Un coup de cœur du Carnet

Désir dingue
Auteur : Aurélien Dony
Maison d’édition : Bruno Doucey
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 120
Prix : 15 €
Livre numérique : /
EAN : 9782362295751
Désir dingue, le dernier recueil poétique d’Aurélien Dony, est publié aux Éditions Bruno Doucey. Derrière sa couverture d’un rose électrique et son titre évocateur se cache un ouvrage introspectif intense et addictif. Désir dingue est un texte profond, abordant divers sujets relatifs au désir tels que le rapport au corps, aux sentiments, au désir en tant que tel et à l’écriture de ce dernier. Comment vivre un désir si grand qu’il en devient invivable, qu’il semble ne pouvoir exister sans l’intervention du sentiment amoureux ? Comment dealer avec un désir qui paralyse, qui sème le doute sur ce que l’on veut vraiment et ce qu’on attend de l’autre ?
Dès la première page, le ton est donné. Tout d’abord, l’un des thèmes principaux de l’ouvrage se dévoile : l’écriture du désir. Car les mots ont leur importance, toujours, et le poète ne veut pas de n’importe quels mots, il ne veut pas de mots amoureux pour dire son désir de l’autre. Ce qu’il veut, ce sont des mots-désir, des mots qui ne disent rien d’autre que ce désir, et non les sentiments qui pourraient se cacher derrière, entacher, faire peser d’une autre façon ses mots ou son corps.
Si je l’aimais je pourrais encore la désirer mais le désir aurait le goût de sa peau et je mettrais des mots là-dessus. Des mots pas appropriés pas très malin je dirais sa peau quand je la lèche c’est laper le soleil c’est le goût de la lumière sa peau et ce serait ridicule on me dirait poète. Je la désire mais pitié pas les mots des poètes quand ils sont amoureux sur sa peau sur son corps sur son sexe non ça je m’y refuse.
L’écriture est aussi un exutoire – forcément – un moyen de faire sortir de soi, consciemment ou non, une intériorité jusqu’alors indéchiffrable.
On s’aperçoit ensuite qu’aucune virgule n’est présente, tout au long du livre. Cette absence donne un rythme de lecture rapide qui peut couper le souffle, comme un désir violent qu’on peinerait à contrôler, qui rendrait la respiration difficile. Ce choix donne au lecteur une légère sensation de précipitation qui lui permet de s’imprégner plus encore de ce désir dingue et presque indicible décrit par Aurélien Dony.
Comme je ne peux pas l’aimer qu’on se désire je laisse mes mots d’amour et je pose sur ma langue des mots-désir pour habiter mon corps et approcher le sien.
Des mots-désir sur la langue elle en a elle aussi des mots rugueux ça râpe la peau ça met à vif c’est du sel sur la plaie.
Au fil des textes, on est emporté par le tourbillon de pensées qui nous est donné à lire et par les peurs qui en découlent et paralysent. La peur de décevoir, la peur que le désir – voire le plaisir – de l’autre soit feint, la peur de l’image que l’on renvoie et la peur de l’élan interrompu par l’image que l’on se fait de soi-même. Toute cette pression qu’on se met sur les épaules, l’importance qu’on donne à la performance, dès qu’il s’agit de créer du lien via le corps, toutes les questions qui assaillent et peuvent clouer au sol un désir qui aurait pu monter si haut.
Désir dingue aborde également le polyamour, la bisexualité masculine, la remise en question des désirs et fantasmes imposés par la société dans laquelle nous évoluons et la prise de conscience politique que tout cela implique. Parce que tout est politique, y compris le désir.
C’est une prose poétique à la fois crue et d’une sensibilité à fleur de peau que nous offre Aurélien Dony avec Désir dingue, une délicieuse apnée sensuelle et tendre, un texte profondément humain.
Sandra Defoy