Une feuille tremblante / de n’être plus le vent /et pas encore la terre

Warrant Calligraphie du silence

Calligraphie du silence

Auteur : Pierre War­rant

Mai­son d’édition : Abra­pal­abra

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 85

Prix : 15 €

Livre numérique : /

ISBN : 978–2‑931324–14‑1

Dira-t-on assez com­bi­en le titre d’un ouvrage – et sin­gulière­ment d’un recueil poé­tique – en fait pleine­ment par­tie ? Il con­stitue à la fois une énigme et une invi­ta­tion à son dévoile­ment, un mys­tère et sa clé.  Il est rare qu’il soit aus­si puis­sant et juste, adap­té à l’œuvre qu’il annonce que celui-ci : Cal­ligra­phie du silence. Celui qui, en vain, aurait cher­ché longtemps la déf­i­ni­tion de ce qu’est la poésie, en trou­verait avec le titre du dernier recueil de Pierre War­rant une for­mu­la­tion idéale.

Tout est con­tenu dans cette annonce du champ poé­tique qui s’ouvre à nous : cal­ligra­phie rime avec le lent et atten­tif arti­sanat de l’écriture ; silence annonce le recueille­ment inspiré de la plume sur la feuille.

Trois temps parta­gent le livre. Trois temps mènent le poète dans un chem­ine­ment qu’il nous invite à par­courir :

Intérieur du silence / Silence des soli­tudes / Par-delà le silence.

Au cœur de cha­cun de ceux-ci, le poète explore l’espace qui enveloppe son art, y trou­vant

des mots / figés comme des pier­res / res­pi­rant à ne tenir à rien / ni pressés ni enchaînés à aucun but / res­pi­rant de seule­ment respir­er…

À lire ces pages pre­mières, on pressent la soli­tude annon­cée du deux­ième mou­ve­ment. Le poète revient aux émo­tions ini­tiales incar­nées dans les deux ter­mes cal­ligra­phie et silence. On s’émeut de la grâce puis­sante et sub­tile de cette

goutte de silence / sans forme ni bruit / pareille à la lumière…

Les pages com­posant Silence des soli­tudes explorent l’exercice même de l’écriture poé­tique, inter­ro­geant au fil des saisons ce qui l’engendre, com­posant cet entrelace­ment sin­guli­er de l’identité et de la lib­erté.

La « cal­ligra­phie » sur­git ici, insin­u­ant de page en page les méan­dres lumineux d’une poésie dev­enue à la fois fable et allé­gorie. Un exem­ple suf­fi­ra, et chaque poème est de la même eau, limpi­de et irra­di­ante :

Une feuille trem­blante / de n’être plus le vent /et pas encore la terre / elle con­tient l’arbre. (…) on la décou­vre / instant du geste d’abondance / frag­ment d’un Tout / forgeant sa lib­erté / d’un jour n’être / qu’elle-même.

Dans sa remar­quable post­face Geneviève Bergé met en évi­dence la néces­sité de « lire lente­ment » comme pour adapter la lec­ture aux sin­u­osités de l’écriture, vibr­er au même rythme que « la cal­ligra­phie con­vo­quée dans le titre du recueil : flu­id­ité, maîtrise, con­cen­tra­tion, art du peu, médi­ta­tion, recherche spir­ituelle ».

Une nou­velle lec­ture de l’ensemble grandit alors l’enchantement né de cette cal­ligra­phie qui mêle depuis l’aube de l’écriture, le signe et le sens.

Est-ce cela l’allégorie con­tenue dans l’ultime poème :

et demain / faire dire aux pier­res / le temps sans bruit du paysage… ?

Jean Jau­ni­aux