
En son nom
Auteur : Frédéric Livyns
Maison d’édition : Faute de frappe
Collection : L’heure affreuse
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 146
Prix : 12 €
Livre numérique : /
EAN : 9782488559065
Suffisamment populaire durant la seconde moitié du 20ème siècle pour s’épanouir dans plusieurs collections à grand tirage, l’horreur en littérature a connu son âge d’or au milieu des années 1980 et 1990. Soumise, à l’image des autres genres populaires, aux impératifs commerciaux qui président aux choix éditoriaux, elle s’est ensuite progressivement effacée des rayons au profit d’autres genres alors en pleine expansion comme la fantasy. L’arrêt consécutif des collections « Terreur » chez Pocket (2003) et « Thriller fantastique » au Fleuve Noir (2006) semblait alors sonner le glas de ce « mauvais genre » par excellence. Associé depuis à quelques rares et indéboulonnables têtes de gondole comme Stephen King ou le multi-réédité H.P. Lovecraft, il a surtout survécu dans de petites structures fragiles et souvent éphémères, fruit du travail méritant, et militant, de quelques passionnés.
Le parcours de Frédéric Lyvins est en cela exemplaire. Depuis une vingtaine d’années, l’auteur, récompensé par trois prix Masterton, a publié plusieurs dizaines de romans et de recueils de nouvelles auto-édités ou disséminés chez des éditeurs spécialisés, comme le regretté Séma Éditions.
En son nom, l’un de ses derniers nés, inaugure une nouvelle collection de novellas portée par les éditions lilloises Faute de frappe et reposant sur la promesse de faire passer à ses lecteurs une « heure affreuse ». Le pari est tenu avec cette publication inscrite dans l’esprit résolument mal élevé de collections emblématiques des années 1980 comme l’incontournable « GORE » (Fleuve Noir) ou les plus éphémères « Maniac » (Patrick Siry) et « Apocalypse » (Média 1000).
Le court roman pose son intrigue dans un petit village isolé d’Italie. On y suit Alain, écrivain grisonnant à la recherche d’un second souffle dans sa carrière, et Chloé, jeune admiratrice et nouvelle compagne de l’auteur. Très rapidement, les deux voyageurs se retrouvent confrontés à une population locale aux pratiques particulièrement déviantes. Les habitants n’hésiteront pas longtemps à faire des nouveaux arrivants les victimes de leurs petits jeux pervers…
Si l’usage des trigger warnings avait infusé jusque dans le genre de l’horreur, nul doute que le récit de Frédéric Livyns se serait ouvert sur une longue liste d’avertissements. Auto-mutilation, cannibalisme, torture, viol… L’auteur explore l’horreur corporelle dans ce qu’elle a de plus extrême. Certaines descriptions risquent à n’en pas douter de se révéler particulièrement éprouvantes pour les lecteurs néophytes. Les amateurs de sensations fortes, quant à eux, y trouveront assurément leur compte. Car derrière la multiplication des effets gore se cache une véritable maitrise des codes du genre. L’auteur distille ainsi son lot de scènes volontairement dégoûtantes tout en entretenant une tension narrative au service d’un final spectaculaire.
Résolument excessif, En son nom explore, avec un plaisir non coupable, l’infinie variété de la cruauté humaine lorsqu’elle se pense justifiée par la foi. Une réussite qui ne manquera pas de réjouir les amateurs de récits sombres et particulièrement violents.
Nicolas Stetenfeld