimension supplémentaire : en chaque circonstance, il veut prendre le parti des faibles, se faire la voix des sans-voix, dénoncer toutes les formes de despotisme. « On a toujours raison de se révolter contre l’injustice », affirmait Mao Tsé-Toung l’un de ses bons jours. Continuer la lecture

Dans l’arène du langage

Laurence ROSIER,  De l’insulte… aux femmes, 180° éditions, 2018, 180 p., 17 €, ISBN 978-2-930427-87-4

rosier de l insulte aux femmesDéjà Jacqueline Harpman vomissait la qualification de “pisseuse” décernée par son père à sa naissance, fût-ce dans un roman comme La Fille démantelée. Pour elle, refuser l’assimilation à la flaccidité ou à l’étron, c’est exister et le dire. Continuer la lecture